Babx : voyage au bout de la solitude

Après avoir publié l'album "Les Saisons Volatiles", Babx sort une nouvelle version accompagné d'un film. © Yvan Schreck / Babx

En 2017, Babx s’est auto-confiné dans son appartement de Belleville pour donner naissance, de façon charnelle, à un disque "solo", Les Saisons Volatiles. En a résulté un bouquet de belles chansons sur le temps qui passe, et un film magique. Le chanteur a attendu le moment propice pour les livrer au public… Offerte en plein confinement, sa création hybride a distillé ses lumières et sa poésie consolatrice.

Il est arrivé sans crier gare, à pas-de-loup, en un chuchotement, tel un papillon au milieu du chaos, un phare à la lueur salvatrice, pour tisser sa toile de mots-images, d’accords-éclats de soleil, de notes en pluie de piano, semées sur nos mondes confinés… Le 24 avril dernier, sans préavis, un simple mail de son attaché de presse annonçait la sortie des Saisons volatiles de Babx, nouvel album-univers ici offert, accompagné d’un film de 24 minutes, réalisé en duo par Yvan Schreck et le chanteur : une pépite poétique, une architecture fine d’images magiques, où se croisent, dans une pièce, des climats, des nuages, des danseuses chinoises, un piano comme un vaisseau... et un homme seul à sa fenêtre, les yeux rivés sur l’extérieur – des arbres à foison, un terrain de basket, sur lequel s’étire le ballet des saisons. Le monde qui s’agite derrière lui se construit à partir des images qu’il voit défiler à sa fenêtre, passées à la moulinette de son cosmos intérieur. Et celui qui chante, qui nous murmure à l’oreille, c’est lui, Babx, l’homme derrière les carreaux, drapé de solitude, qui parfois, s’accroche à son piano en plein tangage, et à ses mots comme à des bouées de sauvetage, des étoiles. Alors, forcément, ses vers parlent fort au peuple des confinés du printemps, distillent leurs vertus consolatrices.

Chansons confinées

Car, voici trois ans, le chanteur s’est auto-confiné de son plein gré, dans son appartement du sommet du parc de Belleville (Paris XXe) : un voyage au bout de la solitude pour percevoir vers quels rivages elle le mènerait. "Après Cristal Automatique (son album en hommage aux poètes, en 2015, ndlr) qui explosait de sons, j’avais envie de minimalisme, d’aller à l’os de ce que pouvait être une chanson pour moi… Mais je ne pouvais pas me contenter d’écrire, comme d’habitude… Il me fallait traverser l’expérience charnelle de la solitude…" Dans ce périple, le chanteur se rêve en héros ; les lumières de 1000 chanteurs aimés traversent son corps – Mos Def, David Bowie, Nick Cave. Il s’imagine au piano de Nina Simone ou Ray Charles. Et puis, au final, reste l’homme, Babx, dans toute sa fragilité : un autoportrait de l’instant. "Le groupe reste une bonne manière de te planquer, confie-t-il. Il te donne des muscles que tu n’as pas…"

Filmer des danseuses chinoises

Alors, le temps de faire le tour de l’année, Babx a procédé telle Agnès Varda dans Daguerréotypes : la réalisatrice a filmé sa rue, aussi loin que lui permettait la longueur de son cordon d’alimentation de caméra. Ainsi, le chanteur, en poste de vigie, derrière ses carreaux, a épié et filmé, quasi chaque jour, avec son téléphone, le terrain de basket, où venaient danser une troupe de Chinoises, sur un tube, une chanson d’amour célèbre dans l’Empire du milieu : elle forgeait la bande-son des saisons, et de leurs imperceptibles changements. Parmi ces méditations intenses, au cœur de ce temps élastique, Babx a forgé ses chansons. Elles prennent le parfum de ces "saisons volatiles", leur musicalité : l’hiver avec ses sons feutrés, l’absence d’oiseaux, la neige, ce "coton qui danse" ; l’automne rouge qui craque et ses oiseaux qui migrent : l’explosion de la nature au printemps ; et l’été étouffé sous la torpeur et les cris adolescents… 

Dans sa solitude, Babx a, au final, croisé le monde entier. Il a rencontré Valentine, son amoureuse. Et est sorti de chez lui, pour parler aux danseuses chinoises sur le terrain de basket. "Le fils de la cheffe traduisait. Je leur ai dit : je suis désolé, mais je vous filme depuis un an en me cachant. 'On vous a vu !, m’ont-elles répondu. Et quand vous filmiez, on essayait de s’appliquer !'. Finalement, j’étais sans doute le premier Français à m’intéresser à elles. Voici ce que j’ai retiré de l’expérience : à un mètre de toi, existent des mondes ultra-lointains. Il suffit que tu provoques la connexion…”

Au sortir de son auto-confinement, Babx a parlé de ses petits films et de sa démarche quasi-documentaire au réalisateur Yvan Schreck. Tous deux ont décidé de prolonger l’aventure par ce film hybride, décalé, et mystérieux resté dans les tiroirs... Jusqu’à ce que le confinement dû au virus l’appelle avec évidence. De quoi donner du baume au cœur : comme une solitude qui parle à la nôtre.  

Le jour de son déménagement, en train d’embarquer ses cartons dans le camion, Babx a entendu à nouveau la musique des Chinoises résonner, et pour la première fois, il n’y avait pas des danseuses… mais des danseurs ! Le signe d’un éternel recommencement, et de surprises sans cesse renouvelées… Ainsi s’imposent ses chansons, aussi familières qu’imprévues, forgées de détail à l’évidence majestueuse, profondément intimes et donc forcément universelles.

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