Jérôme Minière, deux albums d'un seul coup

Jérôme Minière © DR

Natif d'Orléans, mais exilé depuis quelques années à Montréal, Jérôme Minière mène de front deux carrière : chanteur et musicien électronique. Absent des bacs hexagonaux depuis deux ans, il sort aujourd'hui deux albums en France, déjà disponibles dans la Belle Province : Petit cosmonaute, collection de chansons lunaireset appliquées, et Herri Copter, un album électro.

Votre précédent album était un double électro/chanson. Cette fois, ce sont deux albums distincts. Pourquoi cette séparation ?
Quand j’ai fait le double, je n’avais pas inventé Herri Kopter, qui est un peu mon alter ego expérimental, électronique et fictionnel. Quand Herri Kopter est arrivé dans le décor, ça a été plus simple de séparer les deux univers. Depuis que j’ai ce personnage à disposition, ça me permet de faire d’avantage le grand écart entre les deux, de faire des choix plus radicaux.

Quelle est donc l'histoire d'Herri Kopter ?
C’est vrai qu’en musique électronique, les gens prennent souvent des pseudos, et ce nom-là traînait depuis quelques années à côté de moi, mais je ne voulais pas que ça soit juste un nom…De fil en aiguille, les traits se sont précisés: Kopter est quelqu’un qui arrive du grand Nord, d’une île de glace qui a fondu. C’est en fait une espèce d’hurluberlu que je n’ai jamais croisé puisqu’il glisse des enveloppes sous la porte de mon local de travail. Lui vient la nuit, et moi je travaille le jour. Quand le disque est sorti au Québec, un critique a écrit «Jérôme Minière doit faire attention: Herri Kopter va finir par lui faire de l’ombre!». C’est mon concurrent direct! (rire).

Il y a effectivement un grand écart entre Herri Kopter et Jérôme Minière. Vous parvenez à faire la part des choses facilement ?
C’est sûr qu’en sortant les deux albums au même moment, c’est plus complexe, mais à l’origine, il y a un an d’écart entre les deux. Avec Kopter, on ne peut pas faire des concerts «traditionnels». J’ai déjà vu dans ce genre de musique des concerts avec juste quelqu’un derrière un ordinateur portable, mais c’est rapidement insupportable! Ce qui se dégage surtout sur Herri Kopter, c’est de trouver des façons de faire des spectacles, de contourner le problème, alors qu’avec Petit Cosmonaute, on a un groupe de cinq personnes, et je reprends des chansons de mes autres albums. C’est donc plus simple à amener sur scène. Dans le cas de Kopter, c’est plus axé sur des évènements: j’ai déjà joué dans des vernissages d’expos par exemple.

Il y a quelques temps, vous disiez ne jamais avoir réussi à terminer une chanson légère… Herri Kopter vous permet de canaliser votre légèreté ?
Je m’aperçois qu’il y a un mouvement de va-et-viententre les deux univers: je me suis permis dans Petit Cosmonaute des choses que je m’interdisais avant. Ça me force à poser des choix plus précis ou à assumer d’être plus «chanson», car mon précédent label Lithium était plus connoté underground, alternatif…Bon, Cosmonaute, ce n’est pas Pascal Obispo, mais la porte est ouverte à un public non initié.

Vous êtes au Canada depuis quatre ans ?…
Techniquement ça fait six ans, mais les trois premières années, je rentrais tout le temps, mon contrat était encore en France et je passais entre deux et quatre mois par an en Europe. Depuis trois ans - depuis que je suis papa - je suis devenu un peu plus sédentaire, alors que par le passé, j’étais un peu entre deux continents, sans vraies décisions… J’habitais d’un côté, les choses se passaient de l’autre. L’arrivée d’un enfant m’a forcé pour la première fois à me sédentariser et à prendre la décision d’avoir, un peu comme Batman, une base fixe, pour ensuite faire mes missions planétaires !

Habituellement les artistes français cherchent à s’exporter. Vous avez fait la démarche inverse: vous vous auto-importez! Vous êtes parti au Québec pour vous ré-importer dans votre pays d’origine !
Oui, et d’ailleurs ce n’est pas si simple parce que j’avais vraiment disparu de la circulation. En fait, j’ai suivi ma vie personnelle au lieu de faire une espèce de plan de carrière. Ce n’est peut-être pas ce qu’il fallait faire, mais j’étais heureux au quotidien au Québec.

C’est un point d’honneur pour vous d'être distribué en France, et de ne pas faire qu’une carrière domestique au Québec ?
Oui, c’est très important. D’abord du point de vue économique, parce que le marché au Québec est petit, et puis il s’agit de boucler la boucle: je viens d’ici, ça ne partira jamais. La raison la plus forte est donc sans doute sentimentale, mais il y a aussi la question du rapport à la francophonie. J’ai habité en Belgique, traversé plusieurs pays francophones… C’est important que la musique circule entre les différents pays francophones. Je n’ai jamais été en Afrique, mais il faut que tout ça que ça circule !

Petit Cosmonaute (La Tribu/Chronowax 2003)
Jérome Minière présente Herri Kopter (La Tribu/Chronowax 2003)