Mustang, image brouillée

Mustang, image brouillée
Mustang © JF Julian

Il est plus que jamais difficile de ranger Mustang dans une case. Écran total, le troisième album du trio clermontois avec ses textes corrosifs et son melting-pot mélodique ne déroge pas à la règle. Enfin le tremplin vers la notoriété ?

RFI Musique : Vos albums A71 et Tabou ont été très bien accueillis par la presse. Mais les ventes n'ont pas spécialement suivi. Est-ce frustrant ?
Jean Felzine :
Ce serait mentir que de prétendre le contraire. Après, c'est quand même mieux que rien parce que cela a fait venir des gens par curiosité. Souvent, c'est l'inverse : c'est généralement quand les critiques ne sont pas bonnes que tu vends des disques (rires). Mais ce serait bien qu'il se passe vraiment quelque chose avec celui-là.

Pourquoi êtes-vous passé entre temps par la case des reprises ?
Jean : On nous a beaucoup parlé de cet EP. Ce sont des morceaux qu'on jouait sur scène. Cette démarche est plus cynique qu'on ne le pense. On s'est dit qu'on allait faire un EP en attendant de préparer l'album. L'idée marrante, c'était la reprise d'une chanson contemporaine, en l'occurrence La forêt de Lescop. C'est lui qui nous avait demandé une autre version. Et comme on aimait la chanson, on l'a fait avec plaisir.

Dans quel état d'esprit avez-vous abordé ce troisième album ?
Jean : Nous étions un peu perdus. D'abord, on avait beaucoup de morceaux. Il y avait des choses qu'on n'avait pas forcément aimées sur le précédent, surtout au niveau du songwriting. On a donc voulu prendre notre temps pour préproduire et trier les morceaux. Il y avait de la matière disparate. Il fallait donc qu'on essaie de trouver un axe, une architecture.

Peut-on dire qu'il s'agit là de votre disque le plus éclaté ?
Jean : Je suis assez d'accord. Finalement, ça n'a pas marché cette prise de tête (rires). On a quand même sélectionné les meilleurs morceaux et il y a une structure cohérente dans le disque. Un titre comme Les gens sérieux relève de l'ordre de l'intermède. Mais on est plutôt dans une collection de chansons que dans une cohérence stylistique.

Inclassable alors, Mustang ?
Jean : C'est vrai qu'il y a un côté un peu flou. Mais en même temps, on n'a pas envie de se cantonner à un genre précis. Dès le premier disque, c'était comme ça.

Slalomer entre nostalgie et modernité, c'est votre credo ?
Jean : Je refuse toute idée de nostalgie. On a des goûts musicaux qui sont anciens, mais ce sont des références, pas une nostalgie de l'époque. Je ne pense pas non plus qu'on soit des futuristes ou des modernistes absolus. On essaie juste de faire des chansons et de les arranger de façon instinctive.

Pourquoi êtes-vous exaspéré quand on vous qualifie de groupe de rockabilly ?
Jean : Parce que c'est une inexactitude. Le rockabilly est un style précis qu'on écoute pas mal. Mais ce n'est pas ce que l'on fait. Déjà, c'est en anglais, avec de la contrebasse et des suites d'accords typiques. Si les gens viennent chercher ça chez nous, ils seront déçus. Le rock des années 50 est considéré comme du rockabilly par beaucoup, mais c'est un raccourci erroné.

Avez-vous changé de mode de fonctionnement ?
Johan Gentile : J'ai fait deux compositions sur cet album. A l'époque de l'enregistrement de Tabou, il y a une grande partie qui a été faite à Clermont-Ferrand - Rémi et moi y habitions encore – et des morceaux sont nés en répétition. Ce disque-ci a été fait avec moins de facilité. Comme on n'avait plus un local précis, nous nous sommes envoyé des choses.
Jean : On s'est mis aussi à travailler davantage avec des ordinateurs. Hormis Sans des filles comme toi et Coup de foudre à l'envers, la plupart des morceaux ont été travaillés comme cela.

La chanson Écran total, qui sonne très Kraftwerk, aurait-elle pu figurer sur les deux premiers albums ?
Jean : Je pense qu'il y a des points communs avec une chanson du premier album qui s'appelait En arrière en avant et qui était aussi assez robotique. Après, je n'aurais certainement pas trouvé la même suite d'accords que sur Écran total, je manquais encore d'expérience.

Il y a souvent de la causticité dans vos textes...
Jean : J'essaie de trouver un angle pour que la chanson soit bonne. Et c'est vrai qu'il y a beaucoup de thèmes pour s'amuser. Indéniablement et avec l'expérience acquise ces dernières années, je suis meilleur. Comme je me considérais surtout comme un compositeur, c'était pour moi secondaire au départ. Mais je me suis pris à vraiment aimer cela.
Johan : J'ai l'impression que dans tous les domaines, on est en constante évolution. Et puis, on est un groupe qui aime se lancer des défis.

Quel a été l'élément déclencheur du titre Le sens des affaires ?
Jean :
J'étais en train d'échanger avec Séverin, un ami chanteur. Je ne sais plus comment cela est venu, mais on parlait d'argent. Et en ce qui me concerne, on ne m'a jamais appris à me vendre. Et aujourd'hui, si tu n'as pas le sens des affaires, c'est compliqué d'exister. C'est une mentalité que le groupe n'a pas.
Rémi Faure : Lors du dernier concert, on a sorti le merchandising et on a filé des trucs à tout le monde. A ce rythme-là, nous sommes mal barrés (rires).
Mustang Ecran total (Arista/Sony Music) 2014
Site officiel de Mustang
Page Facebook de Mustang