Debout sur le zinc, les chansons et la vie

Debout sur le zinc propose un album rock et folk intitulé "L'Importance de l'hiver". © Pierrick Guidou

C’est un groupe qui a pas mal bourlingué en vingt-cinq ans et une bonne douzaine de disques. Debout sur le zinc publie L’importance de l’hiver, où il creuse une chanson entre rock et folk. Initié au printemps 2020, au moment du premier confinement en France, cet album évoque la vieillesse, l’amour physique et plus généralement, tout ce qui fait le sel de l’existence. Entretien avec le violoniste et chanteur Simon Mimoun, l’un des deux auteurs-compositeurs de cette bande.

RFI Musique : Que signifie pour vous L’importance de l’hiver, le titre de cet album ?
Simon Mimoun : Au départ, c’était la puissance de l’hiver, quelque chose d’inexorable, ce cycle qui revient sans cesse. On ne fait pas attention aux cycles qui nous entourent. On les considère comme des contraintes au lieu de les voir comme des nécessités. Quand on relève la tête, on peut réussir à les apprécier malgré la contrainte, les difficultés, le temps qui avance, et constater que ce n’est pas forcément désagréable. Derrière l’hiver, il y a la vieillesse, cela raconte que toutes les phases de la vie sont importantes. Mon propos au sein de Debout sur le zinc vient d’une écriture automatique, j’essaie de laisser parler le subconscient, de dire des choses que je n’arrive pas à exprimer autrement qu’en chanson.

Dans cette chanson-titre, le refrain dit : "Réveille-toi, fais entendre ta voix/libère-toi de tous les faux combats/L’espérance est un plat qui se mange froid/L’évidence n’est pas là pour nous dicter sa loi".  Il y a une pulsion de vie dans ce texte…
Oui, il y a cette pulsion de vie ! Mes chansons sont des incantations, des vœux pieux, des prières laïques. Elles ont la vocation à me ménager une porte de sortie et à en ménager une, je l’espère, pour les gens. On part d’un constat : je suis un pessimiste joyeux, mélancolique, mais je me bats tous les jours pour tirer la substantifique moelle de la vie. Il n’est pas question de s’enterrer en étant vivant. L’espérance est un plat qui se mange froid, c’est la vieillesse telle que j’aimerais la vivre.

Dans Passe me voir, vous parlez justement de la vieillesse et vous vous projetez dans cet âge de la vie…
Je ne parle pas de moi dans cette chanson. Je pars du constat que c’est plus difficile de vieillir ici qu’ailleurs. Il n’y a pas de place pour les gens qui vieillissent. La question que je me pose, c’est : comment ne pas être assez altruiste pour se projeter un minimum ? Il ne s’agit pas de vouer sa vie aux autres, tout le monde n’en est pas capable. Il faut juste se poser la question de ce qu’on peut donner, même pour soi. Cette chanson est née d’une discussion avec un copain ivoirien. On était en camion sur l’autoroute dans une tournée et il disait : "C’est génial, on peut circuler librement ! On n’est pas arrêté partout, on n’a pas de bakchich à donner." Étant six mois ici, six mois en Côte d’Ivoire, il trouvait ça fantastique. Et puis, il me raconte comment ça se passe là-bas. Il me dit que les vieux pères sont bien considérés, qu’il ne vient pas à l’esprit une seconde de les lâcher. Au bout d’un moment, on considère qu’ils ont bien vécu et on doit les porter pour le reste de leur vie. En France, on est plus tourné vers l’enfance, mais avoir un peu des deux, ce ne serait pas mal.

Nous sommes à moins d’une année des présidentielles françaises. Il y a un texte qui évoque l’épisode politique que nous sommes en train de vivre, c’est La bête. Autrement dit le Rassemblement national. On vous sent démuni par rapport à ce parti d’extrême droite et à toute cette frange politique en général…
Ce sont des passions tristes, cette chanson ! Elle a été écrite par Romain (Sassigneux, ndlr), l’autre auteur-compositeur de Debout sur le zinc. Elle raconte une sorte de lutte interne, quelque chose qu’on doit juguler en nous et qu’il faut expliquer aux gens. Je crois que c’est cela, les petits pas. C’est inextricable. Quand on parle aux gens, qu’on voit comment ils pensent, l’abstention et puis cet espoir déçu en permanence, il faut se méfier. Si on doit parler de politique, je crois en la démocratie de proximité. C’est difficile d’imaginer une vraie démocratie en étant aussi nombreux. Il y a plein de choses qui sont vouées à l’échec et à la déception. Je pense que c’est la déception qui est délétère !

Avec Debout sur le zinc, vous avez été rattaché à la scène festive. Les instruments que vous utilisez ne sont pas tout à fait conventionnels. Outre votre violon, il y a une contrebasse, de l’accordéon ou un banjo…
Oui, on s’appelle Debout sur le Zinc, et c’est vrai qu’on fait une musique festive sans que cela soit un gros mot.  Les instruments, c’était une rébellion. On vient d’une période, la fin des années 1980 et les années 1990, où il y avait beaucoup d’électro et de synthétiseurs. De notre point de vue, on n’entendait plus de chansons avec du bois et quelque chose d’humain. On voulait pouvoir jouer n’importe où, n’importe quand, et sans électricité. Nos amours musicaux, c’est beaucoup la folk, on adore la musique traditionnelle depuis le début. Avec Olivier, qui est au banjo, on avait un groupe qui faisait de la musique bretonne et irlandaise avant Debout sur le zinc. On a fait de la musique klezmer, la musique des juifs d’Europe de l’Est. Naturellement, on est venu à la musique tzigane. Mon père étant juif pied-noir, j’adore la musique algérienne et orientale. Et puis, on est tellement imprégnés de chanson française que, moi, je trouve qu’on fait une sorte de folk à la française.

Debout sur le zinc L'Importance de l'hiver (DSLZ/ Baco distribution) 2021
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