Sakifo : le rougail musique

Sakifo : le rougail musique

Pour sa 8e édition (la 4e à Saint-Pierre,), le Sakifo Musik Festival sur l’Ile de La Réunion, confirme sa réputation d’événement musical majeur de la région. Avec sa programmation éclectique, son cadre idyllique et ses bonnes vibrations, il permet surtout de plonger au même cœur des musiques de l’océan Indien : une escapade délicieuse sur le radeau kayamb, le rouler au cœur...

 

Commune de Saint-Pierre, au Sud de l’île de La Réunion – dans cette ville balnéaire de quelque 80 000 âmes, à la devise bienheureuse, "Force, Fortune, Chance", le mythique festival Sakifo établit ses quartiers depuis maintenant quatre ans. Pour l’édition 2011, la manifestation s’est déroulée en juin, au lieu du traditionnel mois d’août : temps chaleureux, soleil au Zénith et quelques gouttes de pluie le dernier jour, qui n’entacheront pas la magie du festival. Imaginez un site idyllique, en bordure de l’océan Indien, sur la plage exactement, avec le bruit des vagues en contre-chant, l’odeur saline dans l’air et la Lune à l’envers qui veille sur les festivités... Dans ce petit paradis, Sakifo accueille, sur quatre scènes, une programmation éclectique, et c’est peu dire qu’il y en a pour tous les goûts, pour tous les sens, et toutes les envies : de Boubacar Traoré à Hubert-Félix Thiéfaine, d’Imany à Stromae, de Cesaria Evora à Camélia Jordana, de Vieux Farka Touré aux Wampas, en passant (en vrac) par Success, MéliSsmelL, Yodelice ou encore The Do...
 
Les Musiques de l’océan
 
Mais surtout, Sakifo, c’est l’occasion inédite, une fois par an, de réviser son maloya, et tous les sons de l’océan Indien. Ici, le kayamb chante ternaire, le piker claque aigu, quand le rouler constitue le cœur vigoureux et l’âme de l’île volcanique. En amont du festival, se tenait d’ailleurs, pour la première fois, le IOMMA (Indian Ocean Music Market), un carrefour de rencontres professionnelles pour favoriser l’export, l’économie et une meilleure connaissance de ces musiques, en provenance de La Réunion, de Madagascar, des Comores ou de Maurice... En parallèle des conférences, ateliers et autres rencontres, des concerts remarquables au Tampon ou au Port ont fait résonner ces arts riches en couleurs, parmi lesquels le maloya 100% féminin, sexy et enraciné, de Simangavole, celui libre d’envolées jazz de Lo Griyo, ou encore la prestation tout en chaleur et en émotions de Davy Sicard. Le 9 juin, les rues de Saint-Pierre furent enfin prises d’assaut par une big Fiesta de l’océan Indien : l’occasion d’applaudir le tout premier concert des Mahorais de Tsenga, le légendaire Firmin Viry, 75 ans au compteur mais toujours aussi alerte, et le non moins mythique Gilbert Pounia, à la tête de l’électrique Ziskakan.
 
Le maloya au cœur
 
Deux figures ont toutefois plané clairement sur le festival, deux artistes qui, loin de se contenter de jouer le maloya, le vivent au quotidien. Il y a d’abord le géant Tiloun, deux pieds à terre et force tranquille, remarqué lors de la sortie de son premier album Dé Pat Ater en 2008. Avec son art d’orfèvre, doué de toutes les délicatesses, de toutes les nuances, ce p’tit gars de La Source, un quartier populaire de Saint-Denis, nourri aux côtés de Ziskakan, Firmin Viry ou encore Alain Peters, forge un maloya des tripes, un maloya du cœur aux textes conscients et ciselés : un art qui constitue un pilier autour duquel gravitent les axes sociaux, éducatifs, politiques, économiques... La musique de Tiloun ? Un condensé brillant de sentiments, d’amour, de mort, de vie. Une vision que partage sans aucun doute Olivier Araste, le leader du groupe Lindigo, créé en 1999, avec son maloya résolument tourné vers la Terre rouge, Madacascar, pays des aïeux du charismatique chanteur de vingt-sept ans. Sur la scène de la Poudrière, Lindigo a littéralement retourné le public, de son rougail musique et de son énergie hallucinante lors d’un show survolté, avec la présence au sommet de l’accordéon débridé de Fixi (Java). Et paraît-il que, ce soir-là, le groupe n’était pas seul. Habitué des Servis Kabaré, ces fêtes réunionnaises et malgaches dédié aux esprits, Olivier Araste raconte que, sur les planches, la présence de ses ancêtres l’accompagne et le galvanise. A sentir la magie de son concert, nul, même le plus rationnel, ne saurait douter de ses explications.
 
Le son 974
 
Il y avait aussi Ti Fock, artisan redoutable d’un maloya métissé, d’une fusion réussie entre son de la Réunion, jazz, électro et... piment. Et puis, au petit matin, dans le quartier coloré de pêcheurs, Terre Sainte, le traditionnel « risofé » (riz chauffé à la saucisse, à la morue...) groovait reggae sous le chant ensoleillé de Baster. Enfin, la nouvelle génération représente, avec Zorro Chang, grand vainqueur du Prix Alain Peters* 2010, et comme le clame son tube : « Il a le son, il a le son 974 ! ». Avec son ragga oldschool, son dancehall, et sa disco mâtinée de maloya, ce jeune héros livre un show parfait, millimétré, chorégraphié, et embarque le public dans les transes de la danse !
Ainsi s’achève cette édition 2011, avec une fréquentation au beau fixe. Retour vers Paris du son plein les oreilles, un peu sous le choc du Sakiblues... Merci pour tout, merci à tous, au Sakiboss Jérôme Galabert, et à l’année prochaine !