Rock en Seine 2013 : les sensations hexagonales

Rock en Seine 2013 : les sensations hexagonales
Phoenix sur la scène de Rock en Seine 2013 © J. Pichon

Pour la onzième édition de Rock en Seine, plus de 118 000 festivaliers ont pris cette année la direction du parc de Saint-Cloud. Nouveau record pour une affiche surprise : côté français, les Versaillais de Phoenix s’offraient le leadership du festival, tandis que les jeunes Français de La Femme ou Fauve attiraient, pour leur première, une horde de fans dévoués. Chronique d’une journée au cœur du rendez-vous francilien.

L’édition 2012, celle du dixième anniversaire, avait affiché une programmation tiraillée entre deux pôles : grands classiques et parfaits inconnus. Changement d’humeur en 2013 : les têtes d’affiche ont une saveur plutôt inédite, et les jeunes outsiders ne sont déjà plus des découvertes. Du côté des valeurs sûres anglo-saxonnes, les Écossais de Franz Ferdinand ont brillé pour le jour d’ouverture, tandis que Nine Inch Nails ou System of a Down ont contenté les amateurs de rock sombre et lourd, rarement à pareille fête depuis les débuts du festival en 2002.

Si leur nombre semble avoir légèrement décru cette année, les artistes français ont en revanche créé la sensation, notamment lors de la journée de samedi, la plus dense. À l’heure où les premiers festivaliers investissent à peine le parc, FI/SHE/S, jeune collectif pop psychédélique aux origines multiples (Chine, Cameroun, France), s’est chargé d’une transition en douceur vers les excès sonores à venir.
 
 
La Femme, le phénomène
 
À 18h, l’ambiance est tout autre devant la scène de la Cascade, pour l’arrivée des six membres de La Femme. La montée en puissance du jeune gang de Biarritz est palpable : lancée à toute vitesse, leur surf music revisitée par Jacno provoque une onde électrique au sein d’une bonne moitié du public. Des jeunes aficionados de 18 à 23 ans, incollables sur les paroles en forme de slogans, prêts à s’embraser à la moindre incartade de l’intenable chanteur Marlon Magnée.
 
Le sextet enchaîne les titres de Psycho Tropical Berlin, batterie métronomique et gimmicks surf à la guitare. Répétitif, diront certains, mais l’intensité ne faiblit pas. Le sommet est atteint avec Sur la planche, single discoïde terminé sur un moment de surf diving (sur vraie planche) assuré par le guitariste Sacha. De curiosité underground, La Femme est en passe de devenir un phénomène populaire.
 
Phoenix, une valeur sûre
 
Pour les régionaux de l’étape, Phoenix, rendez-vous est pris à 23h sur la grande scène. Les Versaillais, en bonne place dans tous les grands festivals de la planète (Coachella, Glastonbury), se retrouvaient logiquement programmés en tête d’affiche, sept ans après leur dernière apparition en plein après-midi. Une forme de consécration, tardive, auprès d’un public "maison" venu en masse et relativement sage lorsque résonnent les premières mesures d’Entertainment, premier simple tiré de l’excellent Bankrupt!. Emmené par un Thomas Mars régulièrement en vadrouille dans la fosse, le quintet revisite ses tubes, Lizstomania et 1901 en tête, sans grandes surprises mais avec un plaisir réellement communicatif.
 
Le mystère Fauve
 
Peu avant minuit, alors que le concert de Phoenix bat son plein, c’est au tour de Fauve d’entamer un moment clé du festival. Ce collectif secret entre slam et rock indé a explosé en quelques mois, sans label ni album, et joue là sur l’une de ses premières grandes scènes. "Incroyable d’être ici !", s’exclame son porte-voix, presque entre chaque morceau, avant d’avouer son émotion devant le chemin parcouru, "alors qu’il y a un an, on était tous dans un bureau, dans le blizzard".
 
Le public, lui, est mi-amusé, mi-happé par le lyrisme générationnel des Nuits Fauves, du Blizzard ou Kané, sur fond d’imagerie nostalgique franchement éculée. Malgré l’évidente sincérité du groupe et un parterre de fans impressionnant, la soirée n’éclaircira pas davantage l’importance du phénomène, si ce n’est l’annonce d’un album "terminé en octobre ou novembre prochain".
 
En bref, Rock en Seine 2013 aura peut-être assuré l’éclosion définitive d’artistes français de la nouvelle génération, et la consécration tardive d’"enfants du pays"… Une cuvée utile !