Grand Corps Malade, à plein de voix

Grand Corps Malade, à plein de voix
Grand Corps Malade © DR

Depuis bientôt une décennie, sa voix grave et sa silhouette étirée par une canne anglaise incarnent le slam en France. Cette fois-ci, Grand Corps Malade a convoqué une pléiade d'artistes sur un album choral, notamment marqué par la classe folle de Charles Aznavour et le retour de Renaud. "Il nous restera ça", dit la formule qui a servi de ciment à ce disque. Et si, dans un pays sous le choc des attentats terroristes qui ont touché Paris, il nous restait Fabien Marsaud ?

Il y a d'abord le parti pris d'un album à plusieurs mains, pas tout à fait comme les autres. Dix chanteurs, auteurs, acteurs ont écrit chacun un texte autour de la formule "il nous restera ça", comme dans un grand atelier d'écriture. Il y a ensuite un choix d'artistes dont on ne savait pas trop quoi attendre, parce qu'il nous semblait passablement convenu. Et enfin, il y a la magie d'un artiste, Grand Corps Malade, qui amène à lui tout ce petit monde et suggère que l'écriture est un combat.

"Ecrire", si on ne devait retenir qu'un mot de cette aventure, c'est bien celui-ci, car il donne lieu à un texte de Charles Aznavour qui sonne comme une leçon : "Rêver, chercher, apprendre / N'avoir que l'écriture et pour maître et pour Dieu / Tendre à la perfection à s'en crever les yeux / Choquer l'ordre établi pour imposer ses vues / Pourfendre" Le grand Charles plie peut-être sous le poids des années, mais face au crépuscule qui s'annonce, il reste droit comme I.

Ceci dit, il y a plus que ça dans ce cinquième disque de Grand Corps Malade réglé sur "l'heure des poètes". Ta batterie signe le retour à l'écriture de Renaud après des années de silence. Si la poésie faite de "Tatatam" est bel et bien là dans cette chanson pour son fils Malone, la voix est quant à elle méconnaissable, réduite à une souffrance par les excès d'une vie. Plus qu'à cela, on s'attachera donc à un ensemble tenu d'où émergent une Jeanne Cherhal de haute volée, l'ex-rappeur d'Ärsenik, Lino, ou le conteur québécois Fred Pellerin. Derrière, les orchestrations irréprochables de Babx et Angelo Foley, voyagent du hip hop à l'électro, en passant par une chanson plus classique.
 
Et au bout du bout, il nous restera quoi ? Un disque bien écrit et la personnalité quasi œcuménique de son instigateur, Grand Corps Malade. Un poète bien de son époque qui publiait sur Internet, trois jours après les attentats qui ont ensanglanté Paris le 13 novembre, un message intitulé : "Un pays blessé peut être intelligent." Certains hommes peuvent l'être aussi et, dans de telles circonstances, c'est un véritable bol d'air.
 
Grand Corps Malade "Il nous restera ça" (Pias) 2015
Page Facebook de Grand Corps Malade
Site officiel de Grand Corps Malade

En concert le 25 novembre 2015 au théâtre du Châtelet à Paris