Le blues générationnel de Fauve

Le blues générationnel de Fauve
Fauve © Fauve Corp

Rarement, un groupe français aura fait tant de bruit en si peu de temps et connu un tel buzz sur Internet. A l’heure où il publie son premier album, Vieux frères - partie 1, Fauve (≠) tient la corde pour faire un carton auprès du grand public grâce à son vague à l’âme qui touche au cœur la génération des 25-35 ans et ravive la flamme du spoken word à la française.

Lorsqu’on évoquait au printemps dernier leur succès éclair, les membres du collectif Fauve gardaient plutôt la tête froide. Partagés entre la joie intense de "vivre une aventure de ouf" et le fait que cette aventure prenne si rapidement une ampleur démesurée, ils apparaissaient comme des élèves studieux, désirant surtout inscrire leur musique dans la durée. C’est qu’après avoir été la sensation de la saison sur Internet et la révélation indiscutable du dernier Printemps de Bourges, ils devaient vivre une fin d'année sur les chapeaux de roue, entre tournée à guichets fermés et séances d’enregistrement.

A l’heure où il publie son premier véritable album, Fauve semble bien parti pour obtenir la reconnaissance du grand public. Dans la même lignée que Blizzard, l’EP autoproduit qui réunissait ses premières chansons, Vieux frères - partie 1 enfonce le clou. N’en déplaise à ses détracteurs, qui raillent déjà son style maniéré, caricaturent ses préoccupations de jeunes sans problèmes ou sa façon – agaçante, il faut le dire – de jouer du buzz qu’elle suscite, la bande affirme dans ce nouvel essai autoproduit un style, son style.

Flot de paroles

Si les chansons de Fauve ont trouvé un écho générationnel chez les 25-35 ans, c’est qu’elles racontent dans un flot de paroles la vie des jeunes Français d’aujourd’hui et leurs galères. Elles ont le ton des conversations entre potes, sortent comme une confession chez un psy et tapent dur.

Ecrites dans un verbe cru, elles racontent la noirceur d’une époque où tout paraît fichu d’avance, mais évoquent ceux qui, coûte que coûte, tentent d’aller de l’avant. Au contraire du Belge Stromae, Fauve n’a pas mis de musiques spécialement joyeuses sur ses désillusions, mais, au final, l’espoir pointe toujours.

Qu’elles disent l’amour (Infirmière, Lettre à Zoé), l’estime de soi (Loterie, De ceux) ou les parcours fracassés (Voyous), les chansons de Fauve sont autant de coups de poing dans l’estomac, d’interpellations sur le ton : "Hé, j’existe malgré tout !"

"Nous sommes de ceux qu’on ne remarque pas / Des fantômes, des transparents, des moyens / Nous sommes de ceux qui ne rentrent pas en ligne de compte / Nous sommes de ceux qu’on choisit par défaut", déclament-ils. Sur la forme, ces morceaux empruntent au rap son parlé-chanté et au rock ses instruments, faisant revivre un spoken word à la française hérité entre autres, de Diabologum.

Clins d’œil mélodiques

La très bonne nouvelle de ce Vieux frères - partie 1 à la hauteur des espoirs placés en lui, est que, depuis l’an passé, Fauve a entièrement renouvelé son répertoire, ne se permettant que de petits clins d’œil mélodiques et sémantiques à ces chansons (Blizzard, Kané) qui ont fait des millions de vues sur YouTube et des milliers de fans sur les réseaux sociaux. Sans renier son passé récent, son côté bricolé à la maison, le collectif parvient toujours à faire corps.

À ce propos, on allait presque oublier de repréciser cela. Mettant tout sur la table, notamment dans les interludes d’auto-analyse qu'ils nomment eux-mêmes RAG, Fauve ne se présente pas comme un groupe de rock stricto sensu, mais comme un collectif ouvert représenté par ce logo ≠, un Corp. auquel a priori tout le monde peut apporter sa contribution.

Fauve Vieux frères - partie 1 (Autoproduction Fauve Corp.) 2014
Page Facebook de Fauve
Site officiel de Fauve