-M- ressort sa panoplie

À peine deux ans après "Lamomali", -M- revient avec "Lettre infinie". © Yann Orhan

Entre une réunion familiale et le remarquable projet world Lamomali, Matthieu Chédid n'avait plus revêtu son accoutrement de super-héros depuis sept ans et l'album Îl. Sans se réinventer et fidèle à son appétence pour les arrangements funky, -M- livre avec Lettre infinie un sixième disque marqué surtout par l'éclosion artistique de sa fille de seize ans, Billie.

Les Chédid accueillent une nouvelle force vive au sein de leur inépuisable tribu. C'est sur elle que tous les regards se posent. Billie, la fille du chanteur cosmique, est la voix féminine omniprésente du disque. Elle fait les chœurs, dialogue avec le paternel sur un titre bluesy qui porte son nom, se glisse dans les refrains.

Elle réussit même l'exploit de reléguer la collaboration avec Thomas Bangalter, moitié casquée de Daft Punk, au second plan. Parce que, c'est encore elle qui pose son empreinte sur la ritournelle de Superchérie, morceau funk-disco qui débute par une intro à la Gym Tonic (le générique de l'émission de Véronique et Davina) et offre quelques réminiscences de Get Lucky. Chanson entêtante ou insupportable - c'est selon l'humeur - dont on peut parier qu'elle laminera des armées de pieds sur les routes.

Ce n'est pas la seule à fort potentiel explosif. Le funk groovy d'Adieu mon amour, sexy et insidieux, imprime de jolis remous. L'album suit trois préceptes à la lettre : ne pas regretter le bon temps, vivre avec le sien et rester éclectique en toutes circonstances. Pas de prise de risque majeure, des guitares serpentines, des jeux de mots à la pelle, quelques facilités qui lui vont moins bien au teint (Logique est ton écho, Thérapie). Brigitte Fontaine, toujours aussi inspirée, offre dans le texte un ego trip corrosif sur fond de rock eighties (L'alchimiste).

-M- a un certain talent pour raviver les vieilles flammes de Qui de nous deux. "Loin de cette vie toxique, je m'envole dans les airs", dit-t-il dans Massaï, Son évasion se fait pourtant de l'intérieur à travers treize missives adressées aux siens. Celle à destination de Raphael Hamburger, fils de Michel Berger et France Gall, touche droit au cœur (L'autre paradis). Comme la ballade mélancolique L.O.Ï.C.A, reposant sur une ligne mélodique piano-clarinette et apportant une respiration salvatrice à la machine funk à danser. On l'-M- plus que jamais dans l'intimité.  

-M- Lettre infinie (Wagram) 2019
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