"Métèque", la tendre provoc’ de Renaud

Le chanteur français Renaud. © Stéphane de Bourgies

Voilà cinquante ans qu’il chante. À soixante-dix ans (ce 11 mai), Renaud rend hommage à ses maîtres : Georges Brassens, Bourvil, Bernard Dimey ou encore Georges Moustaki -l’auteur du fameux Métèque - à travers treize reprises. Une demi-réussite.

En 2020, la Philharmonie de Paris rendait hommage à Renaud à travers une Putain d’expo !. Cette grande rétrospective, dont le titre paraphrasait celui d’une de ses chansons les plus touchantes (Putain de camion, en hommage à son ami Coluche, ndlr.) rappelait combien le chanteur à la voix rauque et au style inimitable était également un formidable mélodiste et un bon parolier.

Mais Renaud musicalement se faisait plutôt discret, occupant -malgré lui- les pages des magazines people pour ses problèmes de santé plutôt que celles de la presse musicale. Il faut dire que sa voix, fatiguée par l’alcool et le tabac (et peut-être la dépression) sur son précédent disque (Les Mômes et les enfants d’abord, un album conceptuel consacré à l’enfance) en 2019, n’augurait rien de bon.

En outre, le chanteur, qui a toujours aimé la provocation, avait surpris par des prises de positions étranges, notamment sa comparaison du sort des artistes sans SACEM à celui des gilets jaunes et son soutien au docteur Didier Raoult dans Corona Song. Une chanson catastrophique dont les paroles potaches, et racistes à l’encontre des Chinois, n’avaient pas tellement fait rire.

Entre temps, Renaud a arrêté l’alcool et est passé de quatre à un paquet de cigarettes par jour. On attendait donc beaucoup ici du phénix de la chanson française. Et spécialement autre chose qu’un album de reprises, qui donne vaguement l’impression que l’inspiration est un peu tarie et qu’il faut bien remplir son frigo quand les droits de la SACEM -on y revient- n’y suffisent pas.

Mais Métèque n’est pas un grand cru. Le problème n’est pas tant vocal que musical. Car les orchestrations de Michel Coeuriot, par ailleurs formidable arrangeur, ne tombent pas toujours à pic. Ainsi, la guitare électrique et la grosse basse qui enveloppent Le Métèque lui confèrent-elles une dimension rock assez malvenue. Même problème avec Hollywood. La romanesque chanson épurée de David Mc Neil, en changeant trop de tempo et d’instruments, y perd en puissance, tout comme La Folle complainte de Charles Trenet.

Hormis la poignante Nuit et Brouillard de Jean Ferrat, les chansons engagées du disque (Le temps des cerises, en hommage aux victimes de la Commune de Paris et La Complainte de Mandrin, dédiée à un contrebandier au grand-cœur du XVIIIe siècle) manquent au contraire d’un peu d’élan. Comme si Renaud n’y croyait plus vraiment. En l’amour non plus si l’on se fie à la seule chanson qui l’évoque. Ça va, Ça vient dans laquelle Boby Lapointe écrivit "T'es plus jolie que jamais/ Sauf le cœur/ Ton cœur n'a plus la chaleur/ Que j'aimais/ Il bat au rythme du fric".

Restent quelques valeurs qu’il excelle toujours à interpréter. L’ironie mordante sur Si tu me payes un verre de Serge Reggiani et Je suis mort qui dit mieux de Jacques Higelin. L’amitié sur la chanson éponyme de Françoise Hardy qui prend dans la voix de Renaud un nouvel envol, moins mièvre et plus tendre. Et la "tendresse" justement, celle de Bourvil dont Renaud s’empare avec ferveur sur le dernier morceau. Reste la tendresse donc. Peut-être le plus important pour lui.

Renaud Métèque (Parlophone) 2022

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