Dionysos, l'imagination au pouvoir

Dionysos, 2020 © Yann Orhan

Quatre ans après Vampire en pyjama, le groupe rock de Mathias Malzieu, Dionysos, revient avec Surprisier, une ode féérique, un brin mélancolique, entre pop et western, qui célèbre les pouvoirs magiques et subversifs de l’imagination. Un disque peuplé par les personnages et les images de son roman, Une sirène à Paris et du film éponyme dont il est réalisateur.

RFI musique : Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire un album, après le livre et le film ?
Mathias Malzieu : En fait, j’ai tout fait en même temps quand je suis tombé amoureux de cette idée : Gaspard, un crooneur au cœur brisé qui vit sur une péniche, rencontre une sirène qui séduit les gens avec sa voix au point de leur briser le cœur. Surprisier est donc comme un hommage à Gaspard auquel je donne une dimension cinématographique.

Trois projets en même temps, c’est beaucoup ! Comment avez-vous travaillé ?
Je passais à différents postes comme un petit chef cuisinier, qui travaille sa pâte puis la laisse reposer ! Je faisais des arrangements musicaux, je retournais écrire le scénario, puis le confiais au coscénariste Stéphane Landowski, et retournais au livre. J’avais trois dossiers ouverts en permanence. C’était une pensée en arborescence.

Plusieurs chansons, Le ChêneLe Grand sapin, Forever forêt parlent des arbres. Est-ce une métaphore de votre façon de créer ?
Oui et c’est aussi l’endroit où souvent je crée ! J’ai écrit une grande partie du roman tout seul avec mon yukulélé, dans une petite cabane perchée dans un arbre à douze mètres de haut ! Ces chansons viennent aussi de ce moment. Je voulais que Gaspard soit très rêveur et très ancré. C’est le symbole de l’arbre : ses racines sont en terre mais si on le regarde à l’envers, on a l’impression que ses branches sont plantées dans le ciel. C’est comme ça que je conçois mes histoires. Je n’imaginerais pas un personnage onirique déconnecté de la réalité mais j’ai toujours besoin de tordre la réalité, de la sublimer et m’auto-surprendre avec du féérique ou du merveilleux.

Gaspard est "surprisier" d’où le titre de l’album. Qu’est-ce que c’est ?
C’est quelqu’un dont l’imagination est si puissante qu’il peut changer le monde, du moins le sien, ce qui constitue un excellent début ! C’est la devise qui cadre avec cette idée de réalisme magique. J’avais envie d’ancrer cette histoire dans le réel : la crue de la Seine de 2016, Paris, etc, sauf qu’une sirène débarque ! Gaspard la croit dangereuse parce qu’il a été brulé par l’amour. Ce film, ce livre et ce disque sont une ode au courage de recommencer après un échec ou un traumatisme.

Qu’est-ce que vous voulez dire avec Le grand sapin ?
Quand quelqu’un nous aime, on est décorés de louanges, de tendresse comme un sapin de Noël. On scintille comme un roi. Et quand c’est fini, on n’est plus aimés ça ne brille plus, et on est même parfois jetés à la porte...

Dans Forever forêt vous écrivez "faut rêver forever", c’est votre crédo ?
Oui et c’est aussi celui des surprisiers. La montée des populismes détruit beaucoup... L’imagination est une fonction vitale qui sert à inventer des sirènes ou des licornes bien sûr, mais aussi à être empathique à inventer des remèdes ou faire des mathématiques. On a des problèmes techniques d’écologie mais il y a aussi une écologie émotionnelle à retrouver, à travers la capacité à s’émerveiller des chimères comme de la vraie vie.

Paris brille-t-il c’est un jeu de mot avec le titre du film Paris brûle-t-il. Au-delà du jeu de mots, que vouliez-vous dire ?
Paris brûle-t-il parle de la résistance. J’ai aussi écrit Une sirène à Paris en hommage à mon père. Il avait perdu sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale et a été caché par sa grand-mère en zone occupée, où elle protégeait des résistants. J’ai imaginé la naissance des surprisiers parmi eux, pour émerveiller les gens en tant de guerre.

Vous chantez toujours un peu en anglais, d’où ça vient ?
C’est une texture que j’aime beaucoup. Le français, c’est comme travailler le bois, c’est une langue dans laquelle il y a très peu de diphtongues, alors que l’anglais c’est comme de l’argile ou du chewing-gum. Mais je pencherai toujours pour le français parce que ça demande un courage supplémentaire d’écrire dans sa propre langue, il y a un filtre en moins.

Quelle chanson vous émeut le plus ?
Voler en amour. Elle est réduite à son plus simple appareil : un piano, quelques chœurs et quelques cordes. Nous sommes un groupe de rock mais si une chanson mérite d’être avec un piano, on ne se l’interdit pas. Cette chanson, qui clôt le disque et le film, représente cette liberté et cette tendre fragilité.

Dionysos Surprisier (Columbia) 2020
Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram