Pomme, forte et fragile

Pomme sur scène © RFI / Edmond Sadaka

Jeune fille ambitieuse et de caractère, Pomme ne masque pas sa vulnérabilité dans Les failles, deuxième disque introspectif, acoustique et récemment réédité avec cinq nouveaux titres. Il lui a notamment permis de remporter la Victoire de la musique dans la catégorie de l'Album révélation et d'agrandir considérablement le cercle de ses aficionados.

RFI Musique : Vous étiez encore en tournée l'été dernier. Qu'est-ce qui vous a poussé à revenir si vite et sortir ce deuxième album à l'automne ?
Pomme
: Personne ne m'a dit d'enchaîner. J'avais ce désir pour la simple raison que ces chansons-là ont été écrites dès la sortie du premier album. J'avais envie d'évoquer des sujets qui étaient plus viscéraux. Pour moi, c'était logique de ne pas attendre à partir du moment où j'avais le matériel.

Est-ce vrai ce rejet à l'égard de votre premier disque ?
C'est complexe. Je n'ai, hélas, pas eu les meilleures conditions pour le faire. De nombreux paramètres n'ont pas permis que je fasse un album à mon image. J'étais très jeune, il y avait énormément d'interlocuteurs qui donnaient leur avis autour du projet. J'étais un peu perdue, plongée dans les doutes et le questionnement. Lorsque j'ai sorti l'album, je ne m'aimais déjà plus certaines chansons, notamment celles écrites par d'autres.

Vous, qui êtes féministe et homosexuelle, chantiez Ce garçon est une ville ou Adieu mon homme...
J'avoue que c'était bizarre. Très vite, je me suis retrouvée en décalage avec ce que je suis. Même robe qu'hier est par exemple la chanson qui me ressemble le moins au monde. Or, c'était le premier single, il fallait la chanter en promo. Je n'avais en aucun cas envie de l'interpréter. J'ai dû me forcer à le faire.

Aucune rébellion de votre part à ce moment-là ?
L'industrie de la musique est faite comme ça. Il y a certains artistes, surtout les jeunes filles, qui sont pris en charge à outrance. Je remplissais toutes les cases de la jeune chanteuse qu'on oblige à chanter les titres des autres et à faire de la pop sucrée. Bien sûr que je me suis laissée faire, car j'étais à peine majeure, je signais dans un gros label (Polydor/Universal, NDLR). Cette expérience m'a permis de grandir, d'apprendre à mettre mes priorités. Étaient-elles d'avoir une signature dans un gros label ou faire la musique que j'aime ? Cet album est la meilleure des réponses.

Le déclic ?
Défendre un album qui te ressemble, c'est suffisant pour la prise de conscience. Au final, j'ai fait des compromis et l'album n'a pas rencontré un succès radiophonique pour autant. Il n'y a pas de règles ou de formules secrètes. Ce n'est pas parce que tu vas mettre un "kick" sur tous les temps de ta chanson qu'elle va forcément passer à la radio. C'est la scène qui m'a sauvée, c'est là que les gens ont pu me découvrir avec des chansons acoustiques en guitare-voix. Pour Les failles, je n'ai pas eu de directeur artistique. J'ai tout écrit, composé, arrangé dans ma tête, co-réalisé avec Albin de la Simone.

Pourquoi lui ? Pour le minimalisme acoustique ?
Pour la classe absolue de l'homme, l'acoustique intemporelle, le minimalisme, sa connaissance des instruments et de la musique, nos références communes. On n'habite pas très loin, il me ramène souvent des cadeaux du Japon. On est connectés à différents niveaux.

"Je suis celle qu'on ne voit pas/Je suis celle qu'on n'entend pas/ Je suis cachée au bord des larmes/ Je suis la reine des drames", dites-vous dans la chanson d'ouverture Anxiété. Un peu "drama queen", Pomme ?
L'anxiété se nourrit de plein de petits drames au quotidien. Donc, on peut dire "drama queen" effectivement, car je ne vis pas dans un pays défavorisé. Cela reste des drames de personne blanche occidentale. Mes failles, mes fêlures habitent dans tout mon corps. Je ressens beaucoup l'anxiété dans mon plexus solaire.

Plusieurs titres, dont Vide présent sur la réédition, évoquent le corps. Vous détestez le vôtre ?
Comme beaucoup de femmes, il me semble. J'ai une relation assez conflictuelle avec mon corps. On évolue dans une société où ce n'est pas facile de kiffer son corps. On n'a pas d'autres options que celle d'être un squelette. En tant qu'homme, la pression est mise sur d'autres choses comme les muscles ou la taille du sexe. On est une génération très centrée sur l'apparence et j'essaye de me détacher de ça. Dans la chanson Vide, je parle de troubles alimentaires, d'anorexie. Ce n'est pas frontal parce que je souhaite que tout le monde puisse s'identifier à ça.

Avez-vous appris à vous aimer ?
Sans être cucul, les retours sur l'album m'aident vachement. Le fait d'exposer ça à la France, au Québec ou à la Belgique et que presque tout le monde te renvoie du "love", ça permet de relativiser et d'être fière de cet album. Je parle de mes failles et pas de celles du voisin. Je dis que je me sens chelou, que je n'aime pas mon corps, que j'ai peur de la mort, que je ne veux pas aller danser. En parallèle, je pense que c'est bien aussi d'aller voir un psy. Le jour où il n'y a plus personne pour te dire que c'est super, il vaut mieux avoir une béquille. Quand je rentre seule le dimanche chez moi après cinq jours intenses de tournée, je ne suis pas dans le meilleur état possible. Le contraste est violent.

La nuit est-elle votre ennemie ?
La nuit, c'est pour moi, Tinder (un site de rencontres, NDLR), l'alcool, danser. Donc à peu près tout ce que je déteste au monde. Boire des cafés entre amis en journée, il n'y a aucun souci. Mais dès que l'alcool s'immisce, ça me fait flipper. Je me sens comme une intruse dans les soirées où les gens boivent et dansent. A Paris, la nuit c'est la jungle. Je préfère être chez moi à jouer à un jeu de société avec des amis. C'est vrai qu'en disant cela, je peux donner l'impression d'être complètement en décalage avec les gens de mon âge.

Pourquoi avoir exposé votre histoire d'amour sur les réseaux sociaux au moment du premier album ?
J'étais avec Safia Nolin (une chanteuse québécoise, NDLR) et la presse là-bas a beaucoup commenté cette histoire. J'avais 19 ans quand j'ai fait ça. Je n'exposerai plus désormais une relation sur Instagram, j'ai un rapport différent et plus ludique avec ce réseau social.

Montréal, c'est votre seconde maison ?
C'est mon havre. Depuis fin 2015, j'y suis presque tout le temps. Je vais déménager là-bas à la fin de l'année. Ça a toujours été dans mes projets et cela même avant de rencontrer Safia et mes amis. Je m'y sens mieux qu'à Paris.

Quelle est votre faille que vous détestez le plus ?
Je suis très orgueilleuse et cela m'empêche parfois d'être dans l'émotion.  

Pomme Mes failles (Polydor/ Universal Music) 2019
En concert à La Cigale à Paris le 28 février 2020

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