Jérôme Minière

Jérôme Minière © DR

Dans un double album au titre lunaire La Nuit éclaire le jour qui suit, Jérôme Minière, jeune chanteur-compositeur tente de se livrer vraiment, donner un peu d'ici et d'ailleurs (dixit le morceau Le Courage) bien qu'il s'affirme comme "un type sans histoire, pas trop bavard".

Les années 90 feraient-elles définitivement peau lisse ? Après les années héroïques que furent les années 80, nous voilà entrés dans une période de pure modestie. Doucement, tout doucement. Bien sûr, la modestie s'accompagne d'une culture musicale qu'il faut encore moins érigée en dogme. Alors la période est à l'electronica, et bien soit.

Entre deux âges, la post-adolescence est terminée et les soucis d'être trentenaire se dessinent bien loin, Jérôme Minière a atteint "l'âge adulte", soit à peine 26 ans. Jeune Français vivant actuellement à Montréal, il a traversé les villes et les styles. Orléans, Bruxelles, Paris, et un groupe, les Spikes où la noisy-pop flirtait bon le défoulement.

Aujourd'hui, Lithium l'a accueilli dans son giron. Ce label commence à avoir un catalogue et une identité bien à lui. De Dominique A à Mendelson en passant par Diabologum, Lithium développe une ''label touch' où tout est permis. Comme le déclarait dans un de ses titres Diabologum, "c'est juste une histoire de séduction, on étudie toutes les solutions".

Un "Monde Pour N'importe Qui"

En 1996, sort un disque "Monde Pour N'importe Qui". Premier essai imparfait mais prometteur. Des textes travaillés (parlés, plus que chantés) au plus près de soi, souvent marqués par l'idéologie libertaire et une musique bien pensée dans un minimalisme électronique. Petit artisan bricolo, une légende est lancée, tout du moins elle veut se faire découvrir. A la sortie du premier album, l'homme était invisible, pas de promo, peu d'interviews, pas de concerts. Il fallait faire le voyage au Québec pour avoir quelques chances au moins de le rencontrer.

Deux ans plus tard, l'homme se découvre. Un double-album dévoile les deux facettes complémentaires de sa musique : une face chantée et une autre instrumentale où les collages-montages démontrent plus qu'une bonne utilisation du sampler. D'ailleurs l'auteur ne s'en cache pas : "le matin, je me lève, j'allume mon sampler et je fais des boucles et des boucles. Après je vois si je peux coller des textes dessus. Des fois oui, d'autres fois non".

Ode à la lune

A chacun sa face et ses impressions. La face instrumentale est faite d'ambiance. "Atmosphère, atmosphère" dirait une grande actrice française. Rien de bouleversifiant sous le soleil. De toute façon, l'ambiance est lunaire. Calme. On comprend amplement que le jeune auteur ait fait des études de cinéma. A tort, on pourrait lui reprocher de faire du Yann Tiersen électro.

La face à textes est difficile à retenir. On ne pourrait retenir de l'artiste que ce refrain "Je ne suis qu'un moustique/si je pique on m'esquinte/du revers de la main/on me met sous plastique/on m'intoxique", pourtant le courage selon lui, "c'est d'être un peu à côté". Et la surprise est grande. Alors que le début de la face s'annonce tout en distance, ses considérations sur la "Vengeance" et "Le courage" peuvent vous désappointer. De légère approche, Jérôme nous presse de l'écouter. Le doigt est sur la gâchette, vous êtes dans le collimateur. Mais qui parle ? Toutes ses petites histoires du début de l'album se tranforment rapidement en morale politiquement correct.

Il ne faudrait retenir de cette face chantée que cette strophe issue du morceau "Ton Fantôme" : "Nous nous sommes quittés si rapidement, chaque jour il revient, il a tellement de choses à me dire encore, et moi qui n'ose pas le mettre dehors".

Jérôme Minière La Nuit éclaire le jour qui suit (Lithium) 1998
Jérôme Minière Monde pour n'importe qui (Lithium) 1996