Cali

Après le succès de son  premier album L’amour parfait, Cali a mis entre parenthèses une vie d’artiste sur la route, avec ses décharges d’émotions quasi quotidiennes devant des milliers de fans. Le chanteur catalan entame un nouveau chapitre de sa jeune carrière : un deuxième album intitulé Menteur, une collection de chansons toujours aussi personnelles et belles, fabriquées entre copains, à Perpignan et en Irlande. 

 

 
  

 

Quelque part entre le studio Grouse Lodge dans les environs de Dublin et le mas d’En Llinas à Castelnou, Bruno Caliciuri, Cali, s’est ouvert à de nouveaux territoires musicaux, géographiques et humains pour accoucher de Menteur. "L’envie de partir enregistrer en Irlande vient d’une balade en bateau avec Miossec entre Brest et Ouessant. Je réfléchissais à la manière dont j’allais habiller mes chansons pour la production de l’album. J’ai vu le ciel déchiré de Bretagne et j’ai pensé à l’Irlande, ma terre d’adoption. J’ai aussi pensé à un violon, celui de Steve Wickham des Waterboys. J’ai particulièrement aimé son travail sur l’album Fisherman’s blues. Daniel Presley mon producteur m’a encouragé à l’appeler. Il est venu. On a ensuite passé des nuits entières à jammer sur les morceaux".  L’empreinte du musicien folk irlandais est très présente.

Les collaborations sont multiples sur cet album, à l’image de ce Pauvre Garçon construit sur des riffs de guitare excités et calibrés à la fois par Matthieu Chédid, des lignes de basses chaudes de Damien Lefèvre de Luke, et habité d’un duo de voix nées pour se mélanger. Le couple Daniel Darc-Cali agit en couple de vieilles canailles débraillées, dépareillées, mais parfaitement complémentaires, deux homo sapiens amateurs de chair féminine, unis dans la difficulté sentimentale, des jouisseurs-losers qui magnifient leurs sentiments en cinq minutes de bonheur collectif et musical. "C’est un album où je ne voulais me priver de rien. J’ai rencontré plein de gens sur la route. Avec Menteur, j’ai réalisé mes fantasmes, un duo avec Daniel Darc. Patti Smith avait aussi été contactée mais ça n’a pas pu se faire. Ce qui me plaisait pour cette chanson, c’est que les deux artistes avaient une ambivalence sexuelle dans leur façon d’être. Peu importait la voix, peu importait la tessiture garçon-fille...  Daniel Darc est arrivé pour faire ce duo avec un sourire angélique aux lèvres, il est reparti de la même manière."

 

 
 

 

 SurMenteur, le titre introductif et le titre de conclusion se confondent, fruits du combat de Cali pour une cause juste. Qui se soucie de moi et Le vrai père rappellent que l’égalité des droits entre le père et la mère divorcés n’est pas encore une réalité. "J’ai contribué à créer une association L’amour parfait, c’est un cri du coeur ! On a d’ailleurs monté une journée Les papas égalent les mamans pour rappeler que nos mômes ne doivent pas être pris en otage par aucun des deux parents."  Avec ces thématiques récurrentes du divorce, de l'amour brisé, des familles décomposées, les spectateurs se voient dans les chansons comme dans un miroir. Pendant la tournée L’amour parfait, des spectateurs l'attendaient à la fin du concert pour le lui dire. "J’ai reçu une lettre troublante d’une jeune femme à l’hôpital. Elle me disait que mon premier album l’aidait beaucoup. Une autre m’a dit qu’elle avait quitté son mari après avoir écouté Elle m’a dit. Un homme m’a révélé qu’il avait demandé la main de sa femme sur Pensons à l’avenir, à chaque fois, ça m’étonne et ça me touche."
 

 

 
  

 

Sur l’album, des hymnes brutes de décoffrage - tels que Je te souhaite à mon pire ennemi et le splendide Je ne vivrai pas sans toi chargé d’accents Springsteeniens, de colorations californiennes et mexicaines à la Calexico, un modèle de hit composé avec des paroles écrites en même temps que la musique - cohabitent avec des chef d’oeuvres de chanson minimaliste tels que Roberta, une chanson où l’on apprend au bout d’une minute quarante secondes, que cette femme à qui pense le narrateur a 82 ans. "C’est une habitante de mon village. Son mari est mort et quelques mois après elle s’est remise avec un mec de 30 ans. Les gens ont beaucoup critiqué cette dame". Comme on a beaucoup critiqué un Cali à qui l’on reproche un manque de pudeur sur son premier album "mais ça me fait du bien d’écrire ma vie, de tout dire. Avec des personnes qui comptent comme me soeurs, ces chansons m’ont permis de beaucoup plus leur parler de moi avec elles, de parler des parents qui ne sont plus là."

Le titre générique, Menteur pourrait être une forme de Pierre et le Loup de Prokofiev pour adultes avec flûte désenchantée, clavecin délicatement posé sur texte tranchant, et violons classiques du Grand Orchestre du Conservatoire de Perpignan. Cali a choisi le titre Menteur car il essaie d’en faire le moins possible en matière de mensonges : "aujourd’hui, je me sens honnête, quoi de plus agréable que de sentir honnête!"

Cali Menteur (Labels/Virgin Music/EMI) 2005