Charles Trenet

"Je n'irai pas à Notre Dame" © Warner

Cinq ans après la disparition de Charles Trenet, le 19 février 2001, sort Je n’irai pas à Notre-Dame, un album inédit constitué de chansons enregistrées entre 1994 et 1999 par celui qui fut l'un des monuments de la chanson française du XXe siècle.

On croyait que l’œuvre de Charles Trenet s’était achevée avec ses deux derniers albums de chansons originales, Fais ta vie en 1995 et Les poètes descendent dans la rue en 1999. Il en restait un peu au fond, comme on dit dans les familles : voici que sort un album de dix enregistrements inédits, qui ne furent pas utilisés pour les deux albums susdits.

Trenet, en effet, ne pratiquait pas comme Charles Aznavour, qui affirme faire détruire les pistes de voix des chansons qu’il ne retient pas pour le choix final. On trouve ici Fais ta vie dans une version parlée. Essai de Charles Trenet d’une autre expression sur la chanson qui allait donner son titre à son album, cet enregistrement insiste curieusement sur le caractère sentencieux du texte. Les quelques chansons inédites de l’album donnent une vision plus légère de ce jeune homme qui avait dépassé les quatre-vingts ans, capable d’adresser des clins d’œil insolents à ses propres chansons comme lorsque, dans la pluie de calembours des Indiens, il parle de “l’âne des poètes”.

Plus que Juste pour rire, du nom de la maison de production et du festival de son producteur québécois Gilbert Rozon, on retiendra peut-être surtout Je n’irai pas à Notre-Dame et sa nouvelle version du Visage de l’amour. La première – qui ouvre l’album – évoque le refus des autorités ecclésiastiques d’ouvrir Notre-Dame de Paris à un concert de Charles Trenet. Sans rancune, il rappelle qu’il sera libre de chanter autant qu’il veut au Paradis. Publiée à titre posthume, la chanson y trouve un sens curieusement ironique…

Et, en clôture du disque, Trenet reprend une chanson donnée jadis à Dalida, et qui ouvrait son dernier récital, à la salle Pleyel en 1999 (mais ne figure pas sur le disque de ce concert) : “Vous avez le visage de l’amour/Vous avez le visage des beaux jours”: cette chanson toute simple dit la gratitude et la fidélité d’un chanteur pour son public. Sans surjouer la légèreté et la bonne humeur, l’exercice ne manque pas de charme.

Charles Trenet Je n’irai pas à Notre-Dame (Warner ) 2006