Céline Ollivier fait souffler son "Sirocco"

Céline Ollivier publie un nouvel album : "Sirocco". © Sébastien Leban

La chanteuse et guitariste Céline Ollivier sort son troisième album Sirocco. Huit chansons entêtantes, qui célèbrent l’échappée belle et insufflent à l’été une onde de douceur.

RFI Musique : Depuis La Femme à l’éventail, vous sortez un disque tous les quatre ans. C’est votre temps de préparation moyen ?
Céline Ollivier
: Non, Sirocco était prêt fin 2019 mais la sortie a été décalée par la Covid et mon désir de sortir cet album en été. J’ai plutôt envie de sortir des disques moins espacés qu’auparavant.

Depuis votre premier album, on sent une revendication constante de l’expression des sentiments…
C’est une façon de se positionner dans une certaine différence, être dans l’émotion signifie que l’on ne contrôle pas tout. C’était le point de départ de Grands espaces (son précédent disque, ndlr.) les espaces à parcourir pour aller à la rencontre de l’autre et de soi. Sur Sirocco c’est le désir de faire de la place à l’autre, avec peut-être une forme d’apaisement.

C’est la première fois que vous accordez une telle importance au piano dans la composition. Pourquoi ?
Parce que j’en ai eu un ! Jusqu’à présent, je composais surtout à la guitare et je voulais changer de prisme. Le piano m’a amenée à d’autres lignes de mélodies et de chants.

C’est un album traversé par la nature (L’Odyssée, Le Silence des hommes, Sirocco). Pourquoi avoir attendu ce disque pour l’aborder ?
C’est difficile pour moi, même si je suis militante dans ma vie personnelle, d’écrire des chansons engagées. C’est aussi lié au contexte proche, Le Silence des hommes a été inspirée par le discours de Greta Thunberg à la Cop 24. L’Odyssée entre en résonnance avec les milliardaires qui envisagent la colonisation de la planète Mars… Sirocco parle quant à elle des vivants qui sont parfois ailleurs, et des morts qui sont parfois toujours là. Je m’émerveille facilement des mouvements d’un arbre, des marées, de la poésie de la nature. C’était différent d’aller chercher ses métaphores, comme le vent pour évoquer l’absence, le manque, l’impression d’un souffle dans le dos… Peut-être aussi est-ce plus universel, et permet davantage que les autres se l’approprient.

On dit parfois que vous êtes une chanteuse "Rive gauche". Est-ce parce que vous chantez ses lieux mythiques (Jardin du Luxembourg, Café de Flore) ou parce que vous écrivez et composez vos chansons comme Barbara ?
Je ne savais pas (Rires) ! Je serais plutôt Rive droite et Montreuil, et la province, d’où je viens ! Pour moi c’est une autre époque. Même si bien sûr, il y avait la Rive gauche des auteurs engagés comme Sartre et Beauvoir.

 

Est-ce qu’il y a des artistes qui vous inspirent ?
Celles et ceux qui s’engagent, qui prennent des risques, comme justement Simone de Beauvoir, Marceline Desbordes Vallemore (poétesse française du XIXe siècle, ndlr.), Leonard Cohen, Lhasa de Sela

Quelles ont été les rencontres décisives de votre carrière ?
Ce sont surtout des femmes musiciennes. Comme Elodie Legros qui m’a encouragée à écrire et à me lancer, notamment en apprenant la musique au Conservatoire de Caen, quand j’étais jeune. Et une professeure de chant qui m’a appris à placer ma voix et donné l’envie de transmettre, moi aussi en devenant professeur de chant. Alex Beaupain avec lequel j’ai fait des concerts et chanté en duo.

On connait beaucoup ses musiques de films. Est-ce que vous aimeriez écrire pour le cinéma, vous aussi ?
Oh j’adorerais ! Mettre ses mélodies au service d’une œuvre plus "grande" c’est une démarche singulière. Tout comme écrire pour d’autres chanteurs, c’est faire du "sur mesure", cela demande, par exemple, de s’adapter à la voix des autres. C’est un travail d’orfèvre passionnant.

Vous avez écrit À ma mémoire et Aussi libre que toi avec Robi. Qu’avez-vous en commun ?
Beaucoup ! On chante, on compose, on écrit, on est amies ! J’aime beaucoup son travail, son talent et son engagement. Elle écrit vite, précisément. Jusqu’à présent je mettais un point d’honneur à tout signer toute seule, comme si j’avais quelque chose à prouver. Alors qu’écrire à deux plumes, faire des alliances c’est formidable et j’aimerais en faire davantage. Il y a tant de modèles à réinventer.

Comment imaginez-vous l’évolution de votre carrière ?
Je pense que j’écrirai toujours. J’ai fait un scopitone pour Le Silence des hommes avec le dessinateur Laurent Melon et cela m’a beaucoup plu. J’aimerais faire plus de musique à l’image, plus de musique pour des films d’animation. Continuer les concerts. Et rester visible, même sans être sur un gros label musical, en trouvant de nouveaux modèles.
 

Céline Ollivier Sirocco (L'autre distribution) 2021

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