La recette du bonheur selon Louis Chédid

Louis Chedid. © Audoin Desforges

À 73 ans, Louis Chédid revient avec un nouveau disque, Tout ce qu’on veut dans la vie. Sur ses titres bien cadencés, le chanteur délivre sa philosophie de vie 100% optimiste. Une leçon de bonheur, qu’il confirme dans son studio : un refuge empli de bonnes ondes, d’une dizaine de guitares et d’une tribu d’instruments. Louis Chédid, solaire et sincère, paraît avoir trouvé le secret de son éternelle jeunesse, dans son goût du présent et son art de la chanson. Rencontre.

RFI Musique : En 2018, vous avez publié un ouvrage autobiographique, Le dictionnaire de ma vie. Que vous a apporté cette expérience ?
Louis Chédid : L’éditeur Kero m’a proposé de rejoindre cette collection, à laquelle participent des artistes. En gros, on doit y dérouler notre alphabet intérieur, ponctué de mots qu’on aime, à développer. L’expérience fut fructueuse. J’aime écrire des livres : on peut s’y épancher, alors que la chanson, cet art de la minutie, requiert de la concision. Et surtout, dans cet exercice, j’ai adoré travailler sur mes souvenirs. La mémoire, quelle magie ! Il suffit de la solliciter pour que les histoires surgissent ! On se souvient, en un éclair, de gens connus il y a 40 ans… Et clac ! Un nom ressort du néant, avec ambiances et décors. C’est toujours intéressant de se poser, de se plonger dans la méditation pour essayer de retrouver nos mondes enfouis et ces émotions tapies en nous. Parfois, j’arrive même à retrouver la clé de certaines chansons. Ainsi, dans Je me suis fait la belle, je raconte l’histoire de ce mec qui s’évade d’Alcatraz. Rétrospectivement, j’ai compris qu’à cette période de ma vie, j’avais un fort besoin d’échapper à mon quotidien !

Dans quel état d’esprit avez-vous abordé ce nouveau disque ?
Je n’avais pas sorti de disque sous mon nom depuis sept ans. Je ne fais jamais un album, uniquement pour faire un album. Il doit répondre à un besoin impérieux. Quand on a déjà réalisé plein de disques, on se pose toujours la question d’en sortir un nouveau : que puis-je faire pour qu’il soit mieux que les précédents ? Ou a minima différent ? Il faut que j’aie la sensation d’avoir avancé d’un pas. Quand je me suis senti prêt, je me suis mis dans ma bulle de travail pendant un an et demi, avec le téléphone en mode "avion" et l’esprit dévolu à la création, mes pensées entièrement tournées vers mes chansons. Lorsque je bloquais sur un mot, je répétais la chanson en marchant : au cimetière du Montparnasse, ou plus loin dans Paris… Et puis, j’ai choisi l’équipe qui allait m’entourer, notamment le réalisateur Marlon B, un copain de mon fils, qui travaille avec Renan Luce, Juliette Armanet… 

Votre disque s’impose comme une ode à la joie et à l’optimisme… Est-ce comme cela que vous vivez : dans le bonheur ?
Je suis persuadé qu’il faut essayer de se tirer vers le haut. Se laisser entraîner dans des spirales négatives, pour moi, revient un peu à faire un caprice. J’essaie de côtoyer des personnes qui me font du bien... Certains artistes considèrent que la souffrance est un bon combustible pour la création. Je pense, à l’inverse, que le bonheur est le meilleur des carburants. Le devoir de bonheur est, selon moi, absolument nécessaire. Sinon, vous devenez un acariâtre qui vieillit pour de vrai. Et moi, j’ai la ferme intention de rajeunir ! J’ai l’esprit alerte, je fais du sport, j’ai la chance d’avoir un métier qui m’excite, je joue toujours de la guitare – d’ailleurs, rien que l’utilisation de ce verbe, "jouer", me ramène au cœur de l’enfance. Et puis, je me tiens en éveil. Regarde mon studio, t’as plein de conneries numériques, des trucs de geeks, dont je ne me servirai jamais. Mais je me fais mes propres cadeaux de Noël ! 

Dans Dis-toi qu’t’es vivant, vous faites quand même part de vos angoisses, de vos moments sombres…
Il m’arrive, bien sûr, d’être très anxieux, très dépressif, parfois très en colère. Mais au final, on sait tous que si l’on surpasse ces moments, la vie continue. Aujourd’hui, ce n’est pas la joie ; demain, ça ira mieux. Encore une fois, je ne veux pas me laisser sombrer. J’ai une confiance aveugle dans la vie. Je me récite même mes propres mantras. Je ne suis pas spiritualiste ni bouddhiste : c’est plutôt de l’autosuggestion, je me balance des bonnes ondes !

Dans J’ai toujours aimé aimer, vous renouvelez votre foi dans l’humanité...
Pour moi, c’est une évidence. Ce qui enrichit la vie, ce sont les autres. Pas soi. Qu’allez-vous raconter si vous vivez seul avec vos meubles ?

Dans Danser sur les décombres, vous évoquez la mort… Vous fait-elle peur ?
Elle me terrorisait quand j’avais la trentaine. Beaucoup de copains sont morts du sida… Aujourd’hui, je la redoute beaucoup moins. En avançant, je me suis rendu compte, par des événements qui me sont arrivés, qu’il y avait peut-être quelque chose après. Au fond, nul n’en sait rien. Mais, sans être religieux, ça me rassure de le penser. Et la croyance se suffit à elle-même ! Je préfère voir la bouteille à moitié pleine. 

Vous vous décrivez aussi comme un "chasseur de papillons". Pourquoi ?
Quand on est dans une période de création, on est comme un "chasseur de papillons". Un papillon, c’est l’idée, le mot, la phrase qui passe et qui va vous plaire, la mélodie qui vous séduit. Parfois, le soir, on a attrapé des trésors ; parfois, on revient bredouille. Il faut respecter le papillon. C’est beau, c’est fragile : comme la poésie.

Vous êtes un personnage atypique dans la chanson française…
Je pense que ma singularité tient à ce que j’ai toujours considéré mes chansons comme l’unique priorité. Pas mon image ni ma propre réputation. J’ai, certes, une longévité surprenante. Mais à chaque fois que je réalise un disque, c’est comme si c’était le premier…avec la difficulté d’en avoir fait plein avant ! Je vis dans un éternel présent. En fait, je me suis imposé comme cahier des charges de rester intègre dans mes choix. Au fond, je n’ai jamais vraiment fait de concessions… 

En écho à votre chanson, Tout ce qu’on veut dans la vie, je vous renvoie la question : que voulez-vous dans la vie ?
Je veux continuer à m’amuser … et que ça plaise aux gens ! Mon premier disque est sorti en 1973. Pour moi, c’est incroyable de continuer à susciter de l’intérêt. Mon seul cap, ce sont les chansons, le bonheur et la vie ! 

Louis Chédid Tout ce qu’on veut dans la vie (Le Label / [PIAS]) 2020
En tournée et en concert à l'Olympia à Paris les 26 et 27 Mai
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