Eddy de Pretto, ode à la différence

"A tous les bâtards" est le 2e opus du chanteur français Eddy de Pretto. © Marie Schuller

Après le succès de son premier album Cure, le jeune blond en jogging est de retour avec À tous les bâtards. Rencontre avec Eddy de Pretto, un artiste plus prolixe dans ses chansons qu’en interview, dans lesquelles il se livre tout en maniant le double sens. 

RFI Musique : Vous êtes-vous senti bizarre, étrange, bâtard, monstre… comme vous le chantez dans Freaks ? 
Eddy de Pretto : Depuis petit, j’étais considéré comme étrange, montré du doigt, pas comme tout le monde. On m’a souvent appelé "l’artiste" ou "le pédé". Pédé, cela remonte à l’école, mais la dernière fois, c'était dans une vidéo de McFly et Carlito, il y a deux ans. Cette chanson est une façon de retourner les choses et de dire que c’est positif de ne pas être comme tout le monde. J’ai eu la permission personnelle d’assumer ma différence.  
Gamin, je pleurais souvent parce que la vie me semblait anxiogène. J’avais hâte d’avoir 18 ans pour fuir les règles, un carcan, un moule… Ado, je n'avais pas la confiance en moi pour accepter mes différences. Je vivais dans une famille où on ne parlait pas trop.  

Rose Tati évoque une tante qui a été un peu un modèle pour vous… 
Ma mère incarnait l’éducation stricte, ma tante Rose tout le contraire. Elle habitait alors près des magasins Tati à Barbès. Elle était célibataire, sans métier et sans enfants. Elle représente la liberté d’être, la liberté d’être, l’amour de l’art… tout ce que je n’avais pas chez ma mère. 

La musique, c’était une affaire de famille ? 
Pas du tout. Je n’ai pas de frère ou sœur qui m’aurait fait découvrir de la musique. Ma mère écoutait Brel, Brassens, Dalida ou Aznavour. Gamin, j’aimais beaucoup Diam’s, MC Solaar, le 113, Booba ou Lorie. 

Si vous n’aviez pas été chanteur, qu’auriez-vous exercé comme métier ? 
Rien d’autre ! Je n’avais qu’un rêve en tête, faire de la musique.

Écrire des chansons, est-ce une évidence ? 
Vraiment pas. Ce n’est ni naturel, ni un plaisir pour moi. Pourquoi ? Je ne sais pas, c’est comme les filles qui ne sont pas mon délire, ça ne s’explique pas. Je me force à écrire parce que j’ai besoin de me raconter et parce que j’avais envie de réussir dans la musique. Et depuis toujours sous la forme de chansons. Je prends des cours de chant depuis l’âge de 12 ans et je continue, j’aime apprendre.

Même s’il évoque des moments de votre jeunesse, ce second album semble moins tourner autour de vous…
Je parle un tout petit peu moins de moi, un peu plus des autres. C’est un album qui explique que je ne suis pas arrivé sous papier blister ou que je n’ai pas été marketé parce que je sortais de The Voice. L’album est un peu le prequel de Cure. Des chansons comme Bateaux-mouches ou Créteil Soleil reviennent sur des périodes qui m’ont construit. Cela me permet de raconter des histoires et de créer des personnages. 

Vous maniez souvent les doubles sens, comme dans Désolé Caroline, une femme reléguée comme amie ou une allusion à la cocaïne. Vous évoquez votre rapport à la drogue ? 
C’est une allusion à la cocaïne dans les fêtes. Dans la vie de tous les jours, j’aime manier le sixième degré, peut-être pour prendre une certaine distance. Les doubles sens dans mes chansons suscitent l’imaginaire, certains y voient quelque chose et d’autres tout le contraire… 

De quoi parle La Zone : des stéréotypes liés à la virilité ou d'autre chose ? 
Vous y voyez ce que vous voulez, je n’ai pas envie de préciser. Je préfère laisser l’auditeur ou le lecteur faire sa propre interprétation, souvent en fonction de son ressenti ou de son vécu. 

Vous évoquez les violences policières (Val de Larmes). Pour quelle raison ?  
Ce n’est pas un thème nouveau ou lié à l’actualité, Coluche en parlait déjà dans les années 80. Je parle d’expériences que j’ai vécues : c'était toujours mes potes Salim et Mehdi, le Noir et l'Arabe, qui se faisaient contrôler par la police, pas moi. Et c’est toujours le cas. 

Comment jugez-vous notre époque ? Est-elle plus puritaine, plus à cran sur les questions de minorités ? 
Je trouve génial qu’autant de discours différents et pluriels puissent être entendus, c’est la beauté de notre génération. C’est bien qu’il y ait, non plus un mais plusieurs discours, par exemple sur l’homosexualité, qu’il y ait une multitude de représentations différentes sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Et les alliances entre les causes sont très importantes dans notre société. 

Eddy de Pretto À tous les Bâtards (Romance Musique/Universal Music) 2021
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