Le cœur country de Monsieur Eddy

Eddy Mitchell publie son 39e album intitulé "Country Rock" . © Barbara D'Allessandri

Eddy Mitchell livre Country Rock, un 39e album, qui fait la part belle au cinéma, au rock et bien sûr à la country. Le "blues des Blancs" sied particulièrement à la voix inimitable du chanteur, épris de fraternité.

C’est avec Un petit peu d’amour que s’ouvre Country Rock. Un blues typique, adressé à Johnny Hallyday. "Plus qu’un ami, un demi-frère, presque un sosie" y raconte un Eddy Mitchell, inconsolable depuis la mort de son compagnon de route en 2017. Même si, chante-t-il fataliste, "à quoi bon remuer le passé", sa plume s’y fait acide lorsqu’il raconte à son défunt ami que la vie, c’est aussi "Découvrir que la trahison commence par l’amour ou l’amitié".

Le chanteur continue de livrer son cœur avec Je suis comme toi. Hommage à une autre grande histoire de sa vie, son public, avec lequel il entretient une relation fidèle depuis soixante ans. Il s’y adresse avec humilité à un "citoyen lambda", soulignant leurs points communs.

Enveloppée de gospel, Né dans le ghetto parle des cités et de la possibilité pour un "citoyen zéro" d’y être sauvé par la musique, notamment le rap. Ma star de mes nuits aborde quant à elle des nuits blanches, parfois plus belles que des journées grises où l’on s’invente "une lune de miel avec soleil ou pas". C’est une adaptation de Stardust. Le standard de jazz prend ici une nouvelle coloration, forcément country.

Amoureux du Septième art

Pas seulement chanteur, Eddy Mitchell est également un acteur passionné de cinéma. L’influence du Septième Art sur son écriture, signature de certains de ses plus grands succès (Couleur menthe à l’eau, Sur la route de Memphis, ou Rio Grande, par exemple) se retrouve sur plusieurs chansons de Country Rock, à l’instar de Qué viva Las Vegas ou du très dansant Garde tes nerfs.

Cette dernière, cinématographique à souhait, enveloppée de cuivres, composée par Calogero, évoque la descente aux enfers d’un bandit. Le chanteur se met dans la peau du braqueur, cerné par les camions de police : "Je peux pas envoyer de SOS ou de fusées de détresse/Je flippe, je stresse".

Du cinéma, il y en a aussi beaucoup dans Icone oubliée. Eddy Mitchell y croque des instantanés de la vie d’une vieille dame comme sur Un portrait Norman Rockwell. Ici, c’est un hommage tendre et pudique à la comédienne Edwige Feuillère, qu’il imagine, loin des bravos d’antan, à la fin de sa vie dans son appartement, avec son poisson rouge et son chat vieillissant.

De la pudeur il y en a également sur Droite dans ses bottes dans laquelle il chante le courage d’une femme victime d’un "ange du mal", qui raconte des années plus tard ce qu’elle a subi. Les violences sont aussi au cœur des Blessures d’amour qui dénonce les conséquences dévastatrices des sévices sur les enfants.

Sur une musique plus joyeuse bien que les paroles restent graves, C’est la vie, fais la belle est, quant à elle, la réjouissante adaptation de You Never Can Tell, la célèbre chanson de Chuck Berry. Roulette russe invite à saisir la balle au bond de la vie. Le suicide y est qualifié de "geste inutile" avec malice. "Attends un peu, bientôt demain la faucheuse viendra bien", scande Eddy Mitchell, s’amusant à faire rouler les r de sa voix pleine de groove. L’album s’achève avec Ne parle pas de moi. Une mise en garde testamentaire. "Ne parle pas de moi quand je serai plus là. Même si je me comporte mal avec toi" chante, fidèle à lui-même, la "vieille canaille" au cœur country. 
 

Eddy Mitchell Country Rock (Polydor) 2021
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