Singulier Chevalrex

Le musicien français Chevalrex vient de sortir son 4e album intitulé "Providence". © Polina Panassenko

C’est en Guadeloupe que le musicien français Chevalrex a écrit Providence, son quatrième album. Retour sur sa carrière de musicien touche-à-tout qui s’est fait une place entre pop et chanson française. 

 

RFI Musique : Tout a commencé grâce à un magnétophone… 
Chevalrex : Oui, à 14 ans, j’avais acheté un magnétophone 4 pistes dans un magasin d’occasion. Lorsque j’ai commencé la musique, j’ai tout de suite enregistré guitare et synthé. Le rapport à l’enregistreur, fixer les choses, c’est important pour moi. 
J’ai un grand frère, cinq ans plus âgé que moi, qui est un vrai collectionneur de musique, il avait la culture Inrockuptibles des années 1990 pour schématiser : musique indépendante américaine, chanson française alternative… À 10-11 ans, c’est ce que j’écoutais. La fossette, premier disque de Dominique A en 1992 m’a marqué et depuis je le suis, j’y reviens toujours. Mon parcours de musicien est jalonné de ses disques. 

Musicien mais aussi graphiste, c’est vous qui avez réalisé la pochette de Providence
Dès que j’ai commencé la musique, j’ai réalisé des images, notamment des pochettes, puis quelques vidéos. Mon père est dessinateur en bâtiment. J’ai étudié aux Beaux-Arts parce que j’adorais créer plein de trucs, mais je voulais devenir musicien. Professionnellement, les propositions sont d’abord arrivées par le graphisme. Aujourd’hui, j’exerce les deux. 

D’où vient ce nom de Chevalrex ? 
Cela mérite explications ! (rires) Avant de produire mon premier album sous ce nom en 2013, j’avais réalisé d’autres disques avec mon frère (ndlr : les Frères Nubuck) ou en solo sous le nom de Rémy Chante, de la musique instrumentale. J’avais écrit un long morceau en 2009, appelé Chevalrex, sans savoir pourquoi, un titre épique, un peu chevaleresque. Ce nom s’est vite imposé, ce côté dyslexique m’évoque un chevalier blessé avec une canne, qui aurait une faille, une fragilité. 

Vous créez votre musique à la maison…
Oui, d’abord dans ma chambre d’ado, puis dans ma chambre d’étudiant, puis dans une dépendance dans ma maison dans la Drôme… J’ai une pratique assez flottante, à toute heure du jour ou de la nuit. Depuis que j’habite à Paris, c’est différent. J’ai passé une année de résidence au Studio des Variétés. Mais la question du lieu reste importante pour moi. C’est une question d’énergie et de lumière. 

Justement, la plupart des textes de cet album ont été écrits en Guadeloupe… 
Oui, sur l’île de la Désirade, la plus petite de Guadeloupe. J’y ai rejoint ma compagne, autrice et comédienne, qui y était en résidence. Nous nous y sommes mariés. Le disque est très lié à mes trois voyages là-bas. Il a été terminé avant le premier confinement, début 2020.  
J’ai l’impression depuis toujours d’évoquer dans mes textes des lieux ou des personnes que l’on quitte, de détachement, de séparation… Ce disque n’a pas les couleurs des Caraïbes, mais il évoque l’isolement de l’insularité, quelque chose qui me correspond dans le bon sens du terme, celui d’être seul parce que singulier. 

Cet album est moins acoustique que les précédents, moins nourri de samples qu’à vos débuts…
J’avais poussé la veine acoustique à fond sur le précédent, Anti slogan, avec basse, batterie et guitares telles qu’enregistrées en studio. Il y avait également l’Orchestre symphonique de Macédoine, à qui j’ai de nouveau fait appel. J’avais envie avec Providence de faire la synthèse des premiers disques que j’enregistrais seul chez moi, façon laboratoire, avec plein de claviers et de bricolage, tout en poussant le travail avec le groupe que j’avais expérimenté lors de ma tournée précédente. J’ai laissé de plus en plus de place à des musiciens extérieurs. Le premier auquel j’ai fait appel est Mocke, un guitariste dont je sors les disques sur mon label, Objet Disque. 

Une des boussoles de votre album fut Raconte-toi d’Yves Simon, pour quelle raison ? 
Lorsque j’étais enfant, ce disque était à la maison, je ne l’avais pas écouté. Mais il me semblait familier, car sur la pochette, Yves Simon était le sosie de mon père. Je l’ai écouté plus tard, sans en prendre la mesure. Il y a deux ans, je l’ai réécouté par hasard et je suis tombé en admiration. J’étais stupéfait de son écho par rapport aux enjeux qui se cachent dans mes textes, notamment le titre de l’album Raconte toi, sorte d’injonction. Au fond, je ne cherche rien d’autre qu’à me raconter… 

Chevalrex Providence (Vietnam/Because) 2021
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