Stromae, concert en avant-première à Bercy

Stromae, lors de Victoires de la Musique 2022. © Bertrand Guay / AFP

Ils étaient au rendez-vous. Les spectateurs de l'Accord Arena à Paris ont assisté ce jeudi 24 février à l'avant-première du Belge Stromae une semaine avant la sortie de l'album Multitude. RFI Musique y était.

Les 16.000 places s’étaient vendues en 10 minutes tant l’attente avait été ardente : après sept ans de silence, le chanteur multiplatiné Stromae revenait sur scène à l’Accor Arena de Paris, une de ses trois dates avant la sortie de son nouvel album Multitude prévue le 4 mars. Une "avant-première", comme s’en est expliqué l’artiste pour justifier la durée réduite de ce show impressionnant dont on devine déjà largement l’ampleur : "Les avant-premières, c’est les concerts, mais pas tout à fait. L’idée, c’est de vous présenter des morceaux exclusifs, que vous n’avez jamais entendus, et il y aura aussi des morceaux que vous connaissez. On va passer une heure ensemble, j’espère que ça va vous plaire".  Quinze écrans réversibles dirigés par des robots aux bras articulés alternent entre éclairage de la scène et projection d’images.

Deux nouvelles chansons, deux classiques, puis encore deux inédits et deux hits. La rythmique tribale et le son du clavecin, un mix détonant pour Invaincu, un des quatre inédits, qui ouvre le bal. Stromae danse de façon saccadée en parcourant la scène, les cheveux noués en un chignon géant, habillé comme ses quatre musiciens avec une chemise blanche à jabot, un nœud noir et un pantalon foncé.

Trois sont aux claviers et le quatrième a des pads et des tambourins, ils sont derrière des ordis géants évoquant les concerts de Kraftwerk, avec des éclairages néon. Fils de joie suit, et on découvre un texte brutal : "Le plus dur, ben c’était la première fois/ Le plus dur, c’est de savoir quand sera la dernière fois (…) Tout est négociable dans la vie moyennant paiement". Des lyrics incarnés avec flamboyance devant un décor dont la technologie intense ajoute une plus-value stupéfiante, logique pour cet artiste qui a toujours porté une attention particulière à ses prestations live.

La chanson Tous les mêmes rassure les fans qui peuvent enfin chanter avec leur héros, ce qui devient plus délicat avec le morceau suivant, Quand c’est ?, dans lequel le chanteur interpelle le cancer personnifié, avec sur les écrans une animation terrifiante montrant une prolifération de giclées noires. Double sentiment de défaite et de petite victoire, le binôme Mauvaise Journée/Bonne Journée parle de dépression et de sentiment d’échec, un thème qui semble être une des dominantes de Multitude, et donne à Stro’ l’occasion de chanter affalé sur un fauteuil en cuir téléguidé qui se balade sur la scène et se faufile entre les musiciens. Il sera même, le temps d’un interlude comique, accompagné d’un chien robot qui fait le beau et tape la mesure avec sa patte.

Le public est attentif, il découvre ces nouveaux titres que Stromae avoue "n’avoir encore jamais chanté, sauf hier à Bruxelles, vous êtes les premiers Français à les entendre !". Papaoutai vient galvaniser le public, trop content de taper dans les mains pour ce tube parfait. Stro’ enchaîne avec Formidable et son interprétation est magnifique, l’émotion palpable. Suivront les deux nouveaux singles déjà identifiés, L’Enfer qu’il fit découvrir au JT de TF1 et Santé, qui ouvrit la cérémonie des Victoires de la Musique. Pour illustrer ce dernier, on retrouve sur l’écran la même animation 3D de l’artiste expliquant la chorégraphie que doivent reprendre les spectateurs.

Reste le rappel prévisible et tant attendu, le premier hit qui fit entendre au monde le son Stromae, Alors on danse, fausse chanson joyeuse traitant au fond de la dépression, comme le fit en funk Chic avec Good Times parlant en sous-texte de la crise de 1929. Mais alors que la fête commence, les lumières s’éteignent : Stro’ revient, mais a capella, sans micro, chantant avec ses musiciens au milieu du silence de la salle un fragile Mon amour, titre un brin cynique sur l’amour amer.

66 minutes, voilà c’est fini. Stromae suit à la lettre et avec brio un des préceptes les plus ancestraux du show-business : "Quitte la scène en leur donnant un peu moins que ce qu’ils attendent, ils reviendront la prochaine fois". Il a raison : On y sera.