Nord, la bonne direction

"L'Amour s'en va", l'album de Nord. © Simon Hermine

Fort d'un EP remarquable, L'amour s'en va et de prestations scéniques remarquées, Nord commence sérieusement à gagner ses galons. Au festival du Chaînon Manquant à Laval, vitrine réputée qui attire les professionnels, le projet de Xavier Feugray a mercredi 14 septembre, amplement séduit. De beaux lendemains en perspective.

Beat introductif et imparable. Celui de L'amour s'en va. Stromae ne l'aurait sûrement pas renié. "L'amour s'éteint à bout de souffle/Les sentiments il y en a tant/Il y en a trop c'est dérangeant/ Quand ça se repend/Comme du sirop c'est écœurant/Et c'est salaud et c'est va t'en...". Voilà ça commence comme ça. Chanson versatile, accrocheuse et au constat comme un couperet.

Il s'agit d'une entrée en matière idéale pour capter l'attention d'un public majoritairement composé de professionnels. Et la suite est au diapason : sensible, tendue, miroir d'un certain air du temps, avenante.

Plus loin dans le set, on entend un autre tube potentiel trempé d'un discours féministe (Elle voudrait). Il ne figure pas sur l'EP 6 titres paru au printemps dernier, L'amour s'en va. On discerne aussi un chanteur incarné, espiègle et dont la voix, qui oscille entre phrasé parlé et envolées franches, regarde droit dans les yeux.

Depuis le Printemps de Bourges, le trio ne cesse de gagner en chaleur et fluidité. Aisance scénique indéniable et fédératrice. Aux Francofolies de La Rochelle, l'engouement était autant public que critique, avec au passage, l'obtention du prix Félix-Leclerc dans l'escarcelle.

Nord est, on le devine, un pseudo. "Je trouvais que mon patronyme n'était pas terrible. Je cherchais un nom court, minimal et évocateur. En studio, l'ingénieur du son me faisait toujours remarquer que mes productions sonnaient 'nordiques'". Donc Nord, un projet de Xavier Feugray, trentenaire qui a longtemps fait ses armes au sein de Dame Fortune, formation plus rock et cuivrée.

La fin de cette aventure le plonge dans une période de doute. Il écrit abondamment. Tâtonne pour dessiner son propre univers. Jette son dévolu sur Fruity Loops, logiciel de création de musique électronique. Une direction dans laquelle il s'engouffre sans renier l'ivresse des textes.

Désenchantement et amours contrariées

Avec cet art de l'embellie au cœur de l'orage, le Rouennais ne semble d'ailleurs obéir qu'à ses obsessions. Il chante le désenchantement, les amours contrariées, le questionnement existentiel. "J'ai toujours tendance à voir les choses un peu en noir, à m'inquiéter. J'essaye de le faire passer légèrement, mais je dois reconnaître que je suis quelqu'un qui est dans un état de stress assez régulier. Je vois mes chansons comme un paysage gelé avec du soleil. On marche en terrain inconnu, mais il faut conserver cette petite flamme d'espoir".

Et quand Xavier Feugray scande, presque tel un hymne "C'est le plus beau jour de ma vie"  - au sujet de la perception des sentiments causée par la prise de substances -  c'est avec une ironie assumée. Nord célèbre le mariage si ardu entre la chanson et la pop-électro et l'équilibre parfait entre l'éloquence du propos et les trouvailles mélodiques.

Opération séduction à plein régime au Chainon Manquant. La preuve avec cette phrase d'un directeur de salle entendue en sortie de concert : "Il ne faut pas tarder à les programmer. Après, ça risque de devenir trop gros pour nous". Difficile d'aller à contre-courant de cette constatation.

Nord L'amour s'en va (Low Wood) 2016

Page Facebook de Nord