Michel Delpech, l'hommage figé

Michel Delpech en 1975. © Picot / Getty

Lui aussi a droit à son disque collégial de reprises. Disparu en janvier dernier, Michel Delpech est mis à l'honneur par des artistes intergénérationnels. Parmi les seize titres, quelques réussites avec les interprétations de Laurent Voulzy, Alain Chamfort… et même Amir. Revue de détail.

Jusqu'à la lie, les albums "tribute" qui reviennent désormais inlassablement au rythme des saisons. Dans le paysage discographique, ils ont fini par prendre la forme d'un marronnier : Renaud, Goldman, Balavoine, Téléphone, Dutronc, Aznavour...  Autant dire des artistes qui ont compté et comptent encore. Mais comment pouvoir s'emballer sachant que c'est, presque à coup sûr, moins passionnant que l'original ? Pourquoi ne pas envisager cet art de la reprise comme un terrain de jeu audacieux ?

Ce genre d'entreprise trouve aussi régulièrement son lot d'invités encombrants. Entendre par là qu'ils ne sont pas forcément à leur place. Ces poncifs-là, on les retrouve à nouveau sur cet hommage à Michel Delpech. Chanteur populaire, celui-ci a donné à la variété ses lettres de noblesse. Répertoire accueillant, refrains fédérateurs. Et derrière la légèreté apparente, une approche sensible de saisir l'air du temps. Inutile de préciser que ces chansons continuent de sauter de maison en maison, de flirter de génération en génération.

Delpech aurait choisi lui-même une partie de la liste des artistes présents sur ce disque. Casting propice à ce qu'il n'y ait aucun débordement, formaté pour remplir la case prime time d'une chaine de télé. Tout est ici cadré, propret et souvent pépère.

Il y a des inévitables copiés-collés (Marc Lavoine Les divorcés, Calogero Ce lundi-là, Pascal Obispo Tu me fais planer), des arrangements douteux (la chantilly chabada de Pour un flirt), des interprétations désincarnées (Louane pour Le chasseur). Didier Barbelivien leste de plomb une bonne chanson qui ne demandait rien à personne (Les aveux). Deux lauréats de The Voice s'embourbent bien comme il faut (Lilian Renaud passe en force sur Le Loir-et-Cher et Slimane injecte une insupportable préciosité à Chez Laurette).

La déception de l'ensemble ne doit cependant pas cacher des contributions plus qu'estimables. Complice et joueur, le duo Fanny Ardant/Alex Beaupain insuffle une attrayante vitalité à Inventaire 66. Alain Chamfort emmène brillamment dans son univers J'étais un ange, Laurent Voulzy s'accommode parfaitement des contrées de Wight is Wight. Quant à la surprise inattendue, elle provient d'Amir. Sa sobre relecture piano-voix de Loin d'ici a fière allure. Au risque de se répéter, on ne s'y attendait pas.

Compilation Michel Delpech J'étais un ange (Mercury) 2016

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