Les confidences de Sylvie Vartan

Sylvie Vartan. © Philippe Quaisse

Sylvie Vartan, star française depuis les années 60, fête ses soixante ans de carrière avec la sortie de son nouvel album Merci pour le regard. Ce disque qui célèbre l’amour, est à son image, sensible, élégante et très attachante.

C’est avec une certaine appréhension que l’on retrouve Sylvie Vartan dans l’un des plus luxueux hôtels de Paris, à deux pas des Champs-Élysées. L’endroit en impose ainsi que sa carrière : première à chanter le rock en France — les Beatles firent sa première partie à l’Olympia en 1964—, soixante-six albums à son actif et des milliers de concerts à travers le monde, de quoi impressionner.

Dans sa suite, de l’autre côté du mur, les rires fusent. On entend sa voix d’alto, inimitable, raconter une plaisanterie. Et Sylvie Vartan arrive. Vêtue de noir, impeccablement coiffée et maquillée, pleine de prestance et de charme. Avec une gentillesse sincère, elle s’enquiert de savoir si l’on est bien installé, s’approche de nous, pose son visage sur sa main et nous raconte, droit dans les yeux et pleine d’enthousiasme qu’elle rêvait de faire ce disque depuis longtemps : "après le tourbillon des tournées formidables, partout dans le monde, je voulais me rapprocher des gens, chanter des textes forts, sur le ton de la confidence".

Confidences et nostalgie

Et c’est vrai qu’à l’image de la chanteuse, le disque aux arrangements épurés est très chaleureux, grâce notamment au piano-voix qui revient sur des textes poétiques, élégants et nostalgiques, signés Clara Luciani, Élisa Lepoint, La Grande Sophie, et bien d’autres.

Sylvie Vartan nous raconte qu’elle aime toutes ces chansons sur lesquelles elle chante l’amour, sous toutes ses formes. À commencer par celui de la Bulgarie, son pays natal dont elle a été exilée enfant, avec Le bleu de la mer Noire, écrite par Clarika.

"Cette chanson résonne en moi, de façon notoire. Clarika a une sensibilité très élégante que j’aime beaucoup. Son père est hongrois, ma mère est hongroise, c’est très tendre et familier pour moi" sourit-elle. Ses premières années se retrouvent également dans Ma tendre enfance, écrite par Dave, du "sur mesure", nous raconte-t-elle, touchée. "Nous sommes amis depuis très longtemps. Il sait ce qui me chavire".

D’une voix pleine de douceur, les yeux légèrement voilés, Sylvie Vartan se confie : "J’ai été très aimée, petite par ma famille, mes parents. Je m’en souviens avec acuité. Et cet amour profond n’a jamais failli. Forcément, ensuite, 'on souffre toute sa vie du poison de la comparaison' comme disait Romain Gary à propos de sa mère". L’enfance, c’est aussi les souvenirs "couleur sépia" du "temps de l’innocence" avec Une dernière danse, un cha cha, où elle chante le désir de revenir en arrière et d’oublier "que le temps perdu ne reviendra pas".

Merci pour le regard, c’est également les retrouvailles imaginaires avec d’anciens amants sur l’entêtant Ce jour-là. Une excursion vers le jazz avec Tout bas, tout bas où sa voix s’accompagne d’un piano et d’une trompette, qui lui rappelle tant son frère Eddy, aujourd'hui disparu, grâce auquel elle commença sa carrière et qui l’initia au jazz. Ses yeux pétillent lorsqu’elle évoque son frère et cette chanson, qu’elle aime beaucoup.

Il y a du swing et du rock dans Merci pour le regard où Sylvie Vartan accompagnée d’un piano et de guitares électriques subtiles, raconte une promenade nocturne dans Paris. Elle y remercie celui qui vient rompre sa solitude. "Merci pour ces quelques pas/ Je m’ennuyais avec moi/ À part moi, à part vous/ Pas l’ombre d’un rendez-vous".

Merci pour le regard

La chanteuse dont l’existence a été si médiatisée (elle a fait plus de couvertures de journaux que Catherine Deneuve et Brigitte Bardot) aurait-elle peur que les médias se détournent d’elle ? Elle éclate d’un rire sincère. "Non ! Les regards dès le départ m’ont donné une distance par rapport aux paillettes, à la célébrité, etc. pour garder ma sérénité. Mais le regard, c’est aussi très important. On lit l’âme des gens dans leurs yeux. J’ai été beaucoup regardée. Mais avec beaucoup de bienveillance, d’amour et d’amitié. Cela m’a donné beaucoup de force. Les gens m’ont tellement donné. Cela a aiguisé mes sentiments, ma sensibilité".

L’amour sur ce disque est rarement heureux. La question s’impose, Sylvie Vartan est-elle romantique ? "Je pense. J’ai une certaine mélancolie, je crois que ma voix l’exprime". Elle poursuit… "Et l’amour c’est ce qu’il y a de plus important au monde. Il est chanté sous toutes les coutures par les plus grands auteurs de la chanson, Jean-Loup Dabadie, Jacques Brel, Georges Brassens, Barbara, Léo Ferré. C’est inépuisable parce qu’il y a des milliers de façons d’en parler".

C’est aussi ce qu’on garde d’une histoire d’amour, lorsque la mort frappe avec l’émouvant J’emporterai, porté par un violoncelle et un piano, où l’on ne sait pas trop si la mort imaginée est la sienne ou celle d’homme qu’elle aime. Elle nous confie que cette chanson d’Élisa Point (qui a écrit cinq titres du disque) l’a beaucoup frappée. L’amour peut-il survivre à la mort ? Elle marque un temps d’arrêt : "Oui, je pense que quand on a aimé quelqu’un profondément, il vous habite d’une autre manière. Mais c’est une blessure dont on ne se remet pas complètement".

Ainsi le chante-t-elle. Malgré le temps qui passe (On s’aime encore mais autrement) ou empêché sur Les vents contraires, qui fait penser, avec ses évocations de l’océan et sa guitare électrique, à la Californie. Car Sylvie Vartan partage sa vie, entre Paris et Los Angeles depuis les années quatre-vingt. Mais pas seulement nous raconte-t-elle en souriant. "Depuis que j’ai quitté ma Bulgarie natale, je n’ai pas arrêté d’aller et venir. Tous les lieux que j’ai visités m’ont inspirée et ouvert le cœur". Sylvie Vartan a de l’amour à revendre. Et en offre avec ce nouvel album qu’elle attend "avec angoisse et impatience" de chanter sur scène.

Sylvie Vartan Merci pour le regard (Columbia) 2021
Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram

Sylvie Vartan sera à la salle Pleyel (Paris) le 20 novembre 2021, puis en tournée en France, Suisse et Belgique.