Une nouvelle chanson pour enfants entre en piste

Les Ogres de Barback préparent un 4e album sur le drôle de petit bonhomme Pitt Ocha. © Irfan

C’est un genre vieux comme le monde qui connaît un véritable renouveau. La chanson pour enfants investit les salles de concerts et les festivals, comme les écoles où elle est un vecteur éducatif important. S’il pourrait souffrir des conséquences du Covid-19, gros plan sur un secteur ô combien créatif.

C’est quand il est devenu père que Fred Burguière, alias Fredo, a eu l’idée d’écrire un disque pour  les enfants. Comme il n’avait jamais tenté cet exercice, le chanteur des Ogres de Barback n’a pas changé sa façon de faire, imaginant des chansons "pour enfants et adultes, de 7 à 77 ans". C’est ainsi qu’est née La pittoresque histoire de Pitt Ocha, le dompteur de sons qui fait son drôle de numéro. "Tout s’est fait un peu hasard, avec des rencontres, comme toujours chez nous, raconte Fredo. Quand on a enregistré le premier album de Pitt Ocha, beaucoup de professionnels nous ont dit que le disque pour enfants, c’était bouché. Il y avait Henri Dès d’un côté et Chantal Goya de l’autre, alors que nous, on connaissait pas mal de groupes qui tournaient avec des chansons pour enfants". Tandis qu’ils préparent actuellement un quatrième album de Pitt Ocha, ce drôle de petit bonhomme est devenu partie intégrante d’imaginaire des "Ogres" depuis 2001 et sa première apparition.  

La chanson pour enfants est longtemps restée, quant à elle, un art mineur réservé à quelques-uns. Dans les années 1970 et 1980, un grand mouvement renouvelle le genre avec des grandes figures comme Steve Waring, Henri Dès ou Anne Sylvestre et ses délicieuses Fabulettes. De son côté, Pierre Perret se fait une place dans les classes et bientôt, au fronton des écoles, avec ses textes à plusieurs lectures. "On peut remonter très loin dans les siècles, mais la chanson pour enfants et les comptines ont toujours existé. On commence à chanter avant de parler, le babil des bébés est la première expression musicale. La musique est un langage auquel l’enfant est très sensible. On s’est rendu compte que les comptines sont un levier éducatif très important, à la fois pour l’accès à la musique mais aussi au langage", observe Bernadette Bombardieri, responsable du pôle jeune public à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem).  

Aldebert, phénomène de la chanson pour enfants

Guillaume Aldebert a été un chanteur tout ce qu’il y a de plus conventionnel avant de faire paraître ses Enfantillages et de devenir un invité régulier des disques pour enfants. Les débuts de ses albums de chansons pour enfants ont été difficiles, mais l’énergique Aldebert n’a pas hésité à aller dans les écoles pour se faire connaître. C’est le bouche-à-oreille qui a permis à ses premiers Enfantillages de se vendre à 160 000 exemplaires, préambule à un succès croissant. Après trois disques, deux compilations, un album de Noël, et même des livres tirés de son univers, Aldebert remplit des Zéniths. Le chanteur estime s’être trouvé en réunissant ses passions pour Georges Brassens, Metallica, et en gardant sa part d’enfance bien vivante. 

"Dans mon répertoire, je ne crois pas qu’il y ait des titres qui excluent les adultes. Des chansons comme Plus tard quand tu seras grand ou La vie, c’est quoi ? sont clairement intergénérationnelles", note-t-il. Et l’école dans tout ça ? Quelle place lui accorder ? Est-elle un passage obligé, comme son personnage de Super mamie ou ses monstres ? "Forcément, l’école fait partie du décorum de l’enfance. Comme je suis resté hyper enfant, j’ai envie d’en parler parce que c’est quelque chose que j’ai aimé autant que ça m’a traumatisé. Mais j’ai aussi envie de parler de choses qui peuvent paraître enfantines comme les super héros", poursuit Aldebert. Mais la dimension éducative n’est jamais très loin non plus : l'ancien éducateur en école primaire a en effet récemment écrit, Corona Minus, un titre qui énumère les gestes barrières pour les écoliers. 

→ À lire aussi : Le nouvel élan du spectacle jeunesse

Si la musique n’est pas obligatoire à l’école primaire en France, "les séances de spectacles réservées aux scolaires et la rencontre avec les artistes font partie intégrante de l’apprentissage scolaire", relève Bernadette Bombadieri, de la Sacem. Animer des ateliers dans les écoles représente pour les artistes un apport non négligeable pour obtenir leurs cachets et renouveler chaque année leur accès à l’intermittence du spectacle. Mais c’est aussi une véritable source d’inspiration. Avant de faire paraître leur nouveau album sur le thème des migrants, Les Hurlements d’Léo ont présenté un conte à des classes de primaire et de primo-arrivants : l’histoire de Léo, un jeune lion qui fuit la guerre sur un bateau de fortune, et de Calypso, une panthère noire dont il tombe amoureux. La parole des enfants a ensuite servi de matière à une bonne partie des textes du disque Mondial Stereo. Pour ce groupe alternatif, les musiques tropicales  (reggae, calypso, soul…) deviennent "alors un langage universel" pour le jeune héros Léo, comme pour un public familial. 

Une multiplication des propositions

Vincent Delerm écrivant un conte, l’ex-chanteur des Garçons Bouchers, François Hadji-Lazaro, donnant des spectacles pour les têtes blondes, le chanteur Pascal Parisot racontant ses histoires de chats et de squelettes... Les horizons de la chanson pour enfants se sont élargis, avec des spectacles pour tous les âges (0-3 ans, 3-6 ans, 6-9 ans…), qui mélangent les répertoires et les formes artistiques : vidéo, cirque, théâtre..."Les festivals, les salles de concerts et même les collectivités territoriales ont un intérêt grandissant pour des propositions musicales familiales. La tradition de la chanson pour enfants a perduré mais on a vu se développer un secteur jeune public, qui est plus défini par le public auquel on s’adresse que par le genre musical", explique Bernadette Bombardieri. Créé en 2014, le Pôle jeunesse de la Sacem dispose d’une enveloppe d’1 million d’euros pour la création de spectacles et une cinquantaine de spectacles sont aidés chaque année dans un secteur qui reste fragile. Le réseau musique et jeune public, Ramdam a, lui, vu le jour en septembre 2017. 

Même si on leur a souvent demandé d’amener leur Pitt Ocha sur scène et que les trois premières aventures de ce dernier se sont vendues au total de 400 000 exemplaires, les Ogres de Barback ont pourtant repoussé cette échéance. "Dans notre famille, il y a, soit des intermittents, soit des instits, raconte Fredo. On fait énormément de rencontres avec des classes. Moi, je vais voir beaucoup de spectacles pour enfants et je trouve que c’est impitoyable : un enfant qui se fait chier, il se lève il  met à parler. Là, on est sur un public où il n’y a pas de tricherie, et ça m’a fait peur. Il y a trois-quatre ans, on devait faire ce spectacle et puis j’ai dit : 'Non, on verra ça plus tard'." Pour ce spectacle qui devrait finalement voir le jour dans deux ans, si tout va bien, les "Ogres" veulent revenir sous chapiteau. Ils voudraient donner à voir l’imaginaire de leur Pitt Ocha. Il pourrait alors y avoir des machines, comme celles du Royal de luxe, et dans cette histoire, le cirque pourrait aussi jouer le premiers rôle.