Têtes Raides, retour à la vie ensemble

Têtes Raides. © Fred Chapotat

À l’automne dernier, les Têtes Raides célébraient les trente ans de leur emblématique Ginette. Le groupe signe un retour tambour battant avec Bing Bang Boum, son 15e album. On a fait le point avec le chanteur Christian Olivier, qui nous a parlé de la scène qu’il retrouve avec bonheur, des combats qui infusent son disque, et puis de poésie. 

Lorsqu’on retrouve Christian Olivier en plein cœur de Paris, les Têtes Raides sortent de deux soirées à l’Olympia. Après avoir repoussé ce moment en raison des confinements successifs, le groupe a enfin renoué avec la scène. "C’était un petit peu surréaliste au départ, je crois que je n’ai jamais eu des sensations comme ça en concert. C’était quelque chose de difficilement palpable. Et pourtant, il y a eu quelque chose de très beau, de très émouvant. Ça fait du bien pour tout le monde de se dire que ça y est, on peut communiquer à nouveau", explique le chanteur.

Pour célébrer ces retrouvailles et enregistrer son quinzième album, Bing Bang Boum, le groupe a retrouvé son noyau dur. Autour de Christian Olivier, il y a son frère Pascal au soubassophone, Grégoire Simon au saxophone, Anne-Gaëlle Bisquay au violoncelle, Edith Bégout aux claviers et son frère Serge à la guitare, Pierre Gauthé, au trombone, et puis le batteur Jean-Luc Millot. Si elle a "retrouvé l’envie de jouer ensemble", la "fanfare" de jadis a laissé place à un orchestre qui s’est déconstruit, instrument par instrument, chacun ayant dû retrouver sa place.

Des appels à la vie

Les Têtes Raides restent bien dans leur monde un peu sombre, mais ils se frottent à des sonorités électroniques. "Bing Bang Boum, c’est l’urgence dans laquelle la société se retrouve. Pour moi, c’est de l’énergie, un peu d’arc-en-ciel j’espère, et toujours du combat. Dans des périodes troubles, certains acquis sont en danger. Il faut être sur la brèche sur des sujets comme le racisme, la place des femmes dans la société, etc. La question qu’on se pose c’est : qu’est-ce qu’on fait demain pour pouvoir faire bouger les choses ? L’un des endroits où j’ai envie de faire des propositions, c’est dans la poésie", indique Christian Olivier.

Cela commence par En avant !, qui semble faire écho aux manifestations de gilets jaunes en France. Le frisson dessine la vie d’un migrant par-delà les mers et les frontières. Alors que ces nouvelles chansons ont été écrites avant la Covid-19, beaucoup semblent parler de la crise sanitaire. "Je ne veux pas être esthétique/ Je ne veux pas être aseptique / Je ne veux pas être à moitié / Je veux que mon corps soit tout entier", dit Je ne veux pas.

Fidèle à lui-même, le groupe ne fait pas de tract. Il serait plutôt du genre à signer des appels à vivre ensemble et à la vie, à l’image de l’adaptation du texte Levez-vous du tombeau, du poète Jean-Pierre Siméon.

En français, en anglais et parfois dans les deux langues, il y a un jeu permanent avec les mots et toujours son humour de joyeux ogre. Le verbe "aimer" devient le verbe "amourer", et on comprend bien ce qu’il y a derrière. "On écrit de la musique, mais la poésie ou une chanson, c’est fait pour être dit avec la voix, le corps, le physique. Les mots, c’est une matière. On est toujours en train de sculpter quelque chose. Même quand on chante le même morceau depuis 25/30 ans, comme Ginette, on le recrée tout le temps. C’est une autre Ginette à chaque fois, sinon, on se fait chier", constate-t-il.

Collaboration avec Édith Fambuena

Le principal changement a été apporté par la présence d’Edith Fambuena, qui a produit ce disque. Connue pour sa collaboration avec Alain Bashung et une pléiade d’artistes (Étienne Daho, Jacques Higelin, Zazie…), la dame a travaillé sur le premier album solo de Christian Olivier, On/Off, avant d’embarquer pour cette aventure collective.

"Pour moi, il y a huit Têtes Raides qui ont joué, mais avec Édith, on était neuf. Elle est vraiment dans l’album, dans sa gestation, et dans l’envie de proposer quelque chose de nouveau. On a une culture qui est proche. Il n’y a pas de barrière entre l’acoustique et l’électronique, on s’en fout", explique Christian Olivier.

Ayant trouvé un autre équilibre, le groupe signe un retour de haute volée. "C’est du film à un endroit. Il y a l’aspect cinématographique qui est là dans cet album", note Christian Olivier. Alors que la tournée des Têtes Raides a repris tambour battant, le chanteur a embarqué Édith Fambuena dans une nouvelle création qui aboutira à l’automne et en début d’année prochaine à un spectacle autour de la poésie de la révolution russe de 1917, pour lequel il s’est plongé dans des textes de Vladimir Maïakovski, Marina Tsvetaïeva, Alexandre Blok, Daniil Harms, Ossip Mandelstam, etc.

"La liberté dans mon travail, c’est de continuer à faire mes propositions telles que j’ai envie de les faire et pas comme on me les impose", assure Christian Olivier. Sûr que 35 ans après ses débuts, les Têtes Raides et son créateur n’ont pas fini de faire des "bing", des "bang", des "boum", et de repartir au front avec des chansons.

Têtes Raides Bing Bang Boum (BMG) 2021
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