Le tournant spirituel de Natasha St-Pier

Avec "Croire", Natasha St-Pier poursuit sa quête spirituelle. © MCA

Deux ans après Aimer c’est tout donner, qu’elle dédiait à la carmélite française Thérèse de Lisieux, la chanteuse canadienne revient avec Croire. Un disque spirituel qui célèbre en douceur la foi et la maternité à travers quelques grandes figures féminines mystiques.

La carrière de Natasha St-Pier (plus de 3 millions d’albums vendus, 47 millions de vues sur YouTube) a connu un virage surprenant en 2013, lorsque quittant les voies du divertissement et certains de ses méandres (on l’a notamment vue présentatrice de télévision), la chanteuse participe à Thérèse, vivre d’amour.

Cet album, composé par Grégoire sur des poèmes de Thérèse de Lisieux, se vend à plus de 200 000 exemplaires. Inspirée par cet élan et le plaisir qu’elle prend ensuite à chanter dans les églises, Natasha St-Pier sort en 2018 Aimer c’est tout donner, Disque d’or, toujours en hommage à Thérèse de Lisieux, pour lequel elle fait appel à l’auteur-compositeur Thomas Pouzin —l’un des frères de Glorious, groupe chrétien de "pop louange". Une collaboration fructueuse qu’elle poursuit avec Croire dont Thomas Pouzin signe la plupart des chansons.

Musique et foi

Les deux artistes partagent un même rapport à la foi et à la musique. Un grand plus pour Natasha St-Pier : "Thomas comprend la manière dont je veux m’exprimer. Je veux aborder des textes spirituels tout en restant moderne pour des jeunes de 25 ans qui écoutent la radio tous les jours", dit-elle. La voix est toujours aussi veloutée, d’une sincérité sans failles.

Un tournant spirituel qui n’est pas si radical qu’on pourrait le croire pour celle qui interprétait déjà Je n’ai que mon âme (avec laquelle elle représenta la France à l’Eurovision) en 2001. En effet, lorsqu’on s’entretient avec Natasha St-Pier sur le sujet, elle nous révèle avoir une proximité avec le christianisme depuis l’enfance : "j’ai toujours été connectée avec la religion. Mes parents sont croyants. Et l’église était à côté de mon école (publique) où je suivais des cours de religion et recevais les sacrements"

Et même si elle avoue que l’orientation spirituelle de sa carrière est arrivée un peu par hasard, la chanteuse, par ailleurs fervente pratiquante du yoga —dont elle donne des cours dans le monde entier, s’y épanouit. Cette démarche s’inscrivant au cœur de son rapport à la foi : "j’ai l’impression de servir davantage, je fais toujours du divertissement, mais avec du sens".

C’est dans cette démarche que s’inscrit Croire, album infiniment féminin, qui aborde la spiritualité en douze chansons déclinées comme autant de prières et de déclarations d’amour aux femmes : la Vierge Marie bien sûr (Sancta Maria, Marie l’espoir et la douceur), et Thérèse de Lisieux dont Natasha St-Pier reprend l’un des plus beaux poèmes pour Toute chose en ton cœur. Cela s’écoute comme une litanie, dont les vers semblent s’égrener comme un chapelet et une déclaration d’amour mystique à Marie : "tes paroles d’amour sont de mystiques roses qui doivent embaumer les siècles à venir. En toi le Tout-Puissant a fait de grandes choses, je veux les méditer afin de l’en bénir". Mais aussi à Mère Térésa dans Sois ma lumière, où elle évoque la lutte contre la pauvreté menée par la Sainte de Calcutta "qui, sans être mère elle-même, a apporté une maternité à tellement de personnes", affirme-t-elle.

Croire célèbre également les lieux de culte à travers une reprise étonnante du Temps des cathédrales, une des chansons phares de la comédie musicale Notre-Dame-de-Paris dans laquelle Natasha St-Pier joua le rôle de Fleur-de-Lys.  

À contre-courant

Natasha St-Pier dit avoir été bouleversée par l’expérience de la maternité il y a quelques années. "Elle m’a permis d’être moins tournée sur moi, m’a apporté plus d’humanité et de compassion. Elle m’a donné la possibilité de m’ouvrir à toutes les valeurs que peuvent offrir la foi et la spiritualité".

Une influence perceptible dans Mon cœur sera ton cœur (en duo avec Thomas Pouzin) qui évoque son petit garçon et les pouvoirs de l’amour maternel, "cet amour inconditionnel", sourit-elle. Au-delà de l’hommage aux figures mystiques et du regard porté sur son expérience personnelle, c’est plus largement à contre-courant de la tendance féministe actuelle que s’inscrit Croire. "Dans une ère où on a envie d’égalité des sexes, je me suis aperçue que l’on masculinise la femme alors qu’on pourrait cultiver les forces du féminin comme la douceur, la maternité pour créer un équilibre" dit-elle.

C’est donc un désir de paix et de réconciliation que la chanteuse — qui joue dans les églises de France à guichets fermés depuis plus de deux ans, partagera de nouveau sur scène dès la rentrée en France, Suisse et Belgique, à travers plus d’une centaine de dates, si la pandémie de Covid-19 n'en décide pas autrement.

Natasha St-Pier Croire (MCA) 2020
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