Yelle et les garçons

Yelle et les garçons
© grégoire alexandre

Révélés par la toile, la chanteuse Yelle et ses deux acolytes forment un des rares groupes qui chante en français et connaît un important succès à l’étranger. Ses ingrédients : des paroles naïves et crues, une electro-pop efficace et une belle énergie sur scène. Retour sur un joli parcours.

Yelle, c’est Julie Budet, jeune femme de Saint-Brieuc, qui sautait sur la pochette du premier album, Pop-up (2006). Yelle pour "You Enjoy Life", la contraction de yeah et d’elle, Julie explique : "c’est un peu notre philosophie de vie : en profiter, s’amuser. On a féminisé Yel et c’est devenu mon surnom !" Yelle, ce sont aussi deux jeunes hommes qui accompagnent Julie Budet en studio et sur scène : Jean-François Perrier, alias GrandMarnier, et Tanguy Destable, alias Tepr et ancien membre d'Abstrackt Keal Agram.

GrandMarnier est briochin comme Julie, il est batteur et compose. On a pu le voir dans le quintette Sitronapoo, avant qu’il ne décide en 2005 de travailler avec Julie, alors administratrice d’une compagnie théâtrale. Les soirs et week-end, tous deux composent Je veux te voir, une chanson électro un brin provocante, qui interpelle un des membres du groupe de rap TTC, jugé un peu machiste ("Cuizinier avec ton petit sexe entouré de poils roux / Je n’arrive pas à croire que tu puisses croire qu’on veuille de toi")

Retour à la routine

Ils postent ce titre sur Internet, et rapidement, les demandes de concerts affluent, des États-Unis ou d’Australie, bien avant la France. Le duo décide donc de préparer des concerts. Tanguy, alors journaliste au quotidien le Télégramme à Morlaix, les contacte pour annoncer un de leurs concerts. Il rejoint le duo aux claviers, finalise les arrangements du premier album et part en tournée.

Ce premier album de Yelle, Pop-up, parle beaucoup de garçons, d’amours déçues, de soirées… Le groupe reprend le titre À Cause des Garçons, un tube de 1987. Le tout dans une esthétique électro-pop très dansante, avec des synthés très ….années 80.

Après trois années intenses de tournée, le trio s’enferme trois semaines dans un gîte à Mûr-de-Bretagne en octobre 2009, avant de rejoindre son studio de Saint-Brieuc. Julie se souvient : "Nous avions besoin de retrouver notre équilibre sans nous mettre trop de pression, de revenir chez nous, dans la routine du quotidien : boire des cafés, faire le marché… "

Epure

Pour ce second album, Yelle a travaillé avec le producteur allemand Siriusmo. Comme le trio, le producteur de techno est un enfant du Net, c’est naturellement par le réseau qu’ils ont collaboré. "Si la musique de club nous inspire, nous restons dans un format pop" explique Tepr. GrandMarnier ajoute "la pop est pleine de contrainte dans sa construction. On doit avoir quelque chose de fort, un instru, un refrain, une rythmique… Il faut épurer, c’est beaucoup plus difficile que d’ajouter des pistes. Le titre Drop it like it’s hot de Snoop Dogg et Pharrell Williams est un coup de génie tant il est épuré !"

Tepr et GrandMarnier ont une culture plutôt rock américain, mais le premier a aussi écouté des labels comme Warp ou Ninja Tune, et le second s’est récemment intéressé à la musique caribéenne, à Étienne Daho ou Chagrin d’Amour. Julie se rappelle : "J’ai écouté beaucoup de chanson, de rock ou de musique traditionnelle bretonne quand j’étais enfant. Je me souviens du premier album des Daft Punk acheté par mon frère, c’était une grosse claque."

Déroutant

Pourquoi un tel succès à l’étranger ? "Peut-être parce que nous sommes arrivés avec des chansons spontanées et beaucoup d’énergie sur scène. Ce genre de musique, chantée en français par une voix féminine un peu haut perchée, cela n’existait pas trop à l’époque du premier album" analyse Julie.

En France, Yelle semble plus difficile à cerner. Les paroles —explicites— pourraient s’adresser au premier degré aux ados, ou au second à des adultes. Entre paroles naïves et musique dans l’air du temps, entre un titre concocté avec le comique Michaël Youn (Parle à ma main) et des maxis publiés sur le label branché Kitsuné,

il y a de quoi dérouter. "Les paroles comprennent parfois des doubles sens, la naïveté n’est souvent qu’apparente, comme sur les chansons Unillusion sur la réalité des liens humains, ou S’éteint le soleil, qui évoque la fin du monde" détaille GrandMarnier.

Reste que les trois presque trentenaires revendiquent néanmoins une âme d’adolescent. "L’adolescence, c’est la découverte de la liberté, tout en gardant la sécurité des parents, ce sont plein de prises de conscience. Mais plus qu’un groupe adolescent, je pense que nous sommes un groupe féminin" estime GrandMarnier.

Yelle Safari Disco Club (Barclay/Universal) 2011

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