Hervé, hyper sensible

Hervé. © Romain Sellier

Sa voix feutrée sur des rythmiques électro se remarque, tout en convoquant Bashung et le rock dansant de Manchester. Hervé publie son premier album en solo, Hyper.

Comme Air ou Phoenix —qui viennent du même département français des Yvelines— l’ennui a été le moteur créatif du jeune Hervé, 28 ans. "J’ai grandi dans une sorte de banlieue de province, entre l’autoroute A13 et les champs. Le seul événement de l’année, c’était la Fête de la musique. Quand j’étais au lycée, une rumeur disait qu’un groupe de rock, Phoenix, avait gagné un concours pour jouer aux États-Unis, Air venait de sortir son premier album, Moon Safari" se souvient Hervé.

Le gamin commence par le foot, rêvant d’une carrière professionnelle. Élevé par sa mère, Hervé est bercé par la musique bretonne, Louis Prima ou Jacques Higelin. Il a d'ailleurs longtemps cru que son père était le parachutiste de la pochette de Tombé du Ciel. Le grand Jacques reste une figure tutélaire. Un des frères d’Hervé lui fait découvrir le jazz et les Beatles. Bashung, le rap français ou les Daft Punk achèveront de constituer le bagage musical d’Hervé.

Autodidacte

À l’écoute de son premier album, Hyper, c’est plutôt la new wave ou le rock dansant de Manchester des années 80 qui semblent poindre. Peut-être des réminiscences de la première vie musicale du jeune homme, son duo électro-pop Postaal avec le DJ anglais Dennis Brown, de 2014 à 2019.

C’est en tournant au Royaume-Uni que Hervé découvre, "un peu après tout le monde" les Happy Mondays, New Order et toute la scène de Manchester. Il n’a pas joué dans des groupes de rock ado, mais tenté la musique en autodidacte, sur un synthé acheté au supermarché, puis sur un logiciel piraté.

Les tentatives de cours de piano tournent court, Hervé se voit alors comme un dyslexique du clavier. Le déclic viendra plus tard. À 16 ans, il avait déjà dans l’idée de vivre pour la musique. À défaut de vivre tout de suite de la musique, il garde un pied au lycée et un autre dans un premier boulot alimentaire pour s’acheter du matériel, avant de quitter complètement le système scolaire.

Un moment qu’il racontait dans Mélancolie F.C., une chanson sur l’abandon de ses rêves de gamin, qui le révèle en solo et en français en 2019.

Paroles brutes

Il conquiert le public en premières parties d’Eddy de Pretto. Hervé Le Sourd a même coécrit trois chansons pour Johnny Hallyday avec Maxim Nucci, alias Yodelice, et Yohann Mallory. Mais il s’agit d’une heureuse et unique coïncidence de studio à l’époque de Postaal.

Hyper ? "Un mot qui synthétise qui je suis d’après mes potes : toujours dans l’intensité, toujours à fond. Hyper-sensible, notamment au son, ce qui pouvait me faire pleurer." De sa voix feutrée et saccadée, Hervé conte ses états d’âme de façon simple et directe.

Son introspection évoque la solitude nocturne (Le Premier jour du reste de ma nuit), l’amour blessant (La peur des mots, Des airs de toi), l’inaction ou les rêves impossibles. "L’espoir s’enlise sur un appel manqué/ Entre deux taffes, j’enfume le monde/ Et j’tue l’temps" (Fureur de vivre).

Le phrasé et les textes évoquent le Bashung de la période Gaby Oh ! Gaby, mais avec des paroles plus brutes, presque cathartiques. Le crâne rasé, comme les fans de rap ou de foot, sans extravagance vestimentaire, un visage sérieux, voire froid, Hervé explique vouloir préserver son authenticité et se concentrer sur ses textes et sa musique. C’est sur scène qu’on le voit s’échauffer furieusement.

Hervé Hyper (Initial/Universal) 2020
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