De Zaz à Isa

Zaz revient avec un 5e album studio "Isa" sous le label Warner Music et Parlophone. © Yann Orhan

Depuis le succès phénoménal et international de Je veux qui l’avait révélée en 2010, Zaz était sans cesse sur les routes. Le confinement lui a permis d’enregistrer son cinquième album Isa. Son disque le plus personnel.

Un an avant que la Covid-19 ne mette le monde du spectacle à l’arrêt, Zaz avait cessé de se produire sur scène pour mettre un terme au rythme frénétique des tournées dans lesquelles la chanteuse qui se dit "par nature excessive" se donnait sans compter. "Je me sentais privilégiée par les voyages, les projets fous pour lesquels on me sollicitait. Je voulais sauver le monde entier. Ma nature justicière prenait trop de place".

Les mots qu’elle prononce à son endroit peuvent paraître extrêmes… "J’avais envie de tuer Zaz", nous dit celle qui a donc, la quarantaine naissante, décidé de faire plus de place à "Isa", pour cet album éponyme, qu’elle a enregistré dans la chapelle-studio du compositeur REYN (Vanessa Paradis, Benjamin Biolay, Gaëtan Roussel) aux Pays-Bas. Une expérience qui l’a enchantée. "C’est un multi-instrumentiste, plein de poésie. Je voulais faire un album organique avec des instruments qui donnent une impression de grande proximité. Il a réussi à créer cette ambiance. Notamment grâce à un marxophone (une petite cithare sans frette, ndlr.), un instrument de 1910, que l’on entend sur À perte de vue", nous raconte-t-elle.

Dans cette chanson assez rock, Zaz évoque l’errance. "Je m’abandonne la nuit quand tous les autres dorment (…) Quand minuit sonne je ne suis plus personne". A-t-elle connu ces situations ? "On perd beaucoup de liberté quand on est célèbre. La liberté de se fondre dans la masse, de circuler librement dans les rues. C’est pesant lorsqu’on est épris de liberté". Elle poursuit : "Le problème vient de ma manière de réagir aux autres, pas d’eux. La bienveillance et la douceur sont des qualités que j’avais pour les autres, pas pour moi".

Carpe diem

L’amour, qu’elle a rencontré il y a trois ans, l’aide à canaliser ce qu’elle nomme son "impatience chronique". Isa s’en ressent. Les jours heureux (de Barcella qui signe également Et le reste et Tout là-haut) et Il faut qu’on se donne évoquent la nécessité de vivre, pour soi et l’être aimé. Et puis il y a cet étonnant et mystérieux Jardin des larmes. Une chanson élégiaque, proche de la valse, dont le texte en français et en allemand, évoque l’atmosphère d’Oscar Wilde. Elle l’interprète avec le chanteur à la voix si grave, du groupe de métal Rammstein, Till Lindemann ! "C’est Till qui l’a écrite, j’ai adoré l’enregistrer. C’est une chanson poétique. Pleine d’intensité et de douceur", explique Zaz.

 

De la douceur il y en a donc beaucoup sur Isa. Dans les thèmes des chansons mais aussi dans sa voix. Sur Ce que tu es dans ma vie, déclaration d’amour à la fille de son compagnon ou Avec son frère, dans laquelle deux frères qui savent "que l’avenir a un prix avant que d’être un choix" quittent leurs proches et leur pays.

Bienveillance

Conséquence de ces trois années introspectives à "nourrir le calme", Zaz, tout en étant fidèle à ses gouts musicaux, a aussi la voix plus suave. Elle a également repris des cours de chant. "J’avais perdu ma voix pendant le confinement. Il a fallu que je réapprenne Isa et me redemande si Isa était heureuse. Ma voix c’est ce que je ressens, ce que je suis. Ce disque est dans mon énergie d’ici et maintenant, où je suis pleinement moi-même"

L’énergie est souvent positive. Notamment dans Comme tu voudras, une promesse d’une fille à son père d’être à ses côtés lorsqu’il deviendra vieux, ou encore dans Imagine, qui dessine -pour une fois- un futur écologique optimiste. On retrouve ce thème sur Et le reste, dans laquelle elle parle des enfants qui hériteront de la terre. "Je ne suis pas naïve. Mais je trouve dramatique de se nourrir de nouvelles anxiogènes. L’écologie passe d’abord par l’écologie personnelle : prendre soin de soi, lire, marcher dans la nature, c’est déjà changer le monde".

Cette bienveillance est au cœur du fraternel et aérien Chant des grives, que lui a écrit le Belge Noé Preszow, une ode aux perdants magnifiques que Léonard Cohen n’aurait pas reniée. Lorsqu’on lui fait remarquer qu’il est beaucoup question d’oiseaux sur ce disque (Le chant des grives, Couleurs vives, Les Jours heureux, Tout là-haut), Zaz s’exclame ! "C’est la liberté ! Petite j’essayais de répondre aux merles. Les oiseaux sont un pont entre les dimensions". À l’image de Zaz, la tête dans le ciel et les pieds sur terre.

Zaz Isa (Parlophone) 2021

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