Nino Ferrer, un artiste aux multiples facettes

Nino Ferrer © Gamma-Rapho/Getty Images

Depuis août 1998, date de sa disparition prématurée, RFI Musique rend régulièrement hommage à celui dont les œuvres font aujourd'hui partie du patrimoine de la chanson française. De ses premiers succès à ses derniers albums, plus confidentiels, la discographie de Nino Ferrer n'a de cesse de révéler sa personnalité complexe.

La vie ne fut pas un long fleuve tranquille pour Nino ferrer. Artiste parfois facétieux, parfois ombrageux, il avait d'abord connu un succès immense dans les années 60. Difficile à étiqueter tant les rythmes et les influences pouvaient être variés. Le grand public se souvient forcément des textes drolatiques accompagnés de musiques rythmées comme Mirza, Le Telefon ou Les Cornichons. Des chansons passées au rang d'éléments du patrimoine de la chanson française. La fantaisie affichée donnait à voir un artiste amusant et gai. Nino Ferrer était alors au faîte de sa gloire. 

Il fut l'un des premiers en France à s'intéresser à la musique noire américaine et l'intégrer dans ses compositions. En 66, en vrai fan de soul et rhythm'n'blues, il chantait donc Je voudrais être noir. Il eut d'ailleurs la chance de faire des bœufs avec Booker T. & the M.G.'s ou encore Otis Redding. (À lire : l'interview d'Olivier Cachin auteur en 2008, de Nino Ferrer, c'était pourtant bien paru aux Éditions Alphée).

À l'orée des années 70, l'auteur-compositeur ayant des velléités de se réaliser artistiquement, prit un chemin en lisière du showbiz. Hormis les tubes La Maison près de la fontaine (1972) et Le Sud (1974), sorti d'abord en anglais sur l'album Nino and Radiah, Nino Ferrer disparut totalement des charts. 

Le parcours artistique de l'auteur de Mamadou Mémé (!) ou de La Rua Madureira avait donc quelques difficultés à donner une image cohérente de son travail. "Il me vient un jour une chanson d'amour et le lendemain une chanson gaie, ou triste ou engagée, suivant ce qu'il se passe dans le monde et ce que je ressens. Finalement, les gens ne savent pas très bien qui je suis" déclarait Nino Ferrer sur un plateau télé en 1994

Imaginant des concepts-albums, plus en adéquation avec son inspiration personnelle et sans doute avec l'air du temps, Nino Ferrer poursuivait ses rêves. Bien loin des feux des projecteurs. Alors qu'il avait laissé sa maison de Rueil-Malmaison en région parisienne pour s'installer loin de l'agitation de la capitale, dans le Lot, Nino Ferrer tentait un retour sur le devant de la scène avec l'album Blanat (1979). Plusieurs raisons empêchèrent cet album de rencontrer le succès espéré même si le magazine Rock & Folk à l'époque, parlait du chanteur comme d'un "J.J. Cale franco-italien-anglais" (À lire : Le Sud de Nino Ferrer, article de Bastien Brun du 13/08/2013). 

Les deux derniers albums de sa discographie, La Désabusion et La vie chez les automobiles sont ceux d'un homme devenu patriarche, artiste aux multiples talents puisqu'il peint, vivant à la campagne, loin des contingences du monde médiatique. (À lire : Nino Ferrer, 10 ans après, article de Bertrand Dicale du 13/08/2008)

Sa fin tragique est le point d'orgue d'une existence faite de hauts et de bas, de joies et de désillusions, d'accomplissements et de revers, mais haute en couleurs et riche de mille projets et créations.