Marion Rampal, une voix au cœur de l'œuvre

La chanteuse Marion Rampal. © Alice Lemarin

Album dense et court aux musiques entremêlées dessus dessous et aux mélodies légères, Tissé, composé en étroite collaboration avec le guitariste Matthis Pascaud dessine une voûte de lumière où résonne comme jamais la voix de la chanteuse Marion Rampal et ses chansons.

Cette Marseillaise qui vit depuis un peu plus d’une dizaine d’années à Paris n’a pas le mal du pays. Si elle garde en elle comme un trésor enfoui, le souvenir des longues balades passionnées qu’elle faisait adolescente pour rejoindre ses ami.es empruntant boulevards et traverses.

Si elle n’a pas oublié ces magnifiques lumières qui découpent la ville, et ces horizons qui se perdent au loin des Goudes à l’Estaque, elle avoue se sentir bien à Paris, "une ville qui a attiré nombre de filles de ma famille depuis quelques générations" commente-t-elle comme pour apaiser le geste, le désacraliser presque.

"J’ai moi aussi, eu besoin d’aller voir ailleurs, de me confronter à une autre réalité" relate la chanteuse qui a fait ses débuts sur scène au sein de Wesh Wesh, un groupe de rock phocéen entouré de copains-copines d’études. Aller voir ailleurs semble être une constante pour la musicienne.

Ce groupe de rock au nom en doublon n’avait rien d’un groupe de rock lambda, bien qu’écumant de 1998 à 2002 comme n’importe quel groupe de rock alors, tous les lieux de la région, à commencer par ceux de la Plaine, le quartier du centre-ville marseillais où se font et défont les réputations. "Le lead-guitar était joué sur une 12 cordes électroacoustique. On avait un son bien identifiable emprunté à Sons of the Desert, Led Zeppelin" raconte amusée celle qui à l’époque n’écrivait ses paroles qu’en anglais, se rêvant Jim Morrison ou Jeff Buckley.

Allez voir ailleurs, allez voir à La Nouvelle-Orléans

"Mon grand-père, pianiste de jazz à ses heures, a été le premier à me dire que ma voix sonnait jazz", une orientation naturelle qu’elle a appris à gérer et à travailler au Conservatoire de Marseille à l’IMFP de Salon et qu’elle a développée sur ses propres albums ou en accompagnant ses amis (Ann Paceo, Raphaël Imbert, Pierre François Blanchard…) dans leurs aventures musicales.

Avec le saxophoniste Raphaël Imbert et désormais directeur du Conservatoire de Marseille avec qui elle entretient un compagnonnage de longue date, elle s’envolera pour La Nouvelle-Orléans en 2012 avant d’y revenir en 2017. Son premier voyage comme une initiation qui lui ouvre des mondes et bouscule sur la durée sa façon de chanter, son rapport à la langue et l’écriture. "Là-bas, au contact des musiciens, des répertoires cajuns et créoles qui ont sont en lien avec le quotidien, avec la vie dans ce qu’elle a de joie et de tristesse, au contact de leurs imaginaires aussi, j’ai trouvé ma voix et mon chemin, une route qui m’autorise aujourd’hui à être dans une économie de moyens au plus près de l’émotion, dans la justesse" analyse-t-elle, et d’ajouter : "avant je recherchais le beau, aujourd’hui, je préfère le vrai !".

"Même ma façon de travailler a changé" assure-t-elle. "Par le passé, on répétait beaucoup, tous ensemble. Pour Tissé, avec Matthis, on a souhaité mettre la voix au centre, au cœur de notre propos, pas en jouant sur le muscle, bien au contraire, mais en la calmant. Matthis m’a beaucoup aidé là-dessus. À deux, on a créé une vraie intelligence musicale autour de la question : quel est ton folklore ? Ce travail de définition qui prend en compte des musiques de Louisiane, d’Afrique de l’Ouest, des madrigaux du Moyen-Âge, des chansons à texte, d’airs pop ou du rock, a nécessité un gros chantier d’arrangements pas évident sur le papier. Le confinement, cette mise au calme imposée, ce temps d’arrêt a été bénéfique. J’ai pu me laisser absorbé pleinement par le disque et ses chansons tissées autour de la voix. C’est un nouveau départ."

 

Des habitués et des invités…

Entre folksong et ballade d’un brumeux bayou, Marion et ses amis Matthis Pascaud aux cordes, aux arrangements et à la réalisation, Pierre-François Blanchard aux claviers avec qui elle a co-signée - Le Secret"un album de mélodies françaises du répertoire, plus que des reprises" aime-t-elle à dire, Raphaël Chassin aux fûts, Sébastien Llado aux cuivres et Tony Paeleman au mix signent un album délicat et concis, où chaque titre ajoute une couleur, une nuance sans jamais jouer la redite, un album qui supporte la réécoute et la réclame même, en boucle.

Parce que la vie est faite de rencontres, la sienne en tout cas, elle en provoque même invitant au fil des plages Piers Faccini, Anne Paceo et Archie Shepp. "Piers, c’est une idée de Matthis. On ne s’était jamais rencontré, mais j’aime son indépendance d’esprit. C’est quelqu’un qui plus est qui sait ramener dans sa maison, les influences croisées et les faire siennes" analyse-t-elle.

"C’est Piers qui a choisi Où sont passées les roses. Il a écrit un poème qui prolonge mon texte. De fait, c’est le titre le plus tissé de l’album", un titre où l’on entend sa fille fredonner le refrain en toute fin. "C’était ça aussi le confinement" sourit la chanteuse et maman qui convie sur le très délicat et cristallin Calling to the Forest, le saxophoniste américain installé à Paris Archie Shepp, un autre membre de sa famille, via son compagnon. "Ça fait longtemps que l’on travaille ensemble. Il a de grandes fidélités. C’est dans sa maison qu’on a passé le premier confinement, lui et sa femme étaient aux États-Unis" se souvient-elle.

"La mélodie m’est venue en berçant ma fille. Dans cette maison, il y a des grands verres en cristal avec lesquels on joue souvent à la fin des repas, verres que l’on entend ici au côté de la voix d’Archie", une voix grave, chargée de mystères et riche d’histoires.

Dernière invitée, Anne Paceo à la batterie sur D’autres soleils, souligne les liens d’amitié créative entre les deux musiciennes habituées à collaborer. "C’est une des musiciennes dont je me sens très proche. D’ailleurs, je signe les paroles et chante sur S.H.A.M.A.N.E.S., son nouvel album en bac le 25 mars".

Marion Rampal Tissé (Les Rivières Souterraines/L’Autre Distribution) 2022

En concert le 29/04 à la Garde, le 18/05 au Festival Jazz à St-Germain-des-Près avec en invité Piers Faccini et la flûtiste Naïssam Jalal, le 20/05 à Jazz sous les Pommiers à Coutances.

Site officiel / Instagram / Facebook  / Youtube