Dionysos plays Bird’N’roll !

Dionysos plays <I>Bird’N’roll !</I>
© Jean-Marc Lubrano

Dionysos pastiche la chanson américaine des années 40 et le surf rock dans un album léger, Bird’N’roll ! où le groupe invente une fois de plus de drôles d’histoires et de personnages. Après 19 ans, Dionysos n’a pas perdu son côté punk et le groupe risque bien de convertir les salles de concert à sa nouvelle invention… le Bird’N’roll.

Dionysos a toujours eu une affection particulière pour les drôles d’oiseaux. Il y a eu Don Diego 2000, l’homme doué "de dyslexie magique", Giant Jack, l’ombre géante qui vous suit comme le deuil, et il y a désormais Tom "Hématome" Cloudman. Dans le dernier livre écrit par Mathias Malzieu (faut-il encore présenter le chanteur de Dionysos ?), Métamorphose en bord de ciel, Tom Cloudman est "le plus mauvais cascadeur du monde". Circulant dans un cercueil roulant, il va de ville en ville pour présenter des numéros de voltige chaque fois plus mauvais et rêve de voler comme un oiseau.

Cette histoire et ce personnage ont été l’un des points de départ de l’album Bird’N’roll !, qui prolonge aujourd’hui le monde imaginaire créée par Dionysos. "S’il y avait le fantasme d’un monde que je pourrais voir en vrai, je verrais bien Cloudman, Mister Chat et Miss Acacia aller boire un coup ensemble, rigoler et se raconter des trucs sur leurs passions et leurs angoisses communes", dit Mathias Malzieu. 
 
"Come on, let’s bird, bird’n’roll"

La Mécanique du cœur, le précédent disque de Dionysos, était tiré du livre du même nom. Cette fois, le groupe a choisi de mélanger l’histoire de Tom Cloudman à d’autres choses, extérieures au livre Métamorphose en bord de ciel. Dionysos a ainsi inventé une danse, le Bird’N’roll, qui relie l’album à son improbable héros. Le Bird’N’roll est "une danse médicament, qui mélange des battements d’ailes d’oiseaux et rock’n’roll, et qui permet la production d’endorphines (l’hormone de plaisir) dans une proportion surnaturelle". C’est surtout un subterfuge qui permet au groupe de pasticher la musique américaine des années 40 et de creuser son "côté surf-rock".
 
À l’inverse des big bands des années swing, Dionysos n’a pas chargé sa musique de cuivres, mais il lui a ajouté des sifflets d’oiseaux et des chœurs qui rappellent les Andrews Sisters. Après les envolées symphoniques de ces dernières années, le groupe revient aux mini épopées bricolées à la maison. "Dix ans plus tard, c’est peut-être l’album le plus proche de Western sous la neige, admet volontiers Mathias Malzieu, sans regrets pour le passé. Cette fois-ci, on a voulu piloter quelque chose de plus léger, un petit coucou."
 
Pour composer Bird’N’roll !, le groupe s’est donc retrouvé dans son studio du sud-est de la France. Comme d’habitude, c’est Mathias Malzieu qui a amené la base des morceaux avant que le groupe ne fasse le reste. Mike Ponton, guitariste de Dionysos, a réalisé l’album et les douze titres ont été mixées par l’un des hommes de l’ombre de la french touch, Stéphane "Alf" Briat. "C’est quelqu’un qui a une culture très gourmande, très électro mais aussi très rock sixties. On lui a laissé les clés de la maison. Il a amené des choses étonnantes dans le traitement des voix, des batteries, mais aussi des cloches et de la scie musicale, qui sont nos petites madeleines. C’est très important, surtout quand on a un univers marqué, de travailler avec quelqu’un qui n’a pas d’affect avec les prises. Cela donne quelque chose de léger et d’aérien. Quand il mettait une reverb’ à une chanson, il nous disait : Tiens, je lui ai mis une petite cape !", raconte Mathias Malzieu. 
 
L’Amérique de Johnny Cash et des westerns spaghetti
 
Cape ou pas cape, on rentre dans ce nouveau disque comme on rend visite à un ami de longue date et il y a derrière le plumage carmin des oiseaux de Bird’N’roll un condensé du monde de Dionysos. L’hommage au couple Johnny Cash / June Carter, l’Amérique de western spaghetti, la fantasmagorie des comparaisons de Mathias Malzieu, les contes au ukulélé, les guitares garage et abrasives…
 
Après dix-neuf ans d’existence, Dionysos a sans doute grandi (600 000 albums vendus rien qu’en France à ce jour, selon sa maison de disque) mais il a gardé son âme rêveuse. Cet esprit d’enfant qui lui permet d’avoir une demi-douzaine "de projets satellites" (écriture de livres, adaptation de La Mécanique du cœur au cinéma pour Mathias Malzieu, théâtre et carrière solo pour la violoniste Babet, le groupe Corleone…), d’inventer toujours de nouvelles choses, et de faire décoller la foule des salles de concerts comme Michel Platini faisait s’envoler les stades. 
 
Dionysos Bird’N’roll (Barclay) 2012
En concert au Trianon à Paris le 26 mars, au Printemps de Bourges le 25 avril