L’ascension soyeuse de Pomme

La chanteuse Pomme. © Marta Bevacqua

Il y a trois mois, son premier album À peu près n’était pas encore sorti que du haut de ses 21 ans, la chanteuse Pomme drainait déjà pour ses premières dates parisiennes un auditoire aussi nombreux qu’hétéroclite. Aujourd’hui, sa carrière semble bel et bien lancée : presse élogieuse, duos partagés auprès d’artistes reconnus… En une saison, Claire Pommet, de son vrai nom, s’est fait un pseudo, derrière lequel elle pourrait bien voir son public s’étoffer crescendo.

Quand on fait de la chanson française, remplir quatre soirs de suite La Boule noire, même en configuration assise, à 15 jours de la sortie de son premier album n’est pas chose courante – la salle parisienne étant en outre, par son identité, plutôt prisée des amateurs de rock.

On s’y était alors rendu, curieux de découvrir en live cette voix dont le côté ébréché nous rappelait Axelle Red, la rondeur, Emmylou Harris, la pochette – avec ses scarabées remontant sur chaque joue selon la trajectoire des larmes – d’autres visuels dont la marge animale avait elle aussi, en leurs temps, intrigué (débuts d’Émilie Simon, de Juliette Armanet). 

Quant à la musique… les pistes étaient brouillées. Passé l’efficace single La même robe qu’hier, enjouement pop racontant la projection amoureuse post-première nuit de rencard, À peu près convoquait, pêle-mêle à ses élans de variété (Pauline, sur la concurrence amoureuse), atours de chant traditionnel (Adieu mon homme), ou rythmique "old school" digne d’un slow d’Adamo, curieusement couplée à un texte poético-mortem (De là-haut).

A son arrivée sur scène, Pomme avait surpris : ses deux premiers titres, en solo guitare-voix, imbibés d’un folk blues dépouillé, révélaient un timbre à la douceur exquise, naviguant singulièrement en amplitude sans en faire des caisses de démonstration technique. Et si les textes ne convainquaient pas dans leur intégralité (certains des plus réussis sont de sa plume, d’autres pas), son chant, lui, nous avait enrobé comme un baume, porté par des arrangements revus à la sauce country-folk américaine.

Alors qu’elle s’apprête à emplir cet hiver un Café de la Danse qui devrait rapidement afficher complet, cette fan de Dolly Parton et de Joan Baez a depuis poursuivi ses classes en première partie de la tournée d’automne d’Asaf Avidan ; en duo aussi, avec lui, sur sa chanson traduite Conspiratory Visions Of Gomorrah, ainsi que sur son dernier single My old pain –  cette dernière invitation marquant au passage la première apparition de la chanteuse sur le plateau de l’émission Taratata, avant qu’on ne l’y retrouve quelques semaines plus tard, s’y produisant avec MC Solaar autour du tube de Chagrin d’amour, Chacun fait (C'qui lui plait).

D’ici-là, son répertoire pourrait s’être encore paré de nouvelles chansons ou d’emprunts – comme Septembre ou Göttingen, de Barbara, qu’elle a déjà revisitées – pour finir de nous séduire en acoustique au son de ses instruments de prédilection : la guitare, le violoncelle et l’autoharpe.

Pomme À peu près (Polydor) 2017

En tournée, en concert au Café de la Danse les 15 (complet) et 16 février 2018

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