Le Jazz de Joe avec Cisco Herzhaft

Le bluesman français Cisco Herzhaft sort un album intitulé "Son of a watchmaker". © Noel Doizi

Septuagénaire passionné et autodidacte, le Français Cisco Herzhaft poursuit la route du blues et sort un album intitulé Son of a watchmaker.

Le blues est indubitablement une culture matrice que les Afro-Américains peuvent légitimement revendiquer. Cet écho tangible de la douleur du peuple noir durant les heures sombres de la ségrégation raciale continue de nourrir le quotidien de millions d’individus outre-Atlantique. Les artisans de cette forme d’expression séculaire ont narré l’oppression, l’humiliation, l’espoir, la résilience d’une communauté meurtrie. La colère et l’insoumission ont cependant porté au-delà des océans le récit d’une aventure tortueuse et poignante. 

L’universalité des sentiments a donné au blues une dimension transcendantale indéniable. Bien qu’il faille sans cesse marteler l’origine sudiste rurale de cet art ancestral américain, ressentir viscéralement les tourments de l’existence est un réflexe profondément et simplement humain. Il n’est pas nécessaire d’avoir la peau noire et d’être né dans le Mississippi pour avoir le blues.

En France, quelques artistes inspirés ont, au fil des décennies, donné une lecture personnelle de leur destinée en s’appropriant les codes artistiques et identitaires de leurs cousins d’Amérique. Pour certains, calquer ce patrimoine et ces traditions n’était pas suffisant. Bill Deraime y apporta sa sensibilité, sa poésie, sa philosophie et choisit soigneusement ses mots pour être le messager des laissés-pour-compte. Paul Personne fit rugir les guitares pour clamer en français son vœu d’un monde plus juste. Jean-Jacques Milteau insuffla à l’harmonica l’authenticité d’une interprétation pétrie d’influences multicolores, mais toujours enracinées dans l’âme noire. Patrick Verbeke joua avec les couleurs de sa créativité acoustique.

Et puis, il y eut Cisco Herzhaft… L’inclinaison folk de ce troubadour girondin le distingue de ses homologues. S’il a, comme ses confrères, une connaissance parfaite de la culture afro-américaine, son humeur et sa rugosité dessinent les traits d’un personnage presque romanesque, celui d’un baroudeur du blues qui aurait connu tous les déboires, tous les revers, toutes les péripéties de la vie. Le poids d’une épopée sinueuse façonne son blues lancinant chanté en anglais comme pour rester en contact avec la source originelle.  

Son of a Watchmaker est un livre ouvert, une invitation à écouter l’histoire d’un homme qui se raconte, qu’on pourrait imaginer assis devant une petite bicoque à Clarksdale, là où l’un de ses héros, John Lee Hooker, vit le jour. Cisco Herzhaft est assurément habité par la légende du blues. Les indécrottables sceptiques ou puristes (ce sont souvent les mêmes) pourront toujours lui opposer sa condition de musicien blanc européen et s’interroger sur cette quête insensée d’un blues fantasmé, mais son imperturbable cheminement est la meilleure réponse à toutes les critiques.

À 71 ans, sans tambour ni trompette, si ce n’est le talent de ses accompagnateurs, Cisco Herzhaft peut s’enorgueillir d’être resté fidèle à ses convictions. Avec son frère, Gérard Herzhaft, historien, il partage depuis 50 ans cette passion dévorante pour les musiques populaires américaines.

De Cisco Houston (ce prénom serait-il une inspiration ?) à Woody Guthrie, Pete Seeger, Hank Williams ou Big Bill Bronzy, les figures tutélaires ne manquent pas. Sans parodier, ni trahir, notre ménestrel français parvient à revitaliser la narration d’autrefois en y injectant sa verve personnelle, ses propres compositions, et les joutes oratoires cadencées du rappeur Rockin’ Squat sur le titre I’m a blues vet. Exercice périlleux dont on accepte l’audace, car l’enjeu est peut-être ici de rappeler combien le rap et le blues ont porté, à différentes époques et pour différentes générations, la rébellion de populations combatives.  

Fils d’horloger, Cisco Herzhaft est un vrai autodidacte qui a exercé 1000 métiers, mais n’a suivi qu’une seule voie, celle du blues ! En janvier 2012, il représenta d’ailleurs la France à l’International Blues Challenge de Memphis dans le Tennessee, un rendez-vous fort prestigieux qui réunit depuis 35 ans les meilleurs instrumentistes de la planète.

En Argentine, au Canada, au Maghreb, les scènes du monde accueillent ce fervent défenseur de la "Note bleue". Il reprend, dès à présent, son bâton de pèlerin et se produit sur les routes de France et de Navarre en ce printemps 2019. Il fera notamment vibrer les spectateurs du Sunset à Paris le 04 juin !  

Cisco Herzhaft Son of a Watchmaker (Blues in Trad) 2019

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