Adrien Soleiman, changement d'air

Adrien Soleiman. © Julien Mignot

Saxophoniste qui s'est nourri jusqu'ici des diverses opportunités artistiques offertes à lui, Adrien Soleiman est désormais seul capitaine à bord. Les chansons, à la fois minimalistes, luxuriantes et nostalgiques de Brille, le premier album de ce Parisien agissent tel un bouquet d'étoiles filantes. Rencontre.

Il y a d'abord ce physique d'ancien rugbyman d'excellent niveau qui tranche avec une voix souvent haut perchée et voltigeuse. Il y a surtout ce premier disque, qui dès ses premières volutes, happe et propulse dans les nuages. Si ce n'est quelques échos élogieux, on doit avouer qu'on ne savait pas grand-chose d'Adrien Soleiman. Jusque-là, il avait joué souvent en seconde division, notamment au sein d'une formation de rock alternatif Beau Women.

Il y a trois ans, ses membres projettent de s'installer au Canada. Adrien Soleiman n'obtient pas le visa. Fin de l'aventure. Est-ce la trentaine brûlante qui l'aide à effectuer le grand saut ? En tout cas, le voilà qui décide de sortir de l'ombre pour avancer en solitaire. "J'avais besoin qu'il se passe quelque chose après quinze ans de saxophone au sein de différents projets".

Effet boule de neige presque express puisque, érigé "Coup de cœur des Inrocks lab", il reçoit dès le lendemain un mail des trois principales majors. "Cela prouve qu'elles ne vont pas faire leur marché bien loin", tranche-t-il un brin chafouin. Celles-ci se font damner le pion par le label Tôt ou Tard, "plus indépendant", "plus au service des artistes" et dont il se reconnaît dans "l'esprit familial".

Depuis la signature, Adrien Soleiman va donc d'illusions en illuminations. Avec Brille, il dévoile une mélancolie en éventail et des morceaux portés par ses arrangements synthétiques, aériens, qui passent des tout petits espaces aux immensités infinies. De la (dream) pop intimiste, variable et sensible.

"Je voulais quelque chose d'épuré, qui ne soit pas trop produit, avoir un son organique, combiner la batterie acoustique et les machines". Quand on lui soumet l'idée d'un réalisateur, il lance spontanément Ash Workman. Pourquoi ? "Parce que Metronomy et l'album Love Letters".  Il ajoute aussi : "C'était important pour moi de ne pas bosser avec un Français qui allait comprendre mes textes et qui allait peut-être tirer la production du disque vers quelque chose de variété".

Donc, les textes. Poétiques, imagées, économes. À l'instar d'un premier roman, beaucoup d'éléments sont autobiographiques. Parler de soi sans s'épancher ou basculer dans le narratif, c'est son approche. "Dans ce projet, l'écriture est la chose la plus nouvelle. J'ai lâché quelques pensées, des choses qui me passaient par la tête. Je  ne pose pas de questions parce que c'est un format complètement inconnu pour moi, il n'y a pas encore d'auto-analyse".

Des chansons sur l'amour, la mort, la famille et l'enfance. Adrien Soleiman regarde souvent dans le rétroviseur, comme avec cette Rue des étoiles, essentielle à la construction de l'homme qu'il est devenu. "Je suis un garçon très nostalgique, émotif et sensible". Il faut de nombreuses écoutes pour faire totalement le tour de ce manège en apesanteur, pour savourer la grandeur de La nuit tombée – morceau qui n'aurait pas fait tache sur un disque d'Arman Méliès – pour célébrer l'accrocheur Près de moi. Seulement un solo de saxophone en toute fin de parcours (L'enfant firmament). Adrien Soleiman a des désirs d'évasion et d'ailleurs. Il s'y tient à merveille.

Adrein Soleiman Brille (Tôt ou tard) 2016

Page Facebook d'Adrien Soleiman