Les explorations de Jérôme Minière

Jérôme Minière. © Dan Popa

Avec son nouvel album, Une Clairière, l’auteur-compositeur-interprète Jérome Minière livre une radioscopie intime et engagée de notre rapport au monde.

Moins d’un an après Dans la forêt numérique, Jérôme Minière, installé au Québec depuis 25 ans, revient en France pour Une Clairière, premier album à sortir réellement dans son pays d’origine depuis 1998.

Pour ce petit bijou au format atypique (30 minutes des morceaux exploratoires comme La Beauté, qui dure 9 minutes et 25 secondes) paru sur le label Objet Disque, Jérôme Minière a collaboré avec le multi-instrumentiste Chevalrex. Cet ancien admirateur, devenu chanteur, assure la codirection artistique d’Une Clairière dont Jérôme Minière – ancien étudiant en cinéma – aime comparer les différents morceaux à des scènes de film.

Une rencontre numérique (c’est par Whatsapp que les deux artistes – l’un en France, l’autre au Québec – ont collaboré) mais surtout "une vraie rencontre artistique enrichissante" pour Jérôme Minière, ravi d’avoir confronté ses chansons en cours de création à une oreille attentive.

Chroniques du quotidien

Près de 30 ans qu’il raconte ses histoires, des poèmes en parler-chanter, des "petites chroniques du quotidien", dit Jérôme Minière en souriant. Celui qui regrette parfois le temps où "on se regardait pour de vrai" (Une clairière) poursuit son exploration du quotidien dans ce qui est peut-être son album le plus personnel. Un disque pop et électro, foisonnant et intime, imaginé comme une pause dans l’effervescence des jours, "une clairière dans la foret numérique" (Une clairière), loin des espaces où l’on "s’épuise dans des selfies" (Le beau vide) sans parvenir à communiquer.

Cet album forme un diptyque avec Dans la forêt numérique dont la chanson La vérité est une espèce menacée, que l’on retrouve sur les deux albums, serait la "cheville". Jérôme Minière qui adore "jouer avec les poupées russes" fait ainsi de nombreux clins d’œil, musicaux et poétiques à son disque précédent.

La vérité est une espèce menacée apparaît comme une chanson "écologique" agrémentée d’orgues et de cordes spectrales, dans laquelle il raconte aussi sa manière de travailler. Des instantanés notés sur des petits papiers ou dans son téléphone en observant "des gens qui marchent funambules sur le fil téléphonique de messages contradictoires" (La vérité est une espèce menacée) dans la solitude urbaine.

Une pause numérique

Jérôme Minière appelle – de façon mesurée – à une pause numérique : "J’essayais de brosser un témoignage du moment présent dans mes disques. Mais c’est devenu très difficile. Cela vient de la révolution numérique : tout s’est complexifié, démultiplié et fragmenté. C’est devenu impossible d’avoir une parole qui embrasse tout".

À défaut de pouvoir tout embrasser, et puisque "nos existences humaines continuent à exister", face à la réduction de l’imaginaire, Jérôme Minière invite avec élégance, à une promenade en clair obscur dans sa Clairière, poétique et sensible.

Jérôme Minière Une Clairière (Objet Disque / Kuroneko) 2019
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