Mort de Claude Lombard, chanteuse indissociable des génériques de dessins animés

Claude Lombard, la "reine" des génériques de dessins animés, en concert à la Japan Expo, en 2019. Elle est décédée le 20 septembre 2021 à 76 ans. © YouTube/Japan Expo (capture d’écran)

Avec une cinquantaine de génériques à son actif et des dizaines de directions musicales pour des films d’animation, Claude Lombard est ancrée dans l’univers de l’enfance. Elle est morte le 20 septembre 2021 à l’âge de 76 ans, a-t-on appris sur sa page Facebook.

Son nom est méconnu, mais son timbre de voix lui, est reconnaissable entre tous. Rares sont les chansons de dessins animés qui ne sont pas passées par elle. Elle, c’est Claude Lombard. Sa carrière est des plus prolifiques dans ce genre musical si particulier. Madeleine de Proust pour certains, elle a chanté les génériques d’une cinquantaine de dessins animés diffusés à la télévision française, sur la Cinq ou sur TF1, dans les années 1980.

De la chanson des Snorky, en passant par Max et Compagnie, Le Petit Lord ou encore Vas-y Julie, et Embrasse-moi Lucile, elle met son énergie à donner une couleur musicale aux dessins animés qui accompagnent les enfants chaque mercredi.

De l’Eurovision aux génériques de dessins animés

Née à Etterbeek en Belgique le 25 février 1945, elle baigne dès son plus jeune âge dans la musique. Fille de la chanteuse et compositrice belge Claude Alix, elle s’inscrit à l’Institut national des arts et du spectacle de Bruxelles, une fois le baccalauréat en poche. Ses premiers disques paraissent au milieu des années 1960 avec l’Amour de toi ou encore Bain de mousse. En 1968, elle représente la Belgique à l’Eurovision avec Quand tu reviendras, où elle termine en septième position.

 

Sa carrière se poursuit à Paris, où en 1979, elle écrit la musique de la comédie musicale Attention fragile, avec Anny Duperey et Bernard Giraudeau. S’ensuit la sortie d’un album, édité par le prestigieux label Barclay. C’est à ce moment qu’elle est repérée par le producteur et auteur Lucien Adès, qui lui fait enregistrer quelques disques pour enfants dont les Chansons devinettes des Visiteurs du mercredi, programme télévisé jeunesse phare de l’époque.

La machine s’enclenche pour Claude et elle enchaîne les sessions d’enregistrement, en compagnie du parolier Charles Level, chargé d’adapter les génériques des dessins animés qui arrivent en France, souvent en passant d’abord par l’Italie (la Cinq étant à l’époque la propriété de l’homme d’affaires et politicien Silvio Berlusconi). "On recevait les play-backs d’Italie. Charles Level écrivait les textes, et il me les envoyait trois jours avant", se souvient-elle au cours d’un entretien donné à la chaîne télévisée Mangas, en 2020. Pour autant, elle ne bâcle pas la tâche qui lui est confiée. "Quand on dit vite, cela ne veut pas dire avec désinvolture. Je les apprenais soigneusement, mais j’avais très peu de temps." En effet, elle enregistre jusqu’à six ou sept génériques par jour. Un défi de taille. Mais de tout cela, elle retient des journées "très amusantes et passionnantes".

 

Une direction musicale qui fait mouche

En parallèle de son travail d’interprète, elle est choriste pour Charles Aznavour, qu’elle a accompagné sur scène jusqu’à la mort de ce dernier. "[Sur scène], il faisait ce qu’il voulait. Il aurait pu chanter le bottin, il aurait fait pleurer le monde", déclare celle qui dit avoir beaucoup appris à ses côtés. Dans les années 1990, sa carrière prend un nouveau virage quand elle est choisie pour être adaptatrice et directrice artistique musicale sur les longs métrages d’animation. Elle collabore notamment avec Disney qui lui confie dans un premier temps La Belle et la bête et Cendrillon. Pour d’autres studios, elle s’occupe du Prince d’Égypte, Babar, ou encore Tom et Jerry.

Le style et la rigueur de Claude font mouche aussi bien auprès des studios de doublage que du public. Elle ne quitte d’ailleurs plus ces studios qui font appel à elle pour une partie musicale d’un épisode de série télé (Buffy contre les Vampires, Scrubs, Wandavision…) ou un chœur à entonner sur un film ou une publicité. Elle signe la direction musicale des plus gros succès des années 2010 de Disney comme Raiponce, Vaïana, et surtout, les deux volets de La Reine des neiges (Libérée, délivrée résonne encore dans la tête de nombreux parents).

En 2017, elle répond à l’appel de son public, devenu adulte et à leur tour parent, et donne un concert à La Cigale à Paris, où elle reprend ses airs les plus connus des années 1980. Le savant mélange de vintage et de nostalgie fait qu’une vingtaine de titres sont compilés dans un album sorti lui, en 2019. Quand on l’interroge sur les raisons de ce succès, elle déclare qu’elle ne s’attendait pourtant pas à tant marquer les esprits de tout un public. "Je ne faisais que mon métier de chanter. On ne savait pas que ça allait impacter autant cette génération. Mais en y réfléchissant, 30 ans après, on s’est dit qu’en fait c’était normal, car on est tous marqués par notre enfance".