Le phénomène Amélie-les-Crayons

Un véritable exploit moderne ! Il y a deux ans, Amélie-les-Crayons écoulait 40000 exemplaires de son premier album, sans l’appui d’une maison de disques, ni grosse artillerie marketing. Entourée de nouveaux musiciens, la chanteuse revient avec La porte plume, un disque autant qu’un spectacle. Le groupe s’est lancé dans une tournée de plus de deux ans qui passait ce jeudi 10 par Paris, au Café de la Danse.

Depuis un mois Amélie en est quasi sûr, dans la vie, elle veut être chanteuse ! Aveu étonnant pour cette Iséroise qui, après une tournée triomphale de 200 dates pour son premier album Et pourquoi les crayons ?, repart sur les routes avec un nouveau répertoire. "C’est un métier tellement étrange, nous confiait-elle avant sa prestation. C’est imbriqué dans ma vie intime. J’écris les chansons dans ma chambre. Ça parle de moi, ce n’est pas toujours très équilibrant. Et puis j’ai envie de faire d’autres métiers, de travailler avec la terre. D’être agricultrice ou fleuriste. Ça me frustre…."

Amélie ne conçoit pas un concert comme un simple tour de chant. Disque et spectacle se sont élaborés en même temps grâce à "des va-et-vient enrichissants" de mars à juillet 2007. Le groupe a bénéficié d’une préparation dans la salle du Train Théâtre à Vienne avec la collaboration d’un metteur en scène, Fred Radix.

Les musiciens débutent seuls sur scène, tous trois vêtus de noir. Les habitués de la précédente tournée s’étonneront de ne reconnaître aucune tête. C’est normal, Amélie a changé ses crayons : "Un spectacle, c’est un projet, un univers. Quand on en change, je trouve normal de changer d’équipe artistique. C’est un peu comme un casting, il y a des gens faits pour La porte plume. Et puis ça dépendait aussi des instruments qu’ils jouaient. Il nous fallait un pianiste guitariste et un clarinettiste percussionniste !"

Toujours invisible, Amélie vocalise. Elle apparaît finalement par une petite porte située sous son piano. Un instrument haut de deux mètres ! Effet de surprise garanti. Le concert débute avec la Maigrelette, le même titre qui ouvre l’album. Clair obscur, pénombre, halo de fumée, la mise en lumières a été créée spécialement pour ce spectacle par Clodine Tardy. D’emblée, elle pose une ambiance onirique. Les quatre musiciens disparaissent tour à tour pour réapparaître ça et là, sur scène.

Un public aux anges

 

Musicalement, la chanteuse se situe entre Lhasa et Bourvil ( !) avec une prédilection pour les rythmes sautillants. "Enfant, j’ai écouté beaucoup de piano classique, ça m’a formé un terreau. Je suis rentrée dans le rock beaucoup plus tard. J’ai du mal à écrire autre chose que des valses, C’est viscéral. Quand je commence à composer un truc sur un rythme binaire, j’essaie toujours après sur trois temps et pour moi, ça sonne toujours mieux ! Il y a ce côté classique dans Amélie-les-Crayons. On ne casse pas de barres en terme d’innovation ! Ça n’a rien de génial, c’est du populaire. On va là où ça nous parle et ça rejoint un inconscient collectif. Ça parle à tout le monde du coup."

Effectivement entre quelques recommandations hilarantes d’hygiène masculine (Les pissotières), les élucubrations d’une patiente amoureuse de son médecin (Mon docteur, il est beau) ou l’aérien Calées sur la lune, le public est aux anges. D’autant qu’Amélie, agrémente chacune de ses chansons d’une flûte, d’un bandonéon ou d’un glockenspiel. Sur La dernière fille du monde, le groupe s’offre même un duo de clarinette avant de partir quelques minutes plus tard dans une grande envolée psychédélique.

Un succès intergénérationnel

Rayonnante sur scène, Amélie partage sans retenue son plaisir. Un enthousiasme hautement communicatif. Avec déjà 15.000 exemplaires vendus de La porte plume et une tournée annoncée longue comme le bras, on s’étonne qu’Amélie n’ait pas encore succombé aux sirènes d’une grosse maison de disques. Ce serait mal la connaître comme elle l’expliquait avant d’entrer sur scène : "Je travaille avec des gens exceptionnels. Pourquoi irai-je voir ailleurs ? Il y a un côté artisanal et familial. On parle la même langue. Si un jour je veux travailler avec l’orchestre philharmonique de Vienne, j’aurai peut être besoin de plus de moyens. L’indépendance, c’est bon parce que ça reste humain. Je suis perdue quand il n’y a pas ça."

 

Un aspect qui transparaît dans sa relation avec son public. "Il est hallucinant, pas en terme de chiffre mais en terme d’investissement. Il est d’une fidélité à tomber par terre. Depuis le début, il  y a des gens qui fabriquent des choses inspirées par Amélie-les-Crayons. Je reçois des poèmes, des dessins, des photos… des trucs complètement fous que les gens ont envie de partager avec nous. On s’est dit qu’il fallait une place pour ça, on a créé un blog. (1) Le public est intergénérationnel, on reçoit même des dessins d’enfants."

 La preuve, plusieurs classes de quatrième d’un collège des Vosges étaient venus assister à ce spectacle au Café de la danse. Un public assidu prompt à piétiner les gradins de la salle pour obtenir un rappel. Amélie conclut, seule sur scène, à la guitare. Ce soir, le spectacle aura duré une heure et demie. Mais il s’allonge au fil des dates, sans rien modifier aux chansons. Encore un mystère digne d’Amélie-les-Crayons.

(1) Blog d'Amelie-les-Crayons

Amélie-les-Crayons La porte plume (Néomme / L’autre Distribution) 2007