Arthur H, force motrice

Arthur H publie un EP pour accompagner son expérience théâtrale. © Yann Orhan

Toujours soucieux d'étendre sa palette créative et porté par son expérience théâtrale dans Mort prématurée d'un chanteur populaire dans la force de l'âge, Arthur H glisse ici un mini-album au titre éponyme. Des chansons à dominante électro, issues d'un spectacle écrit et mise en scène par Wajdi Mouawad, où l'Auto-tune joue parfois les invités.  

RFI Musique : doit-on comprendre que vous aviez envie de garder ces chansons de la pièce encore un peu avec vous ?
Arthur H :
C'est ça, effectivement. Les chansons, ce sont quasiment des êtres vivants, elles ont leur propre existence et tu n'as pas envie de les abandonner. Fatalement, si tu en écris, il y a beaucoup que tu vas laisser de côté et qui vont disparaître. Là, j'avais envie de leur donner une vraie chance d'exister. Wajdi (Mouawad, dramaturge et metteur en scène de la pièce, ndlr) raconte souvent que la beauté du théâtre est liée à son côté éphémère. C'est le cas pour un concert aussi, même si tu peux le filmer plus facilement qu'une pièce. Ces chansons étaient donc vouées à la disparition, mais je voulais qu'elles voyagent à nouveau grâce à l'enregistrement. A la base, le metteur en scène m'avait demandé de composer quelques titres qui auraient été les anciens succès du personnage et qu'on allait écouter à la radio à l'annonce de sa mort. Cette scène-là a été raccourcie et on ne les a pas entendus. Puis dans la pièce, à un moment, je me mets derrière un clavier et j'avais cinq à dix minutes d'improvisation. Et cela a  donné HologrammeMurmures et RecueillementNancy et L'avalanche sont censés être des anciennes chansons d'Alice. L'errance et C'est punk putain !, eux, sont des extraits de la pièce parce que je voulais qu'il y ait une saveur du texte de Wajdi.

L'avalanche, c'est la jouissance féminine ?
Je trouve que tout ce qui est parabole sexuelle est bon à prendre. C'est la vitalité de la vie, en fait. Moi qui suis quand même un être antisocial, ça me va bien, car ça nous dépasse. C'est de l'ordre de la vie pure.

 

Antisocial, vraiment ?
Je l'ai toujours été depuis l'adolescence. Un rejet instinctif de la société en général. C'est normal et nécessaire chez un artiste, tu ne peux pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Si tu veux partager avec les gens un peu d'esprit libre, il faut forcément que tu t'isoles.

Alice, le personnage que vous jouez, a une sorte de dégoût de la société...
J'ai pas mal d'Alice en moi, bien sûr. Il n'a pas un dégoût de la société, il se sent coincé dans sa vie. Et artistiquement, il est comme vampirisé. On lui a sucé son flux vital, il fait les choses mécaniquement. Il est devenu très amer parce qu'il a l'impression de ne pas être reconnu. C'est quelque chose qui touche beaucoup de gens, notamment les artistes. C'est un point d'ego, de narcissisme, de vulnérabilité. Tu peux donc virer vers ce genre d'émotion et ça demande beaucoup d'énergie et de courage. J'avoue que ça m'est arrivé un paquet de fois mais je n'ai jamais glissé jusqu'en bas. J'ai toujours réussi à bifurquer et me concentrer sur la création.

Contrairement au héros de la pièce, peut-on dire que vous avez été préservé jusqu'ici d'être un chanteur à succès en perdition ?
J'ai la chance aujourd'hui d'être assez construit pour être indifférent. Dans le sens positif, je précise. J'ai toujours eu l'amitié du public. Il n'empêche qu'au moment de Négresse blanche, j'ai fait une tournée des salles trois-quarts vide. J'avais un super groupe, ça jouait très bien, les propositions étaient originales et pourtant ça provoquait un désintéressement. Quand tu regardes par le rideau, que tu vois non seulement que ce n'est pas rempli et que les gens s'en foutent, tu es vexé et blessé. Cela fait partie néanmoins du jeu.

Pourquoi le recours à l'Auto-tune sur les titres Recueillement et Hologramme ?
Depuis longtemps, j'étais attiré par l'Auto-tune. Qui est un truc tout con car, à la base, c'est un logiciel pour corriger les faussetés des chanteurs et lisser la voix. C'était pratiqué d'une façon réellement industrielle dans la musique, c'est-à-dire au kilomètre. C'est pour ça que tout se ressemble et qu'il y un océan de musique qui arrive chaque jour. Mais tu as aussi des artistes dans le rap et l'électro qui font des pas de côté originaux avec l'Auto-tune. Quelqu'un en a fait un avec un orchestre symphonique et c'était magique. Et puis, il y a aussi le côté un peu mélopée, religieux, mélancolique. Lorsque j'ai essayé, ça m'a tout de suite ouvert un espace. C'est comme une couleur parmi d'autres pour peindre un tableau.

Un poème de Baudelaire (Recueillement) et l'Auto-tune, c'est donc compatible ?
Sur le papier, Baudelaire et l'Auto-tune, il n'y a pas vraiment de lien à la base. C'est assez disparate comme source (rires). Sauf qu'en vrai, ça marche. On a une modernité dans certains poèmes de Baudelaire, notamment celui-ci qui parle de la pandémie, de quelqu'un qui a pris le goût de l'isolement, de la vulgarité de la foule consumériste. On l'oublie, mais à l'époque, c'était la même chose.

Nicolas Repac, complice de longue date, et Léonore Mercier, votre compagne plasticienne sonore, ont respectivement mis en musique C'est punk putain ! et L'errance. Est-ce un besoin d'évoluer en compagnie de votre garde rapprochée ?
Ce sont des gens que j'admire énormément, extrêmement créatifs. J'ai choisi les textes et je leur ai donné carte blanche. Léonore a remis celui qui lui a été confié dans un contexte cinématographique sonore. Elle m'impressionne car elle peut être autant dans le son et l'image. Pour moi, c'est une artiste à la fois contemporaine et du futur. Là, elle vient de tourner le clip de Nancy avec la danseuse Carolyn Carlson. Lorsque cette femme de 78 ans lève un bras, tu as l'impression d'être dans une autre dimension. Il y a toute une vie de recherche derrière.

Êtes-vous surpris de l'impact de la chanson La boxeuse amoureuse, qui figure sur votre précédent album, auprès du public ?
C'est vrai, j'ai constaté que cette chanson a eu sa vie propre et a touché les femmes de tout âge. Ce n'est pas un tube, mais une diffusion lente et pénétrante sur plein de gens et sur une période de deux-trois ans. Des reprises du morceau que je reçois souvent. Après, tu peux te poser la question : "Est-ce que je vais arriver à faire une autre chanson comme ça ?". Ça peut t'enfermer, donc c'est pour ça que je préfère ne pas y penser.  

Arthur H Mort prématurée d'un chanteur populaire dans la force de l'âge (AllPoints) 2021

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