La Corse enchantée de Barbara Carlotti

Barbara Carlotti publie "Corse île d'amour", un album de reprises de chansons de variété corses. © Daguin Giamarchi

Sur Corse île d'amour, Barbara Carlotti reprend des chansons de variété corses qui ont bercé son enfance et son adolescence lors de ses vacances insulaires. Elle les revisite, tout en en conservant l'esprit : un disque délicieusement démodé, romantique et plein de soleil.

Dans les yeux de Barbara Carlotti, dans son sourire, murmure une rivière corse, qui l'a vue grandir, elle et sa fratrie, une rivière qui irrigue son cœur. Sous ses mots, des images, chargées d'odeurs et de chants d'oiseaux, prennent corps : Poggio-di-Venaco, un humble village, au-dessus de Corte, accroché aux montagnes ; les feux follets et lucioles du cimetière, avec ses vieilles tombes de bois; la liberté joyeuse de grappes de gamins parisiens, laissés sauvages ; et les virées en discothèque, en catimini, à l'adolescence, qu'elle révèle dans son court-métrage Quatorze ans.

Quand Barbara dit sa Corse, nous embarquons avec elle, et nous laissons emporter par les chants de sa rivière, les rires d'enfance et les éclats de soleil qui s'en mêlent. Et puis, il y a ces chansons corses, qui font comme une bande-son sur les vacances : des titres populaires que son père fredonnait, des standards de la variété des années 1960 et 1970, des fleurons du riacquistu, cette "réappropriation culturelle" corse, immortalisés sur des K7 mille fois usées.

Sur une impulsion, ce jour de 2018, en toute fin de son concert à la Gaîté lyrique, la chanteuse, émue par la présence de nombreux amis corses dans la salle, entonne a capella, ce tube insulaire : Corse, île d'amour, de Tino Rossi.

Collectage intime

Ni une, ni deux, sa manageuse lui suggère : pourquoi ne ferait-elle pas un album dédié à ces chansons corses ? Au départ, Barbara refuse. Comment reprendre, comment moderniser ce bagage inconscient, qu'elle porte en elle, de façon naturelle, comme une respiration ?

Finalement, l'idée chemine. La chanteuse lance ce collectage intime. Elle cherche du côté de stars de son île : Antoine Ciosi, Charles Rocchi, Regina et Bruno. Elle exhume les paroles de Jean-Paul Poletti et François Mattei. Elle enquête auprès de sa famille, de ses amis, de ses cousins, de ses musiciens : l'occasion d'un échange contagieux de playlists.

Elle fait un détour du côté de Jacques Higelin, amoureux fou de Calvi, qui a chanté sa citadelle, dans La ballade de chez Tao. Barbara ressuscite l'une de ses propres créations, Ici, qu'elle traduit en corse.

Finalement émerge ce bouquet de onze chansons triées sur le volet. Onze titres que Barbara porte de sa voix grave et feutrée, de son intelligence pleine d'émotions et de sensations. Onze bijoux, en français ou en corse qui charrient, en eux la signature sonore et l'esprit de son île.

La chanteuse explique : "Pour moi, toutes ces compositions possèdent des influences méditerranéennes, proches des chansons napolitaines ou des musiques grecques : truffées de digressions harmoniques inattendues, de répétitions d'accords qui se décalent légèrement, de 'minorisations' qui changent l'atmosphère d'un coup, de mélismes mélodiques… Et puis, dans les paroles, il y a ce côté naïf, très premier degré, à fleur de peau, l'expression de l'exil, de l'amour, des cœurs déchirés…" 

Des couleurs pop, rock, et italo disco

Alors, bien sûr, Barbara Carlotti et son équipe ont modernisé ces chansons et les incarnent à leur sauce. Avec ses musiciens, elle a profité du repli du confinement, période durant laquelle ils devaient enregistrer le disque, pour orchestrer ce patrimoine. Barbara raconte : "On a passé un temps infini à discuter, en allers-retours. Des chansons, on voulait conserver l'esprit sixties, la marque 'variété' de l'époque, tout en rajoutant des côtés pop, rock, et une production contemporaine… Ainsi, nous avons fait de A strada di l'omu de Canta U Populu, une ballade rock. Je voulais transformer Solenzara, en morceau d'euro-dance ou d'italo disco, à danser sur la plage. J'ai aussi rajouté de la cetera, cette sorte de mandoline typiquement corse. Pour moi, l'instrument sonnait comme lorsque les Kinks ou Les zombies ajoutent du clavecin à leur pop …et puis, j'avais en tête, ce chanteur italien que j'adore, Andrea Laszlo de Simone (le créateur d'Immensità, ndlr), et aussi Françoise Hardy".

Au creux de ses pistes, elle convie naturellement Izia, pour interpréter cette chanson d'Higelin sur Tao, ce bar perché en haut de la citadelle de Calvi. Et invite aussi son complice Pierre Gambini, musicien pop, électro, et compositeurs de la BO de la série Mafiosa, à lui donner la réplique sur Ici

Et voici ce disque de Barbara Carlotti, avec son côté délicieusement suranné, débordant de sincérité, corse et singulièrement universel… Après le confinement, la chanteuse et la réalisatrice du disque, Bénédicte Schmitt, ont sillonné les chemins corses, pour enregistrer la nature de l'île et son cœur qui bat – le vent dans ses vagues, dans les herbes, le bruit des chemins…

Et nous retrouvons tout cela sur ces pistes, avec en fil rouge, le murmure d'une rivière, où le soleil s'amuse… Comme une carte postale de Corse, des éclats d'enfance, les souvenirs d'une époque enchantée et le temps précieux des vacances.

Barbara Carlotti Corse île d'amour (Elektra / Warner Music France) 2020
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