Izia, une fille mature

Izia, une fille mature
Izia © DR

Insaisissable Izia, qui vous glisse entre les doigts quand vous pensez l'avoir -enfin- au bout du fil. La chanteuse parle de son troisième disque, La vague, dans lequel elle prend un virage pop et co-écrit en français avec Lescop, le rappeur Orelsan et son guitariste, Sébastien Hoog. Mademoiselle Higelin a peut-être grandi, mais quand il s'agit d'évoquer sa mue, son passage au cinéma ou ce papa qui lui a permis de plonger très jeune dans le grand bain de la musique, elle ne s'embarrasse pas de détours.

RFI Musique : Où est passée la jeune fille qui se prenait pour Janis Joplin ?
Izia : Déjà, je ne me suis jamais prise pour Janis Joplin. Ce sont les gens qui m'ont mis ce label. Pour vous dire les choses honnêtement, je n'ai d'ailleurs pas beaucoup écouté Janis Joplin. Quant à la jeune fille, elle a grandi. Je fais de la musique depuis bientôt dix ans, j'ai donc décidé de suivre ma propre voie et mon instinct.

La grande nouveauté de ce troisième album, c'est le chant en français. Qu'est-ce que ça a changé dans l'écriture  ?
Bizarrement, pas tant de choses que ça. À partir du moment où j'ai commencé à me décomplexer par rapport au français, à me dire que je pouvais le faire, l'écriture est venue à moi comme en anglais, c'est-à-dire de façon presque automatique, comme un premier jet. C'était vraiment un plaisir d'écrire en français, je l'ai pris comme un jeu. Et puis, j'ai adoré placer ma voix autrement. Je chante de manière plus aiguë, c'est sûr, mais j'ai l'impression que ma voix est plus pleine, plus ronde. C'est comme si j'étais en pleine possession de mes moyens.
Sur beaucoup de titres, il y a des onomatopées comme dans le rock'n'roll anglais…
Je suis contente que vous le remarquiez parce que c'est quelque chose qui a vite attiré mon attention. Au début, c'était plutôt un tic, une signature due à ma pratique de l'anglais et au final, j'ai vraiment utilisé ces choses-là comme un instrument à part entière. Je joue un peu de guitare, un peu de piano, mais je ne suis pas multi-instrumentiste, utiliser ma voix comme ça, c'est aussi une manière de m'exprimer. J'ai fait tous les chœurs, j'ai découvert les harmonies. Avant, pour donner de la puissance à un refrain, je doublais les guitares. Maintenant, je rajoute des chœurs. J'ai dû trouver des stratagèmes pour faire grossir certaines parties et donner du corps aux morceaux.
Avec ses neuf chansons autour de 3'30, La vague est un album court. C'est aussi un disque d'électro-pop nocturne, qui s'écoute plus volontiers le soir...
C'est ce que je préfère... Ce disque n'est pas forcément venu le soir, mais dans des pièces où il n'y avait pas de lumière du jour  : dans une cave, à Londres, chez mon réalisateur, Johnny Hostile, ou dans mon studio. C'est vrai que c'est un album plutôt noir et mélancolique, mais ce que j'aime, c'est le contraste avec des mélodies plutôt pop. C'est ce qui me plaît dans des groupes comme Depeche Mode ou Joy Division. Comme dans tout ce que je fais, je suis allée à fond dans le français, dans ce nouveau style, dans chaque chanson. Cela dit, je ne voulais pas m'encombrer de ponts très longs, de remontées. J'ai essayé de couper, d'aller à l'essentiel. Au début, je n'acceptais pas que cet album soit si court, mais ma maison de disques et mon réalisateur m'ont dit  : "Y'a pas de problème." Donc, je me suis dit : "Allez..."

Qu'est-ce que vous mettez dans ce titre, La vague  ?
La vague est morceau sur le fait de toujours garder les personnes près de soi et de les ramener vers soi. Même quand elles s'éloignent, il faut les faire revenir, pour que des gens qui t'aiment soient toujours autour de toi et que tu ne te sentes jamais vraiment seul. C'est hyper égoïste comme façon d'être  : on garde toujours les gens près de soi au cas où on n’aurait rien de mieux à faire. C'est vraiment dans l'air du temps de toujours garder des solutions de secours pour ne jamais avoir l'impression de passer à côté de la meilleure chose.
Il y a beaucoup de chansons sur la rupture amoureuse. Pour quelles raisons ?
Parce que j'ai 24 ans et que je suis une jeune fille. J'ai des déceptions amoureuses comme tout le monde. L'amour c'est le sujet numéro 1, le sujet préféré de la terre entière et c'est la chose qui m'inspire le plus. J'ai préféré écrire sur ça plutôt que de parler de mes vacances à Calvi...(riant)
Quand on vous renvoie à votre père, Jacques Higelin, et à votre famille, ça vous flatte ou ça vous agace  ?
Je suis fière de mon père et j'aime mes parents, j'aime ma famille. Ça ne me dérange pas de parler d'eux parce que c'est grâce à mon père que je suis dans la musique et que c'est à ma mère que je dois ma persévérance. Mon père m'a aidé, c'est normal, c'est mon père, mais il n'a pas appelé des gens pour dire : "Il faut absolument la signer, c'est ma fille." Évidemment qu'il a des connexions, mais on ne peut pas parler directement de piston. Il m'a présenté un bon avocat pour ne pas que je me fasse "baiser" dans le milieu. Il m'a donné des conseils, il m'a appris la vie, quoi !
Ces dernières années, on vous a surtout vu au cinéma, vous avez même obtenu le César du meilleur espoir féminin en 2013 pour votre rôle dans le film Mauvaise fille. Qu'est-ce que le cinéma vous a apporté  ?
Ça m'a plu, mais en ce moment, je suis dans la musique et ça me rend mille fois plus heureuse. La musique, c'est viscéral, c'est vital. Le cinéma, c'est super chouette, c'est un plus que me fait du bien, mais voilà, ce n'est pas la même chose. Je fais du cinéma pour le plaisir. À vrai dire, il y a moins de punks dans le cinéma que dans la musique et il faudrait qu'il y en ait un peu plus !
 

Izia La vague (Barclay) 2015
Site officiel d'Izia
Page Facebook d'Izia

A lire: Izia (25/06/2009)