Benjamin Biolay

Fruit d’un artiste à l’appétit musical hors du commun, Benjamin Biolay, le foisonnant double album intitulée La Superbe, est d’ores et déjà un incontournable. Deux ans seulement après son album précédent, Trash Yéyé, l'auteur-compositeur-interprète semble enfin montrer son talent à sa juste mesure.

Ce n’est un secret pour personne : depuis l’inaugural Rose Kennedy, Benjamin Biolay cherche à bâtir une "œuvre". De celles dont on se souviendra au-delà des nouvelles vagues de la "nouvelle chanson française". Avec ses deux volets de 23 titres et une palette musicale et émotionnelle inouïe, La Superbe relève en partie ces ambitions.

Des maîtres à jouer de la pop hexagonale – Christophe excepté, rares sont ceux qui embrassent tous les genres musicaux avec un tel panache : le classique, avec la sublime partition de cordes du titre d’ouverture, le rock anglais des années 80 (Prenons le large) et même le reggae dub sur l’hypnotique Padam. On ne saurait faire plus difficile en matière de grand écart musical, et pourtant le charme opère. La faute à une surdose d’inventivité dans les arrangements, comme ces boucles électro subtilement nichées dans les chansons pop les plus classiques (L’espoir fait vivre).

Moins aventureux mais toujours incisifs, les textes distillent la même noirceur amoureuse que les albums antérieurs, entrecoupée ça et là d’euphorie grisante (Prenons le large) ou de nostalgie proustienne (Lyon Presqu’île). Mention spéciale, pour son originalité, au déjà culte Brandt Rhapsody.

Bien sûr, le maniérisme vocal affiché du chanteur – le chanté-parlé, les susurrements – et certains titres un peu faciles (La Toxicomanie) ne le réconcilieront pas avec ses détracteurs. Mais Biolay n’en a cure : il vient, peut-être, de signer son Melody Nelson.

Benjamin Biolay La Superbe (Naïve) 2009