Paris Combo, en hommage à Belle du Berry

Le groupe Paris Combo. © Jorge Fidel Alvarez

Il y a deux ans, Belle du Berry nous quittait sans prévenir, emportée par un cancer foudroyant. La chanteuse de Paris Combo avait 54 ans et une vie de scène derrière elle. Son groupe fait paraître Quesaco ?, un septième album enregistré avant sa maladie. Il lui rendra aussi hommage au New Morning, à Paris, pour un concert choral et festif.

À l’intérieur de l’album Quesaco ?, il y a une photo en noir et blanc. En dessous, on peut lire ces mots simples : "In loving memory. Dédié à la mémoire de Belle du Berry. 1966 – 2020". S’il a été enregistré et presque achevé avant que sa chanteuse n’apprenne sa maladie, le septième disque de Paris Combo résonne comme un hommage à celle qui a été emportée en août 2020 par un cancer foudroyant, à l’âge de 54 ans.

Alors que la France traversait les confinements liés au Covid-19, la mort de Bénédicte Grimault, alias Belle du Berry, nous aura pris par surprise. Pour évoquer la femme qui a partagé sa vie durant près de vingt-cinq ans et qui est la mère de ses deux enfants, le pianiste et trompettiste David Lewis est à fleur de peau. "Pour moi, c’est plus compliqué d’en parler. Quand il y a quelqu’un qui s’en va, il y a un monde qui s’en va", glisse-t-il.

Un album intime et introspectif

La présence de Belle du Berry traversera toute la conversation. Elle est tout aussi prégnante dans l’album Quesaco ? "Ces textes ont été écrits en 2018-2019. D’une certaine manière, ils sont encore plus intimes que sur les deux albums précédents. Beaucoup de titres avaient la forme de questions, mais pour Cap ou pas cap ou Do you think, on n’a pas mis de point d’interrogation", poursuit-il. Ce sont des notes laissées par la chanteuse qui ont permis au groupe de trancher ces questions et d’achever le disque, le moment venu.

Il est bien difficile de croire que ces mots ont été écrits avant la maladie tant ils évoquent la finitude. "Sur le clavier de nos vies, l’histoire s’écrit sans qu’on y pense / Et petit à petit, on réalise qu’on avance / Vers la fin du récit et que la touche d’importance / C’est elle, l’efficace, celle de la barre espace", dit David Lewis. Si des titres invitent à flâner (Seine de la vie parisienne) ou à buller gentiment (Paresser ici), il n’est pas rare d’y trouver un double fond doux amer (Première guerre). 

Un groupe de fortes personnalités

Avec l’explicite Maudit Money, pointe une défiance sans équivoque par rapport à l’argent. "Dans les textes, il y a un côté littéraire, poétique, mais aussi du langage argotique. Même quand les propos sont graves, il y a de l’humour et cela donne un peu de distance", observe David Lewis. La musique reste la plupart du temps légère, on y retrouve le son du groupe. Cette alchimie a fait le sel d’une formation composée de fortes personnalités, comme le guitariste Potzi et le batteur François Jeannin qui a joué avec le swing et l’image d’un Paris de carte postale.

Ancien accompagnateur d’Arthur H et du regretté Manu Dibango, David Lewis a été son architecte sonore. Avec Belle du Berry, il a tout vécu : le succès du disque Living Room, les enregistrements et les tournées, une escapade en duo, et en parallèle, une vie de famille. "Au fil du temps, Belle s’est déployée artistiquement. C’était une femme magnifique, qui tirait les autres personnes et les choses vers le haut. C’était quelqu’un qui était capable d’apporter beaucoup de joie et de bien-être, et qui avait un formidable sens de l’humour", dit-il. Fan de la scène alternative, elle aura voué sa vie au live, qu’elle adorait.

 

Un concert pour transcender le chagrin

Ce 2 juin, dans la salle parisienne du New Morning, Paris Combo marquera la sortie de son Quesaco ? Ce spectacle sera évidemment un hommage à Belle du Berry. Outre les trois membres du groupe, il y aura sur scène le bassiste des premiers temps, Mano Razanajato, les chanteuses Carmen Maria Vega, Billie et Aurore Voilqué. Tout ce petit monde sera rejoint par une dizaine d’invités ayant compté dans la vie du groupe, parmi lesquels le chanteur Brad Scott, la chanteuse Paola Donzella ou le musicien Nicolas Repac qui a largement participé à ce dernier essai.

Le concert sera-t-il un point d’orgue ? Un point final ? "Il y aura un avant et un après, répond David Lewis. Cela n’a pas été facile à mettre sur pieds, mais maintenant que ça approche, je pense que c’est extrêmement important de le faire. Je redoutais un peu les répétitions, mais une fois qu’on s’est retrouvé avec les chanteuses, je sentais la tendresse des artistes et leur attention aux chansons." Il s’agit pour le musicien australien "de transformer le chagrin en quelque chose de créatif et, peut-être même, joyeux".

Un autre spectacle pourrait avoir lieu dans le Berry, sur la terre d’origine de la chanteuse. Nul doute qu’après cela, il restera en tête les souvenirs de fête et une centaine de chansons, dont l’élégance avait beaucoup à voir avec un regard piquant et une personnalité solaire.

Paris Combo Quesaco ? (Six Degrees Records / LLC) 2022
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