Arno s’empare du piano

Arno et Sofiane Pamart. © Danny Willems

Le rocker belge Arno revient avec Vivre, un florilège sobre et émouvant de ses plus belles chansons accompagnées et arrangées au piano par Sofiane Pamart.

C’est à Kenny Gates que revient l’initiative heureuse de cet album étonnant. Le cofondateur de la maison de disques Pias rêvait depuis des années d’une collection où des artistes imposants reprendraient leurs chansons en piano-voix. C’est chose faite et cette collection s’appelle "Parce que", du nom de la chanson d’Aznavour que Gainsbourg avait reprise en 1985.

Et c’est donc Arno qui l’inaugure. On ne présente plus Arno. Surnommé le "Tom Waits belge" pour sa voix rauque et la profondeur de ses textes, on l’a souvent comparé à Jacques Higelin, moins pour sa crinière blanche que pour sa fantaisie et son lyrisme plein de noirceur. Héritier d’origines anglaises, françaises et belges, ce clochard céleste est surtout un artiste inimitable, qui chante (en français, anglais et flamand) avec exaltation la grâce et les vies des perdants magnifiques, à travers une poésie ceinte de rock et d’humour féroce, qui empêchent toujours de plonger dans des émotions manichéennes.

Kenny Gates lui a proposé de collaborer avec un autre garçon du Nord, lui non plus pas tellement attaché aux frontières, Sofiane Pamart. Ce dernier, médaille d’or du Conservatoire de Lille au piano, est réputé pour casser les codes de la musique classique en faisant entrer son instrument dans le monde du rap où il collabore aussi bien avec le rappeur du Havre Médine qu’avec Nekfeu. Quarante ans séparent Arno et Sofiane Pamart, le talent et l’attrait des mélanges les unissent.

 

La poésie d’Arno n’a jamais été aussi à vif que sur cet album plein d’osmose. On imagine ce qu’il a fallu de courage à cet accro au rock pour accepter cette mise à nu. Peut-être autant par pudeur que par esprit de rocker, Arno n’a jamais voulu être un artiste à l’eau de rose. Aussi, comme il chante allègrement l’odeur de ses pieds, les suppositoires et la sueur sur ses plus belles chansons (Dans les yeux de ma mère ou Lola par exemple) on pouvait s’attendre à tout.

Le résultat donne le frisson. Ses chansons prennent une dimension plus exaltée, plus drôle. "Je veux vivre dans un monde sans cholestérol avec une overdose de rock’n’roll" (Je veux vivre). Et plus profonde. C’est le cas de Putain, Putain. Cet hymne jubilatoire à l’Europe, qu’il chantait dans les années soixante-dix avec son groupe de rock TC Matic est épuré, soutenu par la basse de Mirko Banovic, complice de longue date du chanteur. Le piano et les arrangements des trois artistes renforcent l’aspect cinématographique de certaines chansons, à l’instar de ces chroniques d’une implacable solitude que sont Dans mon lit et La vie est une partouze.

Les reprises de chansons anglaises (Give me the Gift, Lonesome Zorro, Help me Mary et Solo Gigolo- qui flirte avec le tango) sont captivantes. Mais ce qui bouleverse peut-être le plus sur Vivre ce sont les chansons d’amour en français. Qu’il s’agisse de Nous deux ou de l’entêtante Quelqu’un a touché ma femme sur laquelle Arno rappelle que l’amour n’est pas réservé aux femmes riches et belles. Un grand cru qui donne envie de vivre.

Arno & Sofiane Pamart Vivre (Pias) 2021

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