Zaz conquiert le monde

La chanteuse française Isabelle Geffroy, alias Zaz, lors de sa tournée internationale, à Madrid le 1er avril 2019. © Mariano Regidor/Redferns

Après presque 10 ans de carrière, la chanteuse Zaz n'est pas prête à poser ses valises. L'auteure de l'album Effet miroir paru en 2018 se produisait le 22 avril dernier à New York, étape américaine d'une tournée internationale. Rencontre sur place quelques heures avant son concert au Town Hall avec celle qui compte bien poursuivre son aventure musicale selon ses convictions.

RFI Musique : Est-ce qu’on a encore le trac avant de monter sur scène, ou sur certaines scènes ?
Zaz
: Oui, ça peut arriver, mais c’est surtout quand on recommence une tournée, avec un nouvel album… Ce sont souvent les premières dates qui sont stressantes parce que tu dois apprendre le show. Après il y a des automatismes, même si tous les soirs sont différents. Mais en fait, c’est surtout une excitation... Et puis évidemment, ce soir (lundi), à New York, je suis très curieuse de voir ! On vient de rencontrer des gens qui venaient du Colorado, de Chicago…

Quand vous êtes à l’étranger, vous avez le temps de découvrir les endroits ou de passer du temps avec votre public ?
C’est assez rare, mais c’est génial quand ça arrive. En Argentine, des fans super gentils nous avaient invités dans un ranch pour faire du cheval. Mais même sans ça, tu t’imprègnes quand même de l’atmosphère. On tourne maintenant depuis longtemps, donc on connaît les villes, les gens… Et ça reste date après date, mais tu n’as pas non plus 50 heures dans une journée !

Vous êtes partie très vite jouer sur les scènes internationales. C’était par goût, par défi, par opportunité ?
Quand on me propose d’y aller, j’y vais ! Je suis allée au Fuji Rock Festival au Japon alors que je n’avais même pas encore sorti d’album. Un mec m’avait écrit en anglais, je ne comprenais pas. Il me proposait cinq concerts en trois jours. La Russie, pareil : je chantais dans un piano-bar et le directeur de l’Alliance française de Vladivostok me propose de venir, simplement accompagnée d’une bande-son. J’ai d’abord dit que je n’irais pas seule. Je ne savais pas qui il était, c’était à l’autre bout du monde… Mais il y avait un pianiste qui était là, et il a accepté d’y aller avec moi. Et puis il y a eu le Chili, le Pérou, le Maroc... À partir du moment où il y a des opportunités, et que je le sens, je suis toujours partante s'il y a des choses à apprendre, à expérimenter.

Comment ça se passe face à un public non francophone ?
C’est moins intellectuel, mais il y a un côté très animal. On est dans l’émotion et l’énergie, et moi ça me va très bien ! Parce que du coup, c’est la musique qui vit, je n’ai pas besoin de réfléchir… Mais j’adore jouer en France aussi, c’est juste différent.

Avez-vous déjà eu des mauvaises surprises ?
Pendant un festival en Suisse, on a reçu un œuf, je l’ai tout juste évité… En fait, il y a ceux qui m’adorent et ceux qui me détestent. Tenir des propos altermondialistes et avoir sa gueule sur TF1, il y en a qui trouvaient ça incohérent. Mais moi, j’ai très vite compris qu’être contre le système, ça ne fait que le renforcer. Je veux plutôt me servir des outils à disposition pour essayer d’améliorer les choses.

Vous dites que vous avez toujours voulu être chanteuse, mais surtout que vous avez toujours su que vous seriez célèbre…
Je savais que j’allais, à un moment, retrouver des gens avec qui on allait changer le monde… Et ça commence à fonctionner très sérieusement, je suis en train de réaliser mes rêves d’enfant. Quoique ce n’était même pas des rêves, plutôt des visions… Des choses que tu sais, viscérales… Mais ça prend du temps, tu doutes, et quand ça arrive, ça va tellement vite, tu ne t’en rends même pas compte immédiatement. Moi, j’ai vraiment réalisé tout ça quand je me suis arrêtée (ndlr : de chanter sur scène) l’année dernière, après huit ans. Mais en fait, rien n’a changé, sauf le regard des autres sur moi.

C’est indispensable d’avoir du succès ?
Le succès, c’est faire ce qu’on aime, c'est être épanoui. Tu peux te contenter de faire ton jardin, si c’est ton ambition, c’est beau… Mon premier boulot, c’était dans un orchestre. Et plus tard, le chef d’orchestre m’a raconté : "Tu ne nous as pas laissé le choix". J’étais asociale, rebelle, énervée, le groupe s’est d’abord dit que j’allais tout faire exploser, que je n’allais pas m’intégrer… Mais j’avais une telle énergie ! Alors tu arrives à convaincre, "tu ne laisses pas le choix"... Et ils m’ont pris dans l’aventure.

Avez-vous été amenée à faire des concessions tout de même ?
En France, à la télé, les musiciens font semblant de jouer sur une bande-son. Je trouve ça insupportable, donc, au début, je refusais de le faire. Mais un jour, il y avait un truc très important, alors j’ai proposé d’enregistrer en studio une version live, originale pour ce moment. C’était une concession, mais au moins je me sentais bien. Sinon, personne ne peut me dire ce que j’ai à faire. Au début, je me suis épuisée en pensant que tout était une opportunité, que les gens savaient mieux que moi. Maintenant, je ne rentre plus dans le jeu. C’est moi. Je choisis les promos, je sais dire non. Tout le monde n’a pas les mêmes intérêts que les tiens. Ce n’est pas blanc ou noir, mais il faut apprendre à se respecter soi-même. Il y a aussi mon meilleur ami qui est devenu mon manager il y a quelques années, parce qu’on a les mêmes valeurs.

La musique est aussi pour vous un moyen de faire passer vos messages…
Je ne peux pas détacher l’humain de l’artiste... Je suis heureuse quand il y a un vrai impact, des choses qui font du bien aux gens. Je chante pour me relier au monde, c’est ma manière de communiquer. C’est aussi pour ça que j’ai créé Zazimut. On se sert de ma notoriété pour faire connaître des ONG partout dans le monde. On a maintenant un réseau de 150 associations. On les fait monter sur scène avec moi parce qu’on s’est rendu compte que c’est ce qui marchait le plus. Et elles discutent avec le public, pour voir comment aider, éveiller les consciences. Toutes les recettes du merchandising reviennent au réseau.

Et il y a évidemment, depuis trois ans, le Crussol Festival...
C’est d’abord un village citoyen gratuit, avec tous les acteurs locaux et les associations, des stands d’expérimentation… Et après on monte au château pour les concerts. Tu ne peux pas imaginer le bordel d’organisation que c’est quand t’as jamais fait ça, mais tous les retours sont incroyables. Alors même si je perds de l’argent chaque année (130.000 euros), tout ce que ça génère derrière, c’est dingue. Il y a une aura particulière, même ceux qui viennent juste pour le spectacle sont souvent emportés. Du coup, on a développé le même concept à Moscou et Saint-Pétersbourg, dans des usines désaffectées en août prochain.

Vous imaginez continuer longtemps sur ce rythme ?
Je suis comme ça. J’ai l’énergie, j’y crois, je me nourris de ça. Je suis juste extrêmement vivante, j’ai besoin d’être dans le mouvement en permanence. Bien sûr, il me faut aussi me poser, mais pas trop longtemps, parce que sinon, ça va trop vite là-dedans (elle montre sa tête). Et quand ça va trop vite, ça me pompe de l’énergie, je fais des bulles dans des bulles dans des bulles. Mais c’est aussi important d’avoir un équilibre, j’ai repris les choses en main ces dernières années.

Zaz Effet miroir (Elektra/Warner music) 2018
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