Noé Preszow, à fleur de mots

L'artiste belge Noé Preszow publie l'album "À nous". © Victor Pattyn

C’était il y a un an. Avec la chanson À nous, sortie durant les premiers jours du confinement, le chanteur et auteur compositeur belge Noé Preszow se faisait connaître en France. Son premier album, engagé et poétique, porte comme un étendard le titre de cette chanson dont les paroles célèbrent les anonymes et prônent la solidarité.

Noé Preszow, jeune Bruxellois de 26 ans, a des racines multiples. Son nom (qui se prononce Prèchof) est polonais tout en étant le nom d’une ville en Slovaquie, mais vient peut-être de Moldavie... Il nous explique aussi qu’outre ses origines grecques, sa grand-mère est née en Palestine.

Quant à son prénom, Noé, c’est celui de l’un des plus célèbres prophètes de la Bible, célèbre pour sa traversée des mers… Il l’évoque sur le très dansant Les armes que j’ai. "J’ai les armes que j’ai, l’ivresse des souvenirs, l’ivresse des bords de mer, quand le jour se retire".

Et c’est vrai qu’avec un tel passé il y a de quoi construire toute une mythologie pour âmes romanesques. Pourtant, son album, plein de poésie et d’influences– de Léo Ferré à Daft Punk en passant par Barbara et Renaud- est également très ancré dans notre époque. Musicalement car son phrasé et son sens du rythme souvent pulsionnel évoquent parfois le rap.

Noé Preszow s’enflamme lorsqu’il en parle. "Pour moi, IAM c’est de la poésie. MC Solaar ou Kery James aussi. Ce sont des gens qui inventent une langue". Thématiquement aussi Noé Preszow est bien de son époque. Car dans ses textes, il est aussi bien question des séries télévisées que des gilets jaunes qui l’ont profondément marqué.

Pour autant, le jeune homme ne veut pas faire dans l’air du temps. Ainsi nous explique-t-il que S’il faut ça, écrite le premier jour du confinement, n’a pas été retenue sur l’album. "Je la trouvais trop proche de nous. Elle sortira plus tard. J’ai aussi enlevé des chansons pour avoir un disque cohérent, j’essaie d’aller à l’os et de garder l’énergie du premier jet". Cette énergie parcourt tout le disque. Que les chansons soient gaies ou mélancoliques, Noé Preszow y chante ses doutes, ses colères et ses rêves, intacts, malgré les déluges.

Une enfance contestataire

Noé Preszow est le fils d’une mère musicienne et d’un père passionné d’art brut auquel il consacre des films documentaires. Toute son enfance, Noé rencontre des artistes et accompagne ses parents et leurs amis "utopistes et progressistes dans l’âme" à des manifestations. Il lui en restera une conscience politique vive, un amour pour la musique (il commence le violon à 3 ans) et le sentiment d’avoir une mission à accomplir à travers cet art. "C’est le mot que je porte et que j’assume. C’est ma vie. Ma parole, c'est d’être fidèle au monde, à mon enfance, à ma peur de la police quand j’avais dix ans et que j’étais à une manifestation de soutien aux sans-papiers", nous explique-t-il. Des souvenirs que l’on retrouve dans À nous, Les poches vides (célébration du Nord à la guitare, où la folk de Leonard Cohen semble rencontrer la prose de Jacques Brel) mais aussi sur Le monde à l’envers qui raconte deux jeunes gens frappés injustement par la police : à l’issue d’une manifestation "les fringues arrachées, l’espoir qui dégringole poussés dans le fourgon, les poignets défoncés".

L’injustice, Noé Preszow la chante aussi avec l’émouvant Exils, un morceau émouvant où il est accompagné au piano. Un homme y parle de son fils qu’il n’a pas pu voir grandir à cause de l’exil. Des paroles inspirées par une rencontre avec un homme qui téléphonait "au pays" depuis un cyber café.

Pour Noé Preszow, elles résonnent aussi avec ses ancêtres. "L’absurdité des frontières me bouleverse. L’exil et la guerre ont été vécus par mes grands-parents, qui ont dû se cacher parce qu’ils étaient juifs. Ce sont exactement les mêmes questions aujourd’hui".

À nous est aussi traversée par des chansons moins graves comme Que tout s’danse qui invite à prendre de la hauteur en toutes circonstances : "tout s’danse la solitude, l’état de siège, l’état d’urgence". Ou encore Faire les choses bien. La plume de Noé Preszow s’y fait acide pour mettre en garde contre la tendance contemporaine à "ramollir nos âmes" en s’enfuyant des heures durant devant des séries sur internet…

Mais le quotidien peut aussi sourire comme dans La vie courante qui chante l’amour heureux avec fièvre et exaltation. Deux adjectifs qui correspondent bien à ce premier disque qui se veut donc "À nous".

Noé Preszow À nous (Tôt ou tard) 2021
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