Les rêves américains de Soko

Les rêves américains de Soko
Soko © M. Comte

Le deuxième album en anglais de la jeune Soko, My Dreams Dictate My Reality, abandonne le style alternative-folk pour faire place aux sirènes des effets de réverbération surf, avec détour dans l'univers goth/post-punk survitaminé. La chanteuse et actrice confirme que 29 ans de névroses et de rêves habités peuvent très bien nourrir toutes les chansons d'un album sous influence de The Cure, Bauhaus et Lydia Lunch.

Avec l'Américain Ross Robinson, voici la Bordelaise Soko, bien installée dans les pas de Daft Punk, Phoenix, Air ou Lilly Wood (& The Prick) quelque part sur le "walk of fame" punk de Los Angeles, le Sunset Strip. Après un hit, soi-disant sans lendemain, dans les charts américains, la jeune Française Stéphanie Sokolinski, vive, espiègle, angoissée, impatiente, mais aussi pétillante, continue de faire briller sa bonne étoile sans se soucier de marquer des points dans les classements.

Si les nouvelles chansons frappent par leur puissance mélodique sur ce deuxième album My Dreams Dictate My Reality, c'est que Soko semble avoir trouvé à la fois, sa voix et sa voie en ayant séjourné au bord de l'océan. Ross Robinson, le producteur (Korn, The Cure...) l'a invitée dans sa maison studio d'enregistrement de quatre étages à Venice Beach.

On imagine les classiques Pornography, Seventeen Seconds ou Three Imaginary Boys de The Cure, non loin du canapé du studio d'enregistrement. On peut ajouter d'autres albums comme Unknown Pleasures de Joy Division ou Juju de Siouxsie & the Banshees. Grimées avec force lignes de basses perchées, les mélodies de Soko sont trempées dans des larmes de sueur salée d'un surfeur abîmé par des rouleaux d'océans peu pacifiques.

L'artiste sort essorée et rassurée. Son opus est au top. Comme un "video gamer" à la mode sur YouTube, Soko va donc pouvoir exciter son réseau international avec de nouvelles chansons finement charpentées pour être mises en images de manière créative. Car Soko est l'archétype de l'artiste indé. Elle annonce des concerts à la dernière minute dans des salles privilégiant l'intime. Ils peuvent s'étendre sur plusieurs heures et la communion avec les fans peut tourner au délire obsessionnel avec des demandes en mariage au bord de la scène.
 
Des chansons brutes et accrocheuses

Soko avait fait un rêve : faire de son existence cabossée une œuvre. Elle est en route pour réussir. Son recueil poético-chaotique s'est sérieusement musclé. Soko se fait plaisir. La "digital native" convoque par références musicales interposées, les fantômes de Bauhaus ou Joy Division.
 
Et on sent tout un tas d'émotions déborder de la piscine. Pas de chansons sur papier glacé, glamour et suranné comme chez sa voisine Lana Del Rey pour transporter son âme d'artiste, mais bel et bien des chansons brutes et accrocheuses. Les vidéos originales de Soko l'avaient montrée en train d'embrasser une parfaite inconnue dans le cadre du concept artistique First Kiss. Elle a aussi merveilleusement figuré dans la vidéo d'animation de Spike Jonze, Mourir auprès de toi.
 
SoKo a participé en France à quelques longs-métrages (Augustine d'Alice Winocur ou Bye-bye Blondie de Virginie Despentes). Sa sauvagerie... son animalité y a été repérée. Musicalement, elle n'est plus la fille torturée qu'elle a été avant, s'ouvrant le Top 10 US à la faveur d'une ballade écorchée, We Might Be Dead By Tomorrow.
 
Soko a laissé sa cathartique autofiction dépressive, bancale, mais rentable, au grenier. L'influence du son goth-réverbéré des années 80 n'en finit plus de nous toucher. Elle nous exp(l)ose ses tourments de manière directe dans la langue de Robert Smith, un homme qu'elle rêve d'inviter sur son prochain album. Au lieu de ça, c'est le Californien Ariel Pink qui joue les guest stars.
 
Soko a trouvé en Hollywood une terre fertile pour cultiver son art près des racines du punk (Los Angeles dans les années 70 fut un haut-lieu du genre, avec The X ou The Germs entre autres). Près de l'os, les textes plus "fleurs du mal" qu'"eau de rose" racontent des rêves douloureux.
 
Orpheline de père, alors qu'elle était âgée de cinq ans, elle s'est construite dans l'angoisse de mourir et c'est cette noirceur qui surgit hors de ses deux albums. Pendant six mois, l'hyperactive a appris à écouter son for intérieur, Ross Robinson, dans le rôle de grand frère, lui révélant des pouvoirs insoupçonnés.
 
La langue anglaise permet un éventail assez large d'expressions symbolisant les douleurs de l'absence, de la mort, de l'incertitude permanente de l'amour. Responsabilisée un peu trop tôt, Soko est devenue "vegan" et cherche à comprendre cette quête de jeunesse éternelle dans Peter Pan Syndrome. À 29 ans, Soko a cette écorchure de voix quelque part entre Joan Jett et Chryssie Hynde. L'artiste s'est aussi exprimée à la basse de manière décomplexée comme Kim Gordon du groupe Sonic Youth.
 
Preuve que la Française a trouvé une place chez son Oncle Sam.
 
Soko My Dreams Dictate My Reality (Because Music) 2015
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