Le "Florilège" de Laurent Voulzy

Laurent Voulzy. © DR/Columbia

Laurent Voulzy revient avec un best-of intitulé Florilège. On y retrouve des tubes incontournables de sa carrière mais aussi des inédits, dont le titre Loreley, Loreley sorti en single. Rencontre.  

RFI Musique : Qu’est-ce qui vous a donné envie de sortir un Florilège ?
Laurent Voulzy : Je voulais faire un disque avec des chansons connues et d’autres qui le sont, plutôt des gens qui avaient acheté les albums. Je trouvais que "florilège" était un mot plus joli et plus adapté que best-of.

On y retrouve Amélie Colbert. Est-ce vos ancêtres guadeloupéens qui vous ont inspiré cette chanson émouvante ?
Bien sûr ! La chanson m’a été inspirée, notamment par ma mère qui me parlait du bal du gouverneur quand j’étais enfant. Comme je n’ai connue la Guadeloupe qu’à 35 ans, j’avais une idée à la fois réelle et légendaire des Antilles. Amélie, c’était un prénom ancien et Colbert sonnait très Antillais. Je me souvenais d’une dame âgée, née à la fin du XIXe siècle, qui me racontait des histoires de son enfance… J’imaginais une jeune femme des Antilles, noire, amoureuse d’un jeune homme d’une grande famille mais qui ne pouvait pas l’épouser…

Quelles sont vos chansons les plus influencées par les Antilles ?
Amélie Colbert, Belle-Île-en-Mer, Cœur Grenadine et En pas oublié' ou dans laquelle je parle de ma mère.

Dans Belle-île-en-Mer, Marie Galante (1986) vous chantiez la solitude d’un "enfant café au lait", était-ce autobiographique ?
Oui même si c’est Alain (Souchon) qui a écrit les paroles. En arrivant à l’école primaire, j’étais le seul coloré dans la cour de récréation, ça se passait très bien, sauf par moments où je ressentais un peu de différence… Il a dit "Belle-Île-en-mer" j’ai répondu "Marie-Galante" et ça l’a dirigé vers ma vie qu’il connaissait très bien.

Pourquoi la Bretagne ?
J’y allais en vacances enfant, j’ai beaucoup de souvenirs au bord de la mer et une profonde attirance pour les contes et légendes de Bretagne.

Cœur Grenadine, c’était pour une amoureuse ?
Oui ! Alain m’a dit un jour : "j’ai trouvé un titre de chanson pour toi : le cœur grenadine" j’ai trouvé ça très joli. On était très surpris et émus de son succès. Il savait que j’avais le cœur pris par une jeune fille originaire de la Guadeloupe qui y était en vacances. J’étais triste de ne pas la voir.

Et Karin Redinger, autobiographique aussi … ?
Un peu (rires) mais très romancé par Alain (Souchon)! J’étais en Angleterre avec un copain au restaurant d’un hôtel. Et là, une ribambelle de Californiennes descend d’un car, on sympathise. Il y en avait une que je trouvais particulièrement jolie, Karin Redinger. J’ai fait deux chansons pour les envoyer comme des cartes postales. Finalement, je ne les ai pas envoyées mais un copain m’a poussé à enregistrer Karin Redinger dont Alain a écrit les paroles.

Une fille d’avril (2001) pourquoi s’appelle-t'elle ainsi ?
J’avais enregistré cette musique sur une cassette nommée "avril" car on était en avril. Quand je l’ai fait écouter à Alain, il est parti de ce mot pour parler d’une jeune fille en "avril", le mois où "on ne se découvre pas d’un fil".

Derniers baisers (2006) célèbre la fin des amours d’été…
Elle est sur La Septième vague, un album de reprises que j’adore. J’étais en tournée dans les îles. Un soir au bord de l’eau, les gens avec lesquels j’étais chantaient à la guitare avec une percussion. J’ai trouvé ça beau et j’ai voulu faire un disque qui serait ma bande sonore idéale pour le soleil couchant. Derniers baisers avait eu un succès en Amérique dans les années 1960 (sous le titre Sealed With a Kiss, ndlr) puis en Angleterre, puis en France, où elle avait été reprise par C. Jérôme. Ses paroles sont simples mais si on remplace "quand vient la fin de l’été" par "quand vient la fin de la vie" elle prend une incroyable profondeur.

Rockcollection était un hommage à vos chansons anglo-saxonnes préférées ?
Oui ! L’idée était de raconter des souvenirs de jeunesse en les illustrant par des chansons qui m’ont marqué. J’adore la jouer sur scène, le public des gens de tous les âges la chante. Ils voient leur jeunesse revenir. C’est un moment magique, très récréatif.

Le Pouvoir des fleurs (1992) est une chanson souvent reprise dans les écoles… Vous aviez conscience qu’elle aurait cet impact ?
Pas du tout ! On essayait juste de faire une jolie chanson. J’avais envie de faire une chanson Flower Power inspirée de l’utopie hippie, qui célèbre l’amour avec des fleurs pour emblème. On était très surpris et émus de son succès.

Belem (2017) et Rio sont des villes au Brésil. Vous êtes inspiré par le Brésil ?
Oui ! Quand j’ai commencé la guitare, j’étais très amoureux de la musique brésilienne et d’un guitariste qui s’appelle Baden Powell. J’ai rencontré son fils Philippe, avec lequel j’ai fait Spirit of samba. C’était un rêve d’aller au Brésil, j’ai composé Rio dès que j’y suis arrivé, dans ma chambre d’hôtel. Mais comme la personne que j’aime n’était pas avec moi, elle est aussi très mélancolique…

Dans Jésus (2001) vous parlez de la solitude de ceux qui n’ont rien. C’est une chanson liée à votre engagement auprès d’ATD Quart Monde ?
Par la douceur des choses. Le père Joseph Wresinski, le fondateur d’ATD Quart Monde, m’avait demandé de faire une chanson pour les gens dans la misère. C’est important qu’elle soit sur ce disque, beaucoup de gens la connaissent, notamment ceux qui sont autour d’ATD Quart Monde.

Laurent Voulzy Florilège (Columbia) 2020
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