Yves Simon est vraiment revenu

On l’avait cru à la retraite : l’été dernier, Yves Simon a retrouvé la scène après trente ans d’absence. Après un Olympia au printemps dernier, il commence enfin sa tournée française, la première depuis 1977.

"J’ai essayé de le décrypter moi-même et je n’y arrive pas tout à fait. Qu’est-ce qui fait qu’un chanteur en pleine gloire, ce qui était mon cas en 1977, renonce à la scène ?" Cette année-là, Yves Simon a tourné au Japon, en Allemagne, au Canada et donné deux séries de concerts en France. Il a sorti l’album Un autre désir en septembre et, en décembre, publie la musique – et la chanson ! – du film Diabolo menthe de Diane Kurys. Et il donne ses derniers concerts…

Ce qui est un repos de quelques mois après la fatigue d’une folle année se prolonge quand son groupe se disperse. "Les musiciens doivent gagner leur vie, admet-il. Puis j’attends deux, trois, quatre, cinq ans… et je m’habitue. A l’époque, je continue à faire des disques tous les ans ou tous les dix-huit mois et je me dis que Gainsbourg a très longtemps pratiqué ainsi : il avait une certaine renommée, sortait des albums et ne faisait pas de concerts. J’étais de toute manière atypique puisque j’écrivais un roman tous les deux albums."

Et, s’il faut regarder les choses en face, il avoue : "Je ne me sentais pas très heureux sur scène, ce qui a radicalement changé aujourd’hui. Je ne me sentais pas très bon, j’avais un gros trac, j’avais la phobie de la salle vide. Quand on arrivait dans une ville, je me disais qu’il n’y aurait personne, alors que je vendais 200000 albums." Et, en 1991, Yves Simon reçoit le prix Médicis pour son roman La Dérive des sentiments : "Je me suis dit que j’étais passé de l’autre côté du miroir, que je suis définitivement écrivain." De fait, en dix-sept ans, il ne sortira que deux albums.

Aimé et attendu

Mais tout change avec le dernier, Rumeurs, paru il y a un an. Quelques semaines avant la sortie du disque, le 13 juillet 2007, il monte sur la scène des Francofolies de La Rochelle, trente ans après son dernier concert. Il recommence aux Francofolies de Spa en Belgique, puis donne un récital unique à l’Olympia le 12 mars 2008. Et les retrouvailles avec le public le comblent : "Les gens se lèvent quand j’arrive sur scène à pratiquement tous les concerts : à La Rochelle, à Spa, à l’Olympia et à deux concerts sur trois en province. Une standing ovation, ça veut dire qu’on est attendu, qu’on est aimé, que l’on fait partie d’un univers secret, que l’on est à l’intérieur du cœur des gens, de leur histoire. C’est réconfortant. Les concerts sont aussi meilleurs à cause de ça : je suis à l’aise et détendu. J’ai rencontré là un public très, très, très différent de celui que je connaissais il y a trente ans. Le public des années 70 était extrêmement critique. Sur un mot dit la veille ou écrit la semaine d’avant dans la presse, des gens pouvaient venir me chahuter ; et pour un mot malheureux sur scène, me chahuter à nouveau."

 

Car il n’y a pas de silence scénique aussi long que le sien : Serge Gainsbourg avait arrêté de donner des concerts pendant treize ans, Christophe pendant vingt-cinq ans "seulement". Yves Simon a quitté la scène à l’époque des halls des sports affreusement sonorisés et avant la naissance des Zénith et s’extasie que, maintenant, "pendant les balances, on me fait deux réglages pour le son de ma guitare dans les retours, selon que je joue avec les doigts ou avec un médiator. J’ai fait mes premiers concerts dans des salles de plus de 1000 personnes en 1974. On me disait à chaque fois que l’on ne m’avait pas entendu dans telle ou telle chanson. J’étais partagé entre mon envie d’avoir des musiques très rythmées et le désir que les gens entendent les textes. Et ce n’était jamais tout à fait le cas."

Son retour lui permet d’interpréter enfin des chansons qui n’avaient jamais connu la scène, comme Diabolo menthe ou Amazoniaque"très rythmée, très binaire, très sympa". Son tour de chant contient neuf chansons de son nouvel album et douze du passé. Il reconnait "des impasses sur certains albums, comme De l’autre côté du monde, mon dernier disque chez RCA, ou Liaisons, mon premier album chez Barclay." Et il se donne le plaisir égoïste – un égoïsme partagé, néanmoins – de chanter seul ses rappels, avec Les Gauloises bleues et Au pays des merveilles de Juliet, "et aussi parfois, quand je n’ai pas été trop long, Rue de la Huchette, une de mes premières chansons."

 

Tournée : le 20/11 à Niort, le 22/11 à Béthune, le 27/11 à Nancy, le 28/11 à Florange, le 29/11 à Strasbourg…